Le marsouin

Pêche au marsouin à Rivière-Ouelle

La pêche aux bélugas, autrefois appelés « marsouins », se concentrait surtout à la Pointe de Rivière-Ouelle, l’un des meilleurs sites du Saint-Laurent.

Dès 1705, on y forme des sociétés de pêche organisées, attirées par la configuration idéale du lieu : battures, courant, accès direct au large.

Si Kamouraska, L’Isle-Verte ou Saint-Jean-Port-Joli pratiquaient aussi cette pêche, aucun n’égalait Rivière-Ouelle, longtemps considéré comme un centre majeur de capture.

L’huile tirée des bélugas soutenait l’économie locale et créait une activité saisonnière animée, dont le souvenir reste profondément ancré dans la mémoire des Rivelois.

Source image : La pêche dans le fleuve vers 1930. Photo : Archives de la Côte-du-Sud


Le béluga

Le béluga du Saint‑Laurent, petit cétacé blanc au comportement social complexe, est surnommé le « canari des mers » pour ses vocalises étonnamment variées.

Héritier d’une lignée isolée depuis l’ère glaciaire, il constitue ici la seule population méridionale de l’espèce au monde.

Son cou souple, rare chez les cétacés, lui permet de tourner la tête pour fouiller les fonds, tandis que son front en « melon » modulable sert à l’écholocation.

Souvent observé en groupes serrés qui semblent discuter, il formait autrefois des rassemblements impressionnants dans l’estuaire.

Aujourd’hui menacé, il subit la pollution, le bruit sous-marin et le trafic maritime.

Source image : Le béluga du Saint-Laurent. Photo: The Associated Press


Une pêche en péril

Dans les années 1920, les journaux rapportent que le marsouin se fait rare, inquiétant les villages côtiers dépendant de cette ressource. 

En 1926, L’Action catholique parle même de « grande famine », rappelant l’importance de la viande et de l’huile dans l’économie domestique.

Cette baisse des prises bouleverse les habitudes : certaines sociétés ferment, des familles perdent une source essentielle de revenus et les installations tombent en désuétude.

Ces témoignages révèlent à quel point cette pêche structurait le quotidien, bien avant son déclin définitif.

Source image : L’Action catholique, 26 juillet 1926


Le mythe du "mangeur de morue"

Au XIXᵉ et au XXᵉ siècles, le béluga est faussement accusé de dévorer la morue alors en déclin.

Dans les années 1930, une prime de 15 $ par queue est offerte pour encourager son extermination : une chasse intensive se fait même parfois à l’aide de charges explosives dans le fleuve. Il arrive qu’une même queue soit passée de maison en maison pour multiplier les récompenses.

En 1939, le biologiste V. D. Vladykov prouve que le béluga ne mange pas de morue. Mais la population, déjà affaiblie depuis longtemps, est alors gravement décimée.

Source image : Marsouins traînés au sortir de la pêche, Rivière Ouelle. Photo : J. B. Plourde éditeur, BAnQ


Comment pêcher le marsouin ?

Bien que l'animal soit un mammifère, on parlait ici de « pêche au marsouin ».

À marée basse, les battures grouillaient d’éperlans et de capelans, attirant les bélugas.

Les pêcheurs plantaient jusqu’à 7 000 perches d’érable formant une immense nasse en demi-cercle qui empêchait les animaux de regagner le large.

Guidés par des barques à fond plat, les marsouins étaient harponnés ou tirés à cheval jusqu’au lieu de dépeçage.

On fondait ensuite la graisse pour obtenir plusieurs huiles, de la plus fine (horlogerie) à la plus sombre (éclairage).

Source image : Pêche à marsouins, Rivière-Ouelle. Photo : J. B. Plourde éditeur, BAnQ


La Compagnie de la pêche

La pêche au marsouin se structure, à la fin du XIXᵉ siècleautour de sociétés organisées, dont la Compagnie de la pêche aux marsouins de la Rivière-Ouelle.

En 1881, des actions sont émises pour financer perches, barques, ateliers et salaires des ouvriers saisonniers.

La compagnie supervise aussi la répartition des captures, l’entretien des installations et le transport de l’huile, pierre angulaire du commerce local.

Ce modèle collectif, rare pour l’époque, illustre l’importance économique de la pêche au marsouin et la coopération entre familles, marchands et exploitants.

Source image : Certificat d’actions de la Compagnie de la pêche, 1881. Photo : Guy Duguay, Collection Georges-Henri Lizotte


Un commerce structuré

Au XIXe siècle, le marchand Jean-Charles Chapais dirige l’une des principales pêches au marsouin de Rivière-Ouelle. Ses goélettes acheminent l’huile jaune vers les tanneries de Québec, où elle sert à assouplir les cuirs.

Autour de lui s’active une chaîne bien rodée : pêcheurs, charretiers, tonneliers, ouvriers des parcs et marchands assurent capture, fonte, stockage et expédition.

Avec l’arrivée des huiles synthétiques, le commerce décline, l’odeur tenace du produit naturel n’aidant en rien.

Rivière-Ouelle demeure pourtant l’un des grands centres d’approvisionnement du Bas-Saint-Laurent, fort d’une industrie vieille de plus de deux siècles.

Source image : Usine à l’huile de marsouins, Rivière-Ouelle. Vers 1890-1929. BAnQ


Les armoiries

Le marsouin occupe une place centrale dans l’identité des Rivelois.

