La pêche à l'anguille

L’anguille riveloise

Ici, au bord de la rivière Ouelle où le village s’est construit, l’anguille tisse depuis des siècles un lien au cœur de la communauté, 

Fascinante et insaisissable, son retour saisonnier a fait naître récits, gestes et traditions qui font aujourd’hui l’âme de Rivière-Ouelle…

Ses allers-retours entre les eaux douces et l’océan inspirent des histoires transmises de génération en génération. 

Les Lizotte et les Hudon, entre autres, ont perfectionné des techniques adaptées aux marées. Ce savoir-faire a façonné l’économie, le paysage et l’identité du lieu.

Source image : Au bord de la rivière Ouelle, 1890. Photo: Al Fred C. Würtele, BAnQ


Tradition au cœur du village

La pêche à l’anguille, surnommée jadis la « reine des poissons », rythme la vie des familles riveloises depuis plusieurs générations. 

Les Lizotte, Bélanger et Hudon comptent parmi ceux qui en ont fait leur métier, souvent de père en fils. 

À marée basse, deux fois par jour, les pêcheurs se rendaient aux installations pour récolter les prises. Cette routine exigeant patience et force physique était aussi un temps d’échange, où le travail renforçait la solidarité au sein de la communauté.

Elle demeure aujourd’hui un repère fort dans la mémoire des villageois.

Source image : La pêche à l’anguille. Photo : Alexandre L. Gaudreau, 2011


L’incroyable voyage des anguilles

Le cycle de vie de l’anguille intrigue toujours. Née en mer des Sargasses, elle parcourt des milliers de kilomètres avant de remonter jusqu’au Saint-Laurent, traversant parfois le lac Ontario, puis repart accomplir son périple mystérieux pour y pondre. 

Les chercheurs ont suivi certains spécimens sur plus de 2 500 km, révélant un sens de l’orientation exceptionnel, peut-être lié au champ magnétique terrestre.

Ce voyage fascine autant les spécialistes que les plus jeunes. Il rappelle la force de la nature, la résilience des espèces migratrices et la nécessité de protéger les habitats dont dépend leur survie.

Source image : Migration de l’anguille en Amérique. Comment sauver l’anguille du Saint-Laurent, Radio-Canada, 2016


Installations sur les battures

Lorsque la marée descend, les battures de la rivière dévoilent un réseau d’installations uniques, pensées pour la pêche à l’anguille. 

Pieux de bois et filets s’élèvent du sol vaseux, dessinant une silhouette caractéristique dans le paysage riverain. Plantés perpendiculairement au rivage, les piquets formaient un chemin qui guidait le poisson jusque dans la trappe finale.

Ces structures témoignent d’une adaptation ingénieuse à l’environnement. Leur montage, nécessitant force précision, occupe une place centrale dans les pratiques traditionnelles, devenant une véritable fierté pour ceux qui les construisaient,

Chaque installation devait résister au vent, au courant et aux marées, exigeant une fine connaissance du territoire et beaucoup de patience.

Source image : Les préparatifs. Photo : Alexandre L. Gaudreau, 2011


Filets, architecture du fleuve

Tendus entre les pieux, les filets ressemblent à une architecture éphémère sur l’eau, flottant au gré du vent et de la lumière. 

Disposés avec soin, ils reflètent à la fois l’ingéniosité et l’esthétique de la pêche locale. 

Essentiels pour orienter l’anguille vers le coffre, ils sont posés en zigzag, leur hauteur variant selon la marée, la saison et l’expérience du pêcheur qui ajustait constamment son installation.

Au lever ou au coucher du soleil, ces installations se parent de couleurs changeantes, magnifiant le panorama et invitant à la contemplation.

Source image : Les filets dans la houle. Photo : Alexandre L. Gaudreau, 2011


Le coffre à anguilles

Au centre de l’ensemble, le coffre à anguilles joue un rôle clé. Fabriqué en bois résistant, il est conçu pour piéger l’anguille dans une trappe dont elle ne peut ressortir.

Son installation doit être soigneusement ajustée pour s’adapter au mouvement de l’eau, aux marées et à la texture des battures.

Véritable cœur battant du dispositif, ce coffre est le résultat d’un savoir-faire patient, transmis de génération en génération, où chaque détail compte : angle, profondeur, orientation, ancrage. 

Il demeure l'emblème d’une pêche ingénieuse et respectueuse de l’animal.

Source image : Schéma du coffre, Roger Martin, L’anguille, 1980


La pêche de nuit

La vie du pêcheur s’organise autour de la marée : deux fois par jour, les hommes récupèrent les prises, parfois éclairés par la lune 

La pêche de nuit met tous les sens en éveil. Sur la berge, le silence est rythmé par le clapotis de l’eau et le vent sur les battures. 

Cette ambiance amplifie le décor, nourrissant récits, légendes et visions étranges : brume inquiétante, feux-follets qui auraient poursuivi les pêcheurs, rencontres insolites… 

Le froid de l’automne, l’obscurité et quelques gorgées pour se réchauffer y contribuaient sans doute. Mais ces nuits restent un chapitre marquant où travail, courage et imaginaire s’entremêlaient.

Source image : La pêche de nuit. Photo : Alexandre L. Gaudreau, 2011


Économie florissante

Autrefois, la pêche à l’anguille participait pleinement à l’économie locale. Près d’une trentaine de pêches étaient installées entre Saint-Denis et Sainte-Anne, témoignant de sa rentabilité. 

