L'ancien magasin général Dionne

Naissance et essor du magasin Dionne

Encore aujourd’hui, quand on parle du magasin Dionne à Saint-Pacôme, chacun a une histoire à raconter. Les enfants du village, les enfants Dionne, les cousins et cousines se souviennent de ce que leur disait Norbert, des bonbons qu’il leur donnait, des courses jusqu’à l’entrepôt, etc

Vers 1851, au moment où naît la paroisse et s’élève la première église, le tout premier magasin général de Saint-Pacôme ouvre ses portes. 

D’abord comme simple comptoir du magasin de Charles Letellier de Rivière-Ouelle, connu pour son esprit d’entreprise.

Progressivement, le commerce s’affranchit : Norbert Dionne rachète le magasin à Letellier et en fait un pilier du village au même titre que d’autres commerces.

On y trouve de tout : aliments, outils, tissus, pharmacie… Chaque transaction raconte une histoire d’échanges et de solidarité.

Trois générations Dionne s’y succèdent, tissant avec chaque client un lien de confiance durable.

Source image : Maison et magasin général Dionne à la fin du XIXe siècle. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


Une galerie d’abondance et d’odeurs

Pousser la porte du magasin Dionne, c’était plonger dans un monde de surprises et de découvertes. 

À la campagne, on ne trouvait ni quincaillerie Chinic ni grand magasin Eaton, sauf par catalogue. Les commerçants du village rivalisaient d’ingéniosité pour attirer la clientèle.

Au magasin général, tout se vendait : tissus, savon, remèdes, ustensiles, bonbons, biscuits et conserves. Le moindre biais de robe, la paire de souliers, ou le gallon de mélasse devenait un prétexte pour s’y rendre.

L’odeur du fromage, du poisson séché, du tabac et du kérosène se mêlait aux fruits de saison et sucreries. Inoubliable !

Source image : Comptoir d’un magasin général. Photo : source inconnue


La cave et le hangar : trésors du quotidien

Sous le plancher du magasin, la cave abritait outils, quincaillerie, mercerie et hareng fumé, tandis que le hangar servait d’entrepôt pour le tabac en feuilles, les liqueurs ou les pots de peinture.

Comme ailleurs, le magasin Dionne possédait de vastes réserves permettant de traverser l’hiver quand les routes devenaient impraticables.

Les familles faisaient leurs conserves et leurs marinades, mais il fallait venir au magasin pour la farine, sucre, mélasse, savon ou lampes à l’huile : des essentiels introuvables ailleurs.

Ingéniosité et prévoyance étaient la force des marchands d’alors : rien n’était gaspillé.

Source image : Le hangar devant le magasin Dionne, sur la rue Galarneau à la fin du XIXe siècle. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


Marie Gauvreau

Pendant plus d’un siècle, le magasin Dionne restera entre les mains de la même famille. 

Au départ, aucun Dionne n’est commerçant ; c’est Marie Gauvreau, épouse de Norbert Dionne, qui transforme le magasin en institution.

Veuve à 38 ans, en 1871, privée de ressources, elle reprend le commerce aidée de ses proches, affronte créanciers et fournisseurs, élève huit enfants, les fait instruire et garde la tête haute.

Un temps épaulée par son neveu, puis par son fils Arthur, elle dirige avec assurance et flair.

Jamais remariée, elle laisse une maison prospère, une lignée solide et l’image d’une femme forte avant l’heure ; pionnière autant que commerçante.

Source image : Portrait de Marie Gauvreau vers 1875. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


Le magasin, théâtre des nouvelles et des échanges

Au magasin Dionne, on venait autant pour acheter que pour apprendre les dernières nouvelles.

Sur le perron ou près du comptoir, on parlait du temps qu’il faisait, des récoltes, des mariages ou de tout autre fait digne de mention.

Les enfants jouaient dehors, tandis que l’arrivée d’un régime de bananes, de fruits, de friandises ou de poissons frais, guettée par ceux qui connaissaient les jours d’arrivage, faisait événement. 

Entre les rayons se mêlaient rires, rumeurs et chuchotements.

Les petits Dionne voyaient défiler la vie du village, croisaient leurs amis et grandissaient au rythme de ce qui se passait au magasin.

Source image : Devant le magasin Dionne dans les années 1940. Photo : Famille Norbert-É. Dionne 


L'architecte

En 1885, Marie Gauvreau confie à son beau-frère, l’architecte Étienne Hébert, l’agrandissement du magasin et de la maison attenante.

Le nouveau bâtiment, d’inspiration Second Empire avec ses lucarnes, galeries et larges fenêtres, reflète la réussite de Marie et l’élan d’une époque confiante et ambitieuse. 

Vingt pièces s’enchaînent, de la cave au grenier, dans un décor resté fidèle à son temps.

Partout au Canada, le chemin de fer stimule la prospérité des villages ; à Saint-Pacôme, la maison Dionne en porte la trace.

Visible de loin, elle demeure un repère de la rue Galarneau et incarne la fierté d’un temps où progrès, famille et commerce allaient de pair.

Source image : Le magasin général Dionne vers 1885. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


Solidarité, crédit et entraide

Dans les magasins du village, la confiance vaut autant que l’argent : comprendre les difficultés passagères fait partie du métier.

Chez les Dionne, crédit, échanges en nature, patience et encouragement forgent une culture d’entraide quand les temps sont durs.

