L'École Delisle

L’école de rang

Les Coteaux de Rivière-Ouelle longent le fleuve, dessinant des crêtes boisées qui séparent le littoral des terres agricoles. 

Dans ce décor éclaté, les maisons suivent les rangs comme elles peuvent, et la vie quotidienne se fait au rythme des marées, des champs et des chemins à pied. 

Une seule école n’aurait jamais suffi pour rejoindre tous ces enfants dispersés. La Petite École Delisle devient donc un point d’appui pour les familles du secteur, à deux pas du magasin général, là où le rang s’animait naturellement. 

Source image : L’École Delisle. Illustration : Marie-Hélène Bochud, Corporation historique et culturelle de Rivière-Ouelle 


La construction

Au tournant des années 1930, les familles des Coteaux manquent de place pour leurs enfants. 

On décide alors de construire une nouvelle école, et chacun y met du sien : Bérubé et Lévesque donnent le terrain, Lizotte creuse le puits, et Hudon, qui tient le magasin d’en face, fournit sûrement la peinture.

Avec ses 2 100 $, l’école ne ruine personne, mais elle change bien des choses. 

Son architecture modeste et ses arbres autour racontent l’essentiel : une école accessible, accueillante et pleine de promesses pour les enfants du coin.

Son architecture simple et ses arbres matures rappellent le temps où l’école représentait un ancrage quotidien pour les familles.

Source image : L’École Delisle vers 1945. Photo : Municipalité de Rivière-Ouelle (retouchée)


Un territoire morcelé

À Rivière-Ouelle, rien n’est vraiment regroupé. Les familles vivent entre coteaux, plaine agricole et chemin du fleuve, parfois à plusieurs kilomètres les unes des autres. Ce territoire en morceaux oblige l’école à aller vers les enfants, et non l’inverse.

Au XIXe siècle, on voit donc apparaître plusieurs petites écoles de proximité. Vers 1864, il y en a déjà sept, sans compter le couvent au village.

Quand l’École Delisle ouvre en 1930-1931, elle s’ajoute naturellement à ce réseau dispersé.

Tout bascule en 1965 : avec les réformes, les écoles de rang sont fermées, mettant fin aux marches à pied et aux cloches qu’on entendait d’un champ à l’autre.

Source image : Carte de Rivière-Ouelle, 2012. Village de Rivière-Ouelle (Web


L'abbé Delisle

L’école porte le nom de Louis-Philippe Delisle, curé de Rivière-Ouelle pendant vingt-trois an un, homme pour qui l’éducation comptait plus que tout. 

Né à Lévis en 1857, il commence son cours classique à 18 ans, plus tard que la plupart des élèves de son époque.

Énergique et entreprenant, il restaure l’église, installe de nouvelles cloches, modernise le presbytère et rêve d’une école où les enfants du village pourraient apprendre dans de meilleures conditions.

Il guide les jeunes comme d’autres soutiennent une famille, jusqu’au séisme de 1925, qui l’oblige à quitter la paroisse qu’il avait tant marquée.

Source image : Vue intérieure de l’Église, Rivière-Ouelle. Photo: BAnQ 


Une école qu’on remarque

L’École Delisle se tient un peu à l’écart de la route, sur un terrain ouvert, au bout du rang. 

Elle reprend les formes simples des écoles d’autrefois : un rectangle en bois, un étage et demi, un toit à deux versants et de grandes fenêtres pour attraper la lumière dès le matin.

Rien d’extravagant, mais tout ce qu’il faut pour qu’une classe s’anime. Son parement en cèdre, son annexe discrète et sa façade dépouillée racontent un lieu pensé pour apprendre.

Peinte jadis en rose, puis en gris, elle retrouve sa couleur d’origine en 1984, au moment de sa restauration.

Source image : École Delisle de Rivière-Ouelle, 2011. Photo : Corporation historique et culturelle de Rivière-Ouelle


Réformes, fermeture et sauvetage

Les années 1960 apportent une grande réorganisation scolaire. On centralise, on regroupe, et les petites écoles de rang se vident. En 1965, l’École Delisle ferme à son tour.

Un garagiste la rachète et l’utilise comme remise pendant presque vingt ans. Elle aurait pu disparaître là. Mais en 1984, la Corporation historique et culturelle de Rivière-Ouelle la récupère, la restaure et lui redonne son âme.

Un an plus tard, l’école rouvre, non plus pour enseigner, mais pour raconter : une petite classe devenue lieu de mémoire, où les visiteurs découvrent ce qu’était vraiment une école de rang.

Source image : École vents et marée. 325 ans… Une grande famille ! Rivière-Ouelle vous accueille, 1672-1997. Photo : Thérèse Bouffard


L'âme de l'école

Dans une école de rang, tout repose sur l’institutrice. Elle est la directrice, la surveillante et parfois même la concierge. 

Elle corrige les devoirs, gère les conflits, soigne les genoux écorchés et organise les petites fêtes, assumant mille tâches qui dépassent largement l’enseignement.

Elle fait la classe seule à des enfants d’âges variés, prépare les examens de l’inspecteur, entretient le feu et réchauffe la petite cuisine.

Le salaire est modeste, et elle loge souvent chez une famille voisine.

