Snag

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Un lieu stratégique de la Seconde Guerre mondiale

Le village de Snag, situé à 26 km au nord de la jonction avec la route de l’Alaska, au bord de la rivière White, a été créé en 1942, en même temps que la route de l’Alaska. Il faisait partie de la Northwest Staging Route, un corridor aérien reliant Edmonton, en Alberta, à Fairbanks, en Alaska. Chaque site comprenait une piste d’atterrissage avec un aéroport, une antenne radio et une station météorologique.

Ce corridor faisait office de ligne de communication entre les États-Unis et l’Alaska, alors que la route maritime se révélait dangereuse en pleine Seconde Guerre mondiale. La route de l’Alaska a été construite pour approvisionner ces avant-postes.

Photo : Antenne radio de Snag, 1942-1943
Crédit photo : Jim Murray


La loi « Lend-Lease »

La plupart des avions qui ont atterri à Snag étaient en route pour la Russie, dans le cadre de la loi Lend-Lease (prêt-bail en français) du gouvernement américain. À travers ce programme, les États-Unis ont fourni de l’équipement militaire, des avions et des bateaux à la Russie qui venait d’être envahie par l’Allemagne en 1942 et manquait d’équipement.

Une fois arrivés en Alaska, les avions passaient des mains des pilotes américains aux mains des pilotes soviétiques qui les emmenaient jusqu’en Russie. La route était risquée pour les avions et les pilotes sur le continent américain. Mais ce n’était rien à côté des conditions qui attendaient les pilotes russes pour traverser le détroit de Béring et les 5 600 km de steppes russes arides jusqu’à Moscou.

Alors que le programme Lend-Lease battait son plein, plus de 8 000 avions ont été transportés par cette route, et on a dénombré 133 avions perdus et 140 pilotes tués.

Photo : Avion en transit à Snag, hiver 1942-1943
Crédit photo : Jim Murray


Un froid record

Le 3 février 1947, Snag a connu la température la plus basse jamais enregistrée en Amérique du Nord. À travers tout le Yukon, les températures avaient avoisiné les -60C pendant des semaines.

Wilfred « Wilf » Blezard, un des quatre météorologistes en poste à Snag à cette époque, a raconté en 2010 ses souvenirs au journal Alaska Dispatch News. « Nous avions six chiens qui restaient en dehors de la caserne; leur respiration créait un brouillard impressionnant au-dessus d’eux. Quand un avion volait à 10 000 pieds d’altitude, on l’entendait comme s’il se trouvait dans notre chambre. »

Ce jour-là, Blezard et ses collègues ont mis une marque sur le thermomètre à alcool en verre, parce qu’il indiquait une température en dessous de sa mesure minimale de -80F (-62C). Quand ils ont envoyé le thermomètre à Toronto, les officiels ont déterminé que la température était descendue à -81,4F, soit -63C.

Crédit photo : Archives du Yukon, Fonds Claude et Mary Tidd, # 7671


Une petite communauté

La main-d’oeuvre de Snag était composé de quinze à vingt personnes, comprenant météorologistes, mécaniciens d’avion et opérateurs radio. Ils cohabitaient avec quelques trappeurs et des membres de la Première nation White River qui vivaient à 6 km durant une partie de l’année dans le cadre de leur route saisonnière.

La route aérienne a cessé son activité en 1968, et petit à petit la zone a perdu tous ses habitants permanents.

Photo : Membre du personnel de la Northwest Staging Route en compagnie d’une famille de trappeurs
Crédit photo : Jim Murray


Un enseignement différent

Le père Rigaud est arrivé à Snag en 1948 où il a construit une chapelle, un presbytère et une cabine pour lui-même avec l’aide du frère Soucy. Bien qu’il n’était pas enseignant, il a priorisé l’éducation des enfants du village, et a commencé les classes sur un modèle adapté au mode de vie de la Première nation White River. Ce système, baptisé l’école saisonnière, permettait aux élèves d’être scolarisés pendant  cinq à six mois de l’année, puis de continuer à se déplacer dans les différents camps de chasse et de pêche avec leurs parents en fonction des saisons.

Jusqu’à la fin de ses jours, le père Rigaud a regretté que le gouvernement n’ait pas choisi ce modèle d’éducation pour les Premières nations du Yukon. Cela aurait pu éviter les traumatismes produits par les pensionnats obligatoires, où de nombreux enfants autochtones ont été envoyés, coupés de leurs familles et de leur culture.

« Nous vivions comme eux, nous mangions comme eux, et nous allions dans la nature comme eux. Nous étions avec eux », disait-il dans ses dernières années, avant de décéder en 2014.

Photo : Père Rigaud devant l’église de Snag
Crédit photo : Mission des Oblats de Marie immaculée