Une mauvaise saison se rattrape par une bonne récolte ou une saison des sucres abondante l’année suivante. 

Les carnets de comptes, soigneusement tenus, montrent une économie fondée sur la parole donnée et la réputation. 

Les mises en demeure et les saisies sont rares ; l’entraide est discrète. 

Ici, le commerce dépasse la transaction : la prospérité du village est affaire de solidarité.

Source image : Carnet de comptes du magasin Dionne vers 1900. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


Modernité et défis

Comme ailleurs, le magasin Dionne traverse des tempêtes : krach de 1929, changements d’habitudes de consommation, concurrence des chaînes urbaines.

Dans les années 1960, les grandes surfaces bouleversent tout. 

Avec courage, Norbert Dionne modernise, agrandit, diversifie, mais refuse de s’associer à une bannière. 

Il résiste jusqu’à la montée du libre-service qui transforme définitivement le paysage commercial.

Le magasin ferme en 1979, mais sa vitalité, les anecdotes et les légendes vivent encore dans la mémoire des gens d’ici. 

Le magasin Dionne incarne, aujourd’hui encore, la convivialité et la créativité d’un autre temps.

Source image : Norbert Dionne dans son magasin à la fin des années 1970, peu avant la fermeture. Photo: Famille Norbert-É. Dionne


Le souvenir du magasin

Entrer au magasin Dionne, c’était retrouver une ambiance familière où tout le monde se connaissait.

On se rappelle la gentillesse de monsieur Norbert, son accueil et ces objets introuvables ailleurs : balances à plateau, bocaux à bonbons, meule de fromage ou vitrine de bijoux. 

Aux enfants, il offrait un bonbon à chaque visite et, l’hiver, il les faisait entrer pour se réchauffer.

Derrière le comptoir, il devinait les besoins et écoutait discrètement les petits secrets des uns et des autres.

La maison, toujours habitée par un Dionne, garde la mémoire du magasin que les récits et les photos font revivre.

Source image : Résidence Dionne-Girard. Photo : Christian Dionne, 2019


Un large réseau

Au-delà du commerce, les Dionne se distinguent par un réseau d’alliances solide.

Liés par le sang aux Dupuis, Miville-Deschênes, Casgrain, Lizotte, Letellier et Chapais, ils participent activement à la vie de la région.

À la fin des années 1890, Arthur Dionne, successeur de sa mère Marie Gauvreau, s’associe à la Compagnie de téléphone du Kamouraska : une avancée technique qui relie le village au monde.

Ce réseau dépasse le commerce, il incarne une vision d’engagement, d’entraide et d’adaptation. 

Plus d’un siècle de maillage familial a soutenu projets et échanges faisant du nom Dionne un synonyme de confiance.

Source image : Visite chez les Dionne à Saint-Pacôme devant le magasin, vers 1940. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


Passeurs de mémoire: Dionne

La famille Dionne occupe une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offre un regard inédit sur l’histoire de Saint-Pacôme.

Écoutez le récit de son arrivée en Nouvelle-France, puis au Kamouraska (voir la transcription ci-dessous).

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Explorez le circuit Dionne sur passeursdememoire.com.

Parcours Fil Rouge vous invite aussi à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse sur passeursdememoire.com. Des capsules gratuites enrichissent l’expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l’histoire des Dionne du Kamouraska

Source : Carte du circuit "Passeurs de mémoire Dionne" au Kamouraska

L’histoire des Dionne du Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes … 

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

Québec

Antoine Dionne (Guyonne), son épouse Catherine Ivory et leur fils André arrivent à Québec vers 1662 avec Jean, le frère d’Antoine. Antoine travaille sur la terre de Jean à l’île d’Orléans avant d’avoir la sienne. Onze des douze enfants de Catherine et d’Antoine y naissent et six décèdent en bas âge.

Le Kamouraska

Au Kamouraska, au début du XVIIIe siècle, leur fils Jean rejoint des membres de la famille de son épouse Charlotte Mignault (Mignot). Le patronyme Guyonne se transforme rapidement en Dionne. Antoine et son fils ne sont pas les seuls à adopter le surnom de « Sanssoucy ». On l’a aussi attribué à des ancêtres Baucher, Béchet, Bureau, Girardin, Godeau, Legardeur, Rouleau, Surprenant et Vel.

Les descendants

Antoine Dionne, Catherine Ivory, leur fils Jean Dionne et leur belle-fille Charlotte Mignault sont les ancêtres de tous les Dionne d’Amérique du Nord. Parmi leurs descendants, soulignons l’influent marchand Amable Dionne, le politicien et premier ministre du Québec René Lévesque, fils de Diane Dionne, les quintuplées appelées souvent les sœurs Dionne et le scénariste Luc Dionne.

Le patronyme Dionne se classe, par le nombre, au 4e rang des familles du Kamouraska, tout juste derrière Lévesque, Pelletier et Ouellet, au 22e rang de celles du Bas-Saint-Laurent et au 114e rang des familles du Québec. Le canton Dionne de la MRC de L’Islet honore la mémoire d’Amable Dionne. Dans le Kamouraska, une douzaine de lieux et de voies de communication portent le nom Dionne et, ailleurs au Québec, on en dénombre plusieurs autres».

Extrait de
Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme

Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
Directions

Téléchargez l'application BaladoDécouverte (pour Android et iOS) et accédez au plus vaste réseau francophone d’expériences de visites guidées en Amérique.