Comme le castor pour la Nouvelle-France, il a longtemps représenté une richesse convoitée, exploitée, puis graduellement abandonnée lorsque la ressource s’est raréfiée.

Pour l’historien Paul-Henri Hudon, sa présence dans les armoiries paroissiales résume trois siècles d’activités, de solidarité et de liens avec le fleuve.

En observant ces armoiries aujourd’hui, on lit encore le rôle fondateur de cet animal dans l’économie locale et la mémoire collective.

Source contenu et image : Hudon, Paul-Henri, Rivière-Ouelle de la Bouteillerie : 3 siècles de vie (1672-1972), 1972


De nos jours

L’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent s’étend des battures aux Loups-Marins, ces îlots et hauts-fonds au large du Kamouraska, jusqu’au large de Saint-Simon, incluant l’embouchure du Saguenay. 

Espèce protégée depuis 1979, cette population isolée demeure fragile: en 2014, on l'estimait à environ 900 individus, un nombre stable mais trop faible pour garantir son rétablissement.

Faible reproduction, contaminants, bruit sous-marin, collisions et réchauffement climatique compliquent sa survie.

Les scientifiques rappellent que son avenir dépend d’un trafic maritime réduit et d’un fleuve en meilleure santé.

Sur la carte, la zone délimitée en rouge montre l'habitat essentiel défini en 2012. 

Source image : Béluga. Population de l’estuaire du Saint-Laurent. Tirée du plan de rétablissement du béluga
 


Passeurs de mémoire : Lavoie et Soucy

Les familles Lavoie et Soucy occupent une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offrent un regard inédit sur l’histoire de Rivière-Ouelle.

Écoutez le récit de leur arrivée en Nouvelle-France, puis au Kamouraska.

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Explorez les circuits Lavoie et Soucy sur passeursdememoire.com.

Parcours Fil Rouge vous invite aussi à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse sur passeursdememoire.com. Des capsules gratuites enrichissent l’expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l’histoire des Lavoie au Kamouraska

Source : Carte du circuit « Passeurs de mémoire Lavoie au Kamouraska


L’histoire des Lavoie au Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes … 

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société.
Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

La Nouvelle-France

René Lavoie (de Lavoye) naît le 28 novembre 1628 en Normandie. En 1656, on signale sa présence en Nouvelle-France. À Québec au printemps de cette année-là, René épouse Anne Godin, originaire de La Rochelle. Anne arrive dans la colonie avec ses parents en 1654 ou un peu avant. Le couple s’établit à Sainte-Anne-de-Beaupré et huit enfants naissent de cette union. Leur second fils, Jean, déménage à Rivière-Ouelle en 1685.

Comme d’autres arrivants, il pourrait avoir été attiré par l’abondance des terres arables ou par le potentiel de la pêche ou de la chasse pour subvenir à ses besoins. Durant cette période de peuplement, il côtoie des Malécites et des Micmacs qui fréquentent cette partie de la Côte-du-Sud.

Le 22 octobre 1688 à Rivière-Ouelle, Jean épouse Madeleine, fille de ses voisins de la Côte-de-Beaupré, Galeran Boucher et Marie Leclerc (Clerc). Jean Lavoie et son épouse Madeleine Boucher sont les ancêtres des Lavoie rivelois. 

Les descendants

Parmi leurs nombreux descendants, soulignons quelques noms connus tels l’écrivain américain Jack Kerouac, l’auteur-compositeur-interprète Daniel Lavoie, le journaliste Gilbert Lavoie, le triathlète Pierre Lavoie et Thérèse Lavoie-Roux, femme politique. À la fin du XXe siècle, ce patronyme figure au 8e rang des noms de famille du Québec avec environ 34 800 porteurs de ce nom ».


Écoutez l’histoire des Soucy au Kamouraska

Source : Écoutez l’histoire des Soucy au Kamouraska

L’histoire des Soucy au Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes … 

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

La Nouvelle-France

Un certain mystère entoure les origines du pionnier Jean Soucy. La première mention de sa présence en Nouvelle-France, comme soldat du régiment de Carignan, remonte à l’été 1665. On ne sait pas exactement à quel moment Jean épouse Jeanne, puisque leur acte de mariage est introuvable, mais ce serait avant 1671, alors que naît leur premier enfant.

Jeanne Savonnet (Savonet) arrive en Nouvelle-France en 1670 comme Fille du roi en provenance de Paris. Son patronyme prend diverses formes dans les documents religieux et juridiques de l’époque. Ils sont alors établis à l’Île-aux-Oies et ils se déplacent ensuite à l’Île-aux-Grues. C’est leur fils Pierre qui s’établit dans la Grande-Anse à La Pocatière. 


Jean Soucy décède à une date inconnue. En 1679, sa veuve épouse Damien Bérubé, qui décède à son tour en 1688. Jeanne épouse le veuf François Miville en 1692. 

Les descendants

Parmi les nombreux descendants de Jean Soucy et de Jeanne Savonnet, soulignons quelques noms connus tels l’artiste Jean Soucy, l’écrivain Gaétan Soucy et l’un des préfets de la MRC de Kamouraska et maire de Mont-Carmel, Yvon Soucy. À la fin du XXe siècle, ce patronyme figure au 239e rang des noms de famille du Québec».

Extrait de
Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle

Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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