Maison Roberge
58, rue Notre-Dame Ouest

À la fin du 19e siècle, l’activité minière grandissante stimule le développement urbain et favorise l’implantation d’activités commerciales sur le territoire de la future ville de Thetford Mines. Dès 1883, le premier magasin général de l’histoire de la ville ouvre ses portes et, face aux besoins croissants d’une clientèle locale et régionale, plusieurs commerces naissent par la suite, dont le magasin général de Joseph Roberge en 1896.

Le magasin général d’autrefois était un commerce de détail que l’on retrouvait habituellement dans les villages et les zones rurales. Ce type de commerce a surtout été présent au Québec de la fin du 19e jusqu’au milieu du 20e siècle. On pouvait s’y procurer une vaste sélection de marchandises répondant aux besoins locaux. On venait donc y acheter les biens de première nécessité tels que vêtements, produits alimentaires, quincaillerie, médicaments et même aussi certains produits manufacturés de grande consommation. Les articles étaient disposés sur de hautes étagères ou dans les grands comptoirs en bois, parfois vitrés.

Pour les communautés rurales, le magasin général était un important lieu de sociabilité et de rencontre pour les gens. Ces derniers n’avaient bien souvent pas beaucoup d’autres endroits, mis à part le parvis de l’église, pour échanger, fraterniser, construire et entretenir des amitiés, et surtout, échanger des nouvelles. D’ailleurs, chaque magasin général d’autrefois possédait son poêle au bois qui servait non seulement pour le chauffage de l’établissement, mais avait aussi une fonction socialisante des plus importantes. On s’y retrouvait donc pour échanger et raconter les nouvelles du village. On en profitait également pour jouer une partie de dames.

Personnage important à l’époque, le marchand général était souvent très impliqué dans sa communauté. Ainsi, Joseph Roberge fut l’un des membres fondateurs de la Chambre de Commerce locale en 1912. Il a également collaboré à la ligue antituberculeuse du comté de Mégantic de même qu’à la mise en place de la Caisse populaire Desjardins. Joseph Roberge s’est aussi impliqué en politique alors qu’il a été conseiller municipal de Kingsville de 1902 à 1904.

Source incontournable des nouvelles des environs ainsi que des commérages, le marchand général jouait également un rôle économique et social de premier plan, vendant bien souvent des articles à crédit à une époque où l’argent était rare en zone rurale. Il était en effet pratique courante de faire porter ses achats à son compte. Les paiements pouvaient s’échelonner au long de l’année, quand le client avait de l’argent ou des produits que le marchand était disposé à accepter en paiement.

La maison Roberge possède un caractère architectural qui lui permet de se démarquer des bâtiments voisins, notamment par la configuration de ses volumes et de son ornementation, le couronnement de sa toiture, sa corniche en bois ouvré et l’élancement de sa tourelle. Le commerce est demeuré en activité jusqu’en 1960 alors qu’il ferme définitivement ses portes, trois ans après le décès de son fondateur.