Un quartier de compagnie devenu patrimoine

Un beau quartier !


Quartier des Anglais

Contrairement à ce que l’on pourrait croire aujourd’hui, l’anglais a longtemps été la langue dominante à Dolbeau. À la fin des années 1920, les gérants et plusieurs employés de l’usine de pâtes et papiers sont anglophones. Pour les accueillir, la compagnie aménage un secteur résidentiel distinct à proximité de l’usine : le quartier des Anglais.

Le quartier est planifié par Jules-Armand Beauchemin, ingénieur civil et premier gérant de la ville. Son plan initial prévoit la construction de 22 maisons, destinées aux contremaîtres, surintendants et gérants de l’usine. Le contrat est confié à Gagnon et Frères. Dès juin 1927, les premières maisons s’élèvent à un emplacement choisi pour offrir des services modernes pour l’époque, dont l’eau courante et un système d’égouts. Le tout est complété en décembre 1927.

Avec le temps, le quartier prend de l’ampleur. Au total, 54 logements sont construits, répartis dans 28 bâtiments, principalement des maisons doubles, mais aussi deux maisons unifamiliales réservées aux dirigeants. On y distingue cinq types de maisons, chaque type ayant son propre plan. 

Trois jumelés supplémentaires seront construits plus tard, leur emplacement ayant d’abord été occupé par la route reliant Saint-Méthode à Mistassini, qui traversait le nouveau quartier en son centre.

L’influence anglo-saxonne se manifeste aussi dans la toponymie : les premières rues portent des noms anglais, comme Pine, Cedar ou Mill Avenue. Le quartier possède également sa propre école anglaise et une église anglicane. Encore aujourd’hui, ce secteur demeure un témoin des origines industrielles de Dolbeau.

Image : Rue des Ormes, dans le quartier des Anglais, à Dolbeau, le 7 juin 1928. (Source de l’image : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P08 Fonds Laurent Tremblay)


L'Usine de papier

L’histoire industrielle de Dolbeau commence en août 1925, lorsque les ingénieurs Emil Andrew Wallberg et John Stadler explorent les rives de la rivière Mistassini. Convaincus du potentiel du site pour le bois et l’hydroélectricité, ils lancent un projet d’envergure. Les travaux de l’usine de pâtes et papiers débutent en juin 1926, alors que l’entreprise porte le nom de Leaside Engineering Company. Wallberg obtient alors l’exploitation d’une zone forestière de 1 000 milles carrés pour une durée de 75 ans et acquiert 1 218 acres en bordure de la rivière Mistassini pour y construire l’usine.

Dès mai 1926, la compagnie devient Mistassini Power and Paper, puis prend le nom de Lake St. John Power and Paper Company Limited en janvier 1927, sous la présidence de Wallberg. La même année, le prolongement du chemin de fer du Canadien National jusqu’à Dolbeau facilite l’acheminement de la machinerie et du papier. Le 11 septembre 1927, le train entre en gare pour la première fois.

L’usine est achevée à l’hiver 1927. Le 4 février 1928, le sifflet à vapeur du moulin retentit pour la première fois, annonçant le début de la production régulière. Au fil des décennies, l’entreprise change à nouveau d’identité : St. Lawrence Corporation Limited en 1952, Domtar Newsprint Limited en 1961, Produits forestiers Alliance Inc. en 1994, Bowater en 2001, Abitibi Bowater, puis Produits forestiers Résolu à partir de 2011.

L’usine évolue aussi sur le plan technique et humain. Les salaires évoluent, passant graduellement de 50 ¢ l’heure en 1928 à 25,82 $ vers 1993. En 1973, le flottage du bois est abandonné au profit du transport par camion, tandis que le train demeure essentiel pour expédier les rouleaux de papier. Le cri du moulin, entendu quotidiennement pendant plus d’un demi-siècle, s’éteint en 1984. Malgré les crises et les fermetures temporaires, l’usine demeure le cœur industriel autour duquel Dolbeau s’est construite.

Image : Usine St Lawrence Corporation Limited de Dolbeau dans les années 1950. (Source de l’image : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P01 Fonds Domtar)


Au rythme de la vie ouvrière

La construction de l’usine de Dolbeau entraîne un afflux massif de travailleurs dès 1926. Des milliers d’hommes participent au chantier et à la mise en marche de l’industrie, contribuant au peuplement rapide de la nouvelle ville. 

À cette époque, ni le Dolbeau Inn, ni les maisons de la compagnie ne sont encore construits : ils ne verront le jour qu’en 1927. Les premiers travailleurs, venus de loin et séparés de leur famille, doivent donc s’installer directement sur le site, dans des conditions rudimentaires. Pendant un certain temps, un véritable « village de tentes » prend forme à proximité du chantier, le temps que les travaux avancent et que les premiers logements soient disponibles. 

En mai 1927, le chantier bat son plein : on compte jusqu’à 1 200 hommes à l’œuvre, près d’un an après le début des travaux.