Les familles vendaient leur récolte sur les marchés environnants ou l’exportaient vers d’autres régions, assurant des revenus appréciables. Dans les années 1960, la valeur de l’anguille grimpa fortement, attirant de nouveaux pêcheurs.

Les quais et les places publiques s’animaient lors des transactions, révélant le rôle central de cette activité dans la vie du village. La pêche rythmait alors saisons et habitudes. Cette prospérité, de 1950 à 1970, a laissé un souvenir encore vivace aujourd'hui. 

Source image : Cabane de pêche à L’Anse-des-Mercier à marée basse. Photo : Caroline Bolieu, 2015


Techniques et innovations

Au fil des ans, les pêcheurs ont su innover et perfectionner leurs techniques intégrant outils et méthodes destinés à faciliter le travail ou à augmenter l’efficacité des prises.

À marée basse, ils plantent des piquets de bois perpendiculairement au rivage, en zigzag. Une fois les filets installés sur ces pieux, l’anguille se dirige inévitablement vers la trappe à l’extrémité du coffre.

Alliance subtile entre modernité et tradition, ces améliorations témoignent d’une curiosité et d’une volonté d’adapter les pratiques aux conditions du fleuve, tout en préservant la logique ancestrale du système.

Source image : Les coffres. Photo : Alexandre L. Gaudreau, 2011


Déclin et fin d’une époque

Avec le temps, de nombreux facteurs ont contribué au déclin de la pêche à l’anguille : évolution des milieux naturels, nouvelles réglementations, transformations économiques. 

La contamination au mercure, dans les années 1970, entraîne l’interdiction de la pêche commerciale. Le gouvernement indemnise alors les pêcheurs, mais la vie du quai se transforme profondément. 

La tradition, bien que fragile, reste vivante et continue d’inspirer ceux qui tiennent à maintenir le souvenir de ce métier disparu.

Source image : Le village du quai. Photo : Municipalité de Rivière-Ouelle


Un paysage à préserver

Le littoral, autrefois façonné par la pêche à l’anguille, représente un patrimoine précieux. Là où se dressaient autrefois coffres et filets, on observe aujourd’hui oiseaux, marées et lumière changeante du fleuve.

Ce paysage emblématique, ouvert sur le Saint-Laurent, avec ses battures et son quai, lieu de promenade et de contemplation, témoigne d’un lent tissage entre nature et culture, inscrit dans l’histoire du village.

Initiatives citoyennes et efforts de conservation visent désormais à sauvegarder cette richesse, à sensibiliser les visiteurs et à encourager une relation respectueuse avec ce milieu fragile.

Source image Poteaux installés dans le sol dans le but de faire de la pêche à l’anguille à Rivière-Ouelle. Photo : Radio-Canada/Patrick Bergeron, 2021


Passeurs de mémoire : Lizotte

La famille Lizotte occupe une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offre un regard inédit sur l’histoire de Rivière-Ouelle.

Écoutez le récit de l’arrivée des Lizotte en Nouvelle-France, puis au Kamouraska.

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Explorez le circuit Lizotte sur passeursdememoire.com.

Parcours Fil Rouge vous invite aussi à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse sur passeursdememoire.com. Des capsules gratuites enrichissent l’expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l'histoire des Lizotte au Kamouraska

Source : Carte du circuit « Passeurs de mémoire Lizotte » au Kamouraska

L'histoire des Lizotte au Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes … 

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. 

Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins, portez ces noms souvent familiers. Avec « Passeurs de mémoire », Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

La Nouvelle-France

Guillaume Lizotte (Lizot), fils de Robert et de Catherine Joane, naît au début des années 1640 dans le Calvados en Normandie. On ne connaît pas les motifs de son départ pour la Nouvelle-France. Comme plusieurs nouveaux arrivants, on peut présumer qu’il souhaite un meilleur avenir.

En 1662, il travaille comme domestique à Beauport chez Noël Langlois, puis chez son gendre Jean Pelletier. Le 19 janvier 1670 à Québec, Guillaume épouse Anne Pelletier, alors âgée de 13 ans. Elle est la fille de Jean et d’Anne Langlois.

Le couple s’établit d’abord à Beauport sur une terre concédée par le père d’Anne en 1665. En 1676, Guillaume vend sa terre de Beauport pour s’établir à la Grande-Anse de La Pocatière avec sa famille.

Comme d’autres arrivants, Guillaume pourrait avoir été attiré par l’abondance des terres arables ou le potentiel de la pêche et de la chasse pour subvenir à ses besoins. Durant cette période de peuplement, il côtoie des Malécites et des Micmacs qui fréquentent cette partie de la Côte-du-Sud.

Anne Pelletier décède entre février 1691 et mars 1696. Le 9 octobre 1696, Guillaume épouse en secondes noces Marguerite Peuvret (Peuvrier), veuve de Jacques Meneux.

Les descendants

Anne Pelletier et Guillaume Lizotte sont les ancêtres de tous les Lizotte d’Amérique. Parmi leurs descendants, soulignons quelques noms connus tels l’auteure et humoriste Kim Lévesque-Lizotte, le politicien Louis-Philippe Lizotte et le pharmacien et l’un des maires de Saint-Denis, Jean Dallaire. 

On retrouve le plus grand nombre de Lizotte dans les MRC de Kamouraska et de L’Islet. À la fin du XXe siècle, le patronyme Lizotte figure au 437e rang des noms de famille du Québec».

Extrait de
Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle

Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
Directions

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