La maison Fraser-Mackenzie

Maison Fraser-Mackenzie

Source photo: Maison Fraser-Mackenzie vers 1940 par Edouard Gariépy (BAnQ, Centre Québec, Fonds Ministère de la Culture et des Communications, E6,S8,SS1,SSS2093,D16087-88). Musique: Royal Highland / Source ; Domaine public.


À propos de la communauté écossaise de Terrebonne

C’est en mars 1802 que l’Écossais Simon McTavish, surnommé le Marquis de la fourrure, achète personnellement la seigneurie de Terrebonne aux enchères pour la somme de £25 100. McTavish a déjà établi un plan d’exploitation de la seigneurie, puisque dès le mois d’août, ses agents s’installent dans l’hôtel seigneurial de la grande rue (no 6 sur le plan).

Les agents de McTavish font des marchés avec les tonneliers du bourg pour la fabrication de plus de 2300 tonneaux à farine; engagent des boulangers, des fariniers et un superviseur pour les moulins; achètent une boulangerie sur la rue Saint-François-Xavier, près de la place du moulin; construisent une boulangerie de 3 étages en pierre et un entrepôt de 18 m. sur l’îlet du moulin, achètent un magasin-entrepôt en construction de deux étages sur la grande rue (no 4 sur le plan), en face de l’hôtel seigneurial et, finalement, démolissent la vieille scierie du seigneur Lepage au bout de la jetée de l’île pour en reconstruire une nouvelle, plus performante. Au total, £29 928 ont été investies dans l’achat et les améliorations de la seigneurie de Terrebonne en moins de deux ans. McTavish meurt en 1804.

Dans la foulée de cet achat, plusieurs bourgeois, associés secondaires ou agents écossais de la Compagnie du Nord-Ouest, achètent des terrains dans le bourg sans pour autant s’y établir à demeure, à l’exception des frères Henry et Roderick Mackenzie. Avec Jacob Oldham, avocat d’origine anglaise, ils forment une société commerciale et louent la seigneurie pour une période de 12 ans, jusqu’en 1816. Si Henry s’installe dans l’hôtel seigneurial, Roderick acquiert la maison déjà en construction du Dr Simon Fraser, voisine de l’hôtel seigneurial (no 1 sur le plan).  Dès 1809, Mackenzie achète deux emplacements en face de sa résidence qu’il transforme en jardins à l’anglaise (no 2).

Toujours en 1809, William Mackay, un collègue de Mackenzie, achète un emplacement voisin du magasin-entrepôt de la Mackenzie Oldham Co.. Il y exploite une auberge (no 5 sur le plan) qu’il loue dès 1811 à des tenanciers. Cette auberge est très fréquentée par les Écossais et autres voyageurs de passage à Terrebonne. L’explorateur-cartographe David Thompson y sera d’ailleurs honoré en 1814. L’année suivante, la présence inopportune de recruteurs et de voyageurs de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans l’auberge de Mackay provoque un bras de fer avec des membres de la Compagnie du Nord-Ouest, affrontement désamorcé par l’intervention de John McDonald et de James Mackenzie, frère de Roderick. Les importuns sont mis à la porte sans coup férir. Ces deux compagnies se livrent une féroce bataille pour le contrôle de traite de la fourrure, un marché qui tire à sa fin.

Roderick Mackenzie achète la seigneurie de Terrebonne en 1817, qu’il doit rétrocéder à la succession de McTavish cinq ans plus tard, en 1822. À titre de seigneur, il concède un emplacement au révérend James Edmund Burton et aux marguilliers ou churchwardens Elisha Lane et John Mackezie, son fils, pour la construction d’une église à proximité de l’école anglaise de l’Institution royale (no 3 sur le plan). Celle-ci est sous la conduite de l’instituteur Andrew Glen. L’école française de l’Institution royale est conduite par l’institeur Augustin Vervais, choisi par le curé Saint-Germain. Terrebonne est le seul village du Bas-Canada à posséder deux écoles française et anglaise. L’église a été construite et subsistait encore vers 1840.

Source : Détail du Plan of the village of Terrebonne … H. Mackenzie – 11 novembre 1804. BAnQ, Centre Québec, Fonds Ministère Terres et Forêts, E21,S555,SS3,SSS4,P23A

Roderick Mackenzie (1761-1844)

Portrait de l'Honorable Roderick Mackenzie, conseiller législatif du Bas-Canada, en poste de 1811 à 1838.

Source : Roderick Mackenzie (1761-1844) de Terrebonne, Quebec par William Berczy, 1811, Wikipedia, Domaine public.

Jardins de Louis-François-Rodrigue Masson

Jardins de Louis-François-Rodrigue Masson vers 1900.

Source: Jardins de Louis-Rodrigue Masson, antérieurement ceux de Roderick Mackenzie, © SHRT, Coll. E. S. Mathieu

Louis-François-Rodrigue Masson

Portrait officiel de Louis-François-Rodrigue Masson (1833-1903).