Le rythme de travail est exigeant : une semaine de travail de 1926 à 1928 s’étalait sur 7 jours à raison de 12 heures par jour. Les horaires évoluent ensuite. De 1930 à 1936, la crise économique fait en sorte que le moulin n’est ouvert que 11 jours par mois, une situation temporaire.

L’usine engage à la fois des travailleurs en forêt, logés dans des camps en bois rond, et des employés affectés à la production de la pâte et du papier. Le salaire en forêt est d’environ 75 $ par mois, selon le nombre de cordes de bois coupées, tandis qu’un ouvrier à l’usine gagne environ 18 $ par tranche de 15 journées de travail.

Certains journaliers et ingénieurs qui demeurent à Dolbeau temporairement peuvent ensuite loger dans un prestigieux hôtel appartenant à la compagnie. Le Dolbeau Inn, aussi appelé maison des commis, offre 20 chambres sur trois étages et accueille les plus grandes réceptions de la ville. Le prix d’une chambre varie : on charge plus cher pour un homme que pour une femme, mais les employés bénéficient d’un rabais. Le tarif est aussi moindre pour une chambre au dortoir du grenier, les prix oscillant entre 150 $ et 45 $ par mois.

Jusqu’en 1970, les travailleurs ont congé seulement le dimanche. Par la suite, les horaires varient entre 8 et 12 heures par jour, selon les départements, et les heures de garde demeurent nombreuses.

Image : La structure de la papetière en construction, les matériaux et un homme circulant sur le chantier avec une carriole tirée par un cheval, en juillet 1927. (Source de l’image : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P01 Fonds Domtar)


Aspect patrimonial du quartier

Né en 1927, le quartier des Anglais est intimement lié à l’implantation de la papetière de Dolbeau. À proximité immédiate de l’usine, la compagnie aménage un quartier résidentiel destiné aux gérants et à certains employés, illustrant le paternalisme industriel de l’époque.

Contrairement aux autres quartiers de compagnie de la région, comme Val-Jalbert, Kénogami ou Port-Alfred, celui de Dolbeau se distingue par la construction presque exclusive de maisons jumelées. Cinq types de résidences modèles créant une remarquable uniformité architecturale. On y remarque les grandes cheminées de briques, les fenêtres à guillotine à six carreaux dans la partie supérieure, de même que l’inspiration anglo-saxonne globale, sobre et harmonieuse.

Les trottoirs bordés de bandes gazonnées, les stationnements dissimulés à l’arrière par des ruelles et les façades rapprochées de la rue contribuent à l’ambiance verdoyante, faisant l’attrait du quartier historique. La compagnie organisait même un concours annuel du plus beau jardin! En 1954, des hangars en bois sont ajoutés pour répondre aux besoins d’entreposage des résidents.

Aujourd’hui encore, les rénovations s’effectuent dans le souci de préserver le cachet d’origine. Ce quartier, avec sa trame uniforme et son architecture vernaculaire industrielle, demeure un précieux témoin de l’essor économique de Dolbeau-Mistassini et de la présence anglophone qui a marqué son développement.

Image : Vue aérienne du quartier des Anglais en 1936. La maison double habitée par Amy et Harold Jenkins de 1928 à 1936 environ est marquée d’un x. (Source de l’image : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P55 Fonds Amy et Harold Jenkins)

Références

A. Leslie Perry, Architect. Dolbeau Community Centre, Dolbeau, Quebec, 1946, 20 p. (Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P05 Fonds Centre civique).

Domtar Newsprint Limited (1964). Domtar Newsprint Limited Dolbeau-Que, une filiale de Dominion Tar & Chemical Company Limited, 40 p. (Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P08 Fonds Laurent Tremblay).

Domtar (1993). « Une usine… une ville, 65 ans d’histoire », L’Équipe, vol. 6, no 4, octobre 1993, 16 p. 

J. Stadler, Dolbeau Inn Management and Regulations, 12 juillet 1927, 1 p. (Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P01 Fonds Domtar).

Produits Forestiers Alliance Inc. (1994). « Mot de la direction », L’Équipe, vol. 1, no 1, juillet 1994, p. 1.

S. N. « Au Club de curling de Dolbeau », Le Lac-St-Jean, 21 mars 1972, p. 80. 

Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P05 Fonds Centre civique.

Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P113 Fonds Ville de Dolbeau.

Ville de Dolbeau-Mistassini. Plans d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA), Quartier des Anglais, règlement 1323-07, codification administrative, mise à jour 15 juin 2022, 45 p. 

Ville de Dolbeau-Mistassini. Règlement sur les plans d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA), numéro 1941-24, 2025, 75 p. [en ligne] (consulté le 27 février 2026). 

Extrait de
Dolbeau-Mistassini se raconte

Dolbeau-Mistassini se raconte image circuit

Présenté par : Ville de Dolbeau
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