Source : Hon. Louis François Rodrigue Masson, M.P., Terrebonne, P.Q., Minister of Militia and Defence, B. N... Provenance : BAC-LAC MIKAN 3477686.

Texte de la narration

Vous êtes tourné vers la maison Fraser-Mackenzie de l’autre côté de la rue, près d’un panneau évoquant la construction de la résidence et la vie des divers propriétaires. 

Lieutenant du 42nd Royal Highland Regiment of Foot mis à la retraite en 1803, le chirurgien Simon Fraser achète en 1807 cet emplacement sur la grande rue du bourg de Terrebonne et passe un marché avec le maçon Pierre Parent pour le rétablissement de l’ancienne résidence du marchand-négociant Joseph Chaumont érigée sur le terrain. 

En février 1808, Fraser et Parent annulent le marché et « conviennent que l’ancienne maison du dit Sr Fraser, érigée sur le même emplacement, sera démolie par ledit entrepreneur, et que les fondations de la nouvelle seront creusées aux frais du dit Sr Fraser ». Il faut près de deux ans et de nombreuses tractations entre le chirurgien et le maçon avant que la nouvelle maison ne soit finalement terminée et cédée à Roderick Mackenzie pour la somme de £325, le 2 décembre 1809.

Construite en 1765, la résidence en pierre de deux étages du marchand-négociant Joseph Chaumont comporte deux ailes en saillie. Chaumont exploite aussi une potasserie à l’ouest de la grande rue et une tannerie sur le terrain voisin de sa résidence, près de l’écluse. 

En face, sur le terrain qui deviendra plus tard les jardins de Mackenzie, il y a un grenier, une étable et une remise. En outre, il possède sur la rue Saint-Michel un terrain sur lequel se trouvent une petite maison et un hangar. Ce terrain est concédé plus tard par Roderick Mackenzie pour la construction d’une église. 

La rue de la Chicane sur laquelle vous vous tenez relie la résidence de Chaumont à son hangar de la rue Saint-Michel et s’appelle rue du Fort jusqu’en 1804. Elle doit son nom au fort qui aurait été construit en 1729-1730 à la demande du gouverneur, monsieur le Marquis de Beauharnois. Malgré la paix signée à Montréal en 1701 avec la Confédération des Cinq Nations iroquoises, le gouverneur a vent d’un complot entre « les Iroquois et les autochtones alliés des Anglais pour attaquer les établissements des environs de Montréal ». 

Le 20 juin 1729, Beauharnois donne ordre à M. Rocbert de La Morandière « de visiter le gouvernement de Montréal pour faire construire dans les côtes des forts en pierre où les habitants et leurs familles pourraient se retirer en cas d’attaques ». Le 25 juillet, La Morandière est à Terrebonne « pour y tracer et faire commencer un fort ». A-t-il été construit ou est-il demeuré à l’état de projet? Les sources sont muettes à ce propos. Il n’en demeure pas moins que la rue qui devait y mener porte ce nom jusqu’en 1804.

La rue est renommée de la Chicane à la suite d’un litige entre les propriétaires riverains de la grande rue et de la rue du Fort au sujet de l’écoulement des eaux qui inondent leurs terrains à chaque dégel printanier. Ils s’entendent pour le creusement d’un fossé collecteur au centre la rue du Fort depuis la commune où devait être érigé le fort jusqu’à l’écluse du moulin; ce fossé est construit en pierre maçonnée et couvert. Henry Mackenzie inscrit ce nouveau nom sur son plan du bourg, le 11 novembre 1804.

Aujourd’hui, la rue a été remplacée par un accès au stationnement du Collège Saint-Sacrement.

Merci de continuer votre visite. À bientôt.
 
Une présentation de la Caisse Desjardins de Terrebonne, partenaire officiel.

Texte du panneau d'interprétation Livre à ciel ouvert

De style Regency, achevée en 1809, la maison Fraser-Mackenzie est une remarquable résidence par ses dimensions et son architecture. Sa construction est amorcée par le chirurgien Simon Fraser en 1807, sur l’emplacement et avec les pierres d’un ancien magasin.

Les travaux ne sont pas encore terminés quand, en 1807, Fraser cède la résidence à Roderick Mackenzie, partenaire de la Compagnie du Nord-Ouest, qui l’habite jusqu’en 1841. Elle devient le lieu de banquets et de bals fastueux fréquentés par les bourgeois écossais. Quelques années plus tard, la résidence est cédée à son fils Alexander, dont la fille, Louise-Rachel Mackenzie, épouse Louis-François-Rodrigue Masson en 1856. Il est le fils du seigneur Joseph Masson. Homme d’affaires et politicien, il siège au sénat de 1882 à 1903, sauf lorsqu’il occupe les fonctions de lieutenant-gouverneur de la Province de Québec, entre 1884 à 1887. Louis-Rodrigue Masson habite la maison jusqu’à sa mort en 1903.



Extrait de
Le front bourgeois de Terrebonne | Circuit historique

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