À l’École Delisle, plusieurs maîtresses ont marqué leur époque, chacune avec son style, mais toutes avec la même constance.

Source image : École Delisle de Rivière-Ouelle, 2007. Photo : Corporation historique et culturelle de Rivière-Ouelle


Lucienne et Marguerite Chamberland

Lucienne Chamberland, formée au couvent des Sœurs de la Charité à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, devient la première institutrice de l’École Delisle en 1931. Elle enseigne à une trentaine d’élèves de la 1re à la 7e année avant d’entrer en religion. 

Sa sœur Marguerite prend la relève en 1934. Elle y restera vingt ans, acceptant même d’enseigner jusqu’en 8e et 9e années pour éviter à plusieurs filles les frais du couvent. 

Organisée et exigeante, elle jongle avec neuf niveaux, appelés alors divisions, et une avalanche de matières del’alphabet aux grandes cartes étalées au mur.

Source image : Lucienne Chamberland (Sœur Sainte-Marie-Carméla) (1911-1994) et sa sœur Marguerite (1916-1997). Photo : Archives familiales Gilles Chamberland


Antoinette Pelletier et Louise Gagnon

Après les sœurs Chamberland, l’école passe à d’autres mains. Antoinette Pelletier arrive en 1954, apportant une énergie calme et une grande patience pour gérer une classe où les âges se mélangent.

Elle continue la tradition des maîtresses qui enseignent tout, de la lecture à l’histoire.

En 1960, Louise Gagnon lui succède. Elle devient la dernière institutrice du rang, celle qui ferme la porte en 1965.

Avec elles s’éteint le modèle des écoles de proximité, où une seule femme faisait vivre tout un monde.

Source image : Mademoiselle Antoinette Pelletier, institutrice à l’École Delisle, et mademoiselle Louise Gagnon. Photos : Corporation historique et culturelle de Rivière-Ouelle


Mlle Marguerite et ses élèves

On s’imagine parfois que la vie d’institutrice était simple, mais Marguerite Chamberland sait que chaque journée demande l’agilité d'une équilibriste.

Dans sa classe de neuf divisions, elle doit avancer au rythme de chacun : un élève qui lit déjà, un autre qui hésite encore, un troisième qui arrive du champ avec les mains gelées.

Elle gère les retards, les cahiers oubliés, les ventres creux, les chamailleries et les éclats de rire qui dérapent.

Son organisation et sa patience tiennent tout en place. Et lorsque ses élèves réussissent les examens de l’inspecteur, elle reçoit une petite prime, l’un des rares signes que son travail est apprécié.

Source image : Élèves avec mesdemoiselles Marguerite Chamberland et Clorinde Lizotte. Photo : Archives familiales Gilles Chamberland


Cormoran

Après les sœurs Chamberland, l’école passe à d’autres mains. Antoinette Pelletier arrive en 1954, apportant une énergie calme et une grande patience pour gérer une classe où les âges se mélangent.

Elle continue la tradition des maîtresses qui enseignent tout, de la lecture à l’histoire.

En 1960, Louise Gagnon lui succède. Elle devient la dernière institutrice du rang, celle qui ferme la porte en 1965.

Avec elles s’éteint le modèle des écoles de proximité, où une seule femme faisait vivre tout un monde.

Source image : Mademoiselle Antoinette Pelletier, institutrice à l’École Delisle, et mademoiselle Louise Gagnon. Photos : Corporation historique et culturelle de Rivière-Ouelle


Passeurs de mémoire : Bérubé

La famille Bérubé occupe une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offre un regard inédit sur l’histoire de Rivière-Ouelle.

Écoutez le récit de son arrivée en Nouvelle-France, puis au Kamouraska.

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Explorez le circuit Bérubé sur passeursdememoire.com. 

Parcours Fil Rouge vous invite aussi à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse sur passeursdememoire.com. Des capsules gratuites enrichissent l’expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l’histoire des Bérubé au Kamouraska

Source : Carte du circuit « Passeurs de mémoire Bérubé » au Kamouraska

L’histoire des Bérubé au Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes … 

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins, portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

La Nouvelle-France

Arrivant de Rocquefort en Normandie, Damien Bérubé (Berrubey), fils de Robert et de Catherine Ferrecoq, serait débarqué en Nouvelle-France en 1671, en provenance de Dieppe. Il voyage avec Jean-Baptiste-François Deschamps, futur seigneur de la Bouteillerie. Espérant obtenir une concession, Deschamps amène avec lui deux charpentiers, deux maçons, dont Damien, des manœuvres et des Filles du roi.

La Bouteillerie

Damien participe à la fondation de la seigneurie de la Bouteillerie et, vers 1675, il reçoit une terre donnant sur la rivière Ouelle. Comme d’autres arrivants, il pourrait avoir été attiré par l’abondance des terres arables ou le potentiel de la pêche et de la chasse pour subvenir à ses besoins. Durant cette période de peuplement, il côtoie des Malécites et des Micmacs qui fréquentent cette partie de la Côte-du-Sud.

Damien épouse la veuve Jeanne Savonnet (Savonet) à L’Islet, le 22 août 1679. Il s’agit du premier acte de mariage inscrit aux registres de la paroisse Notre-Dame-de-Bon-Secours de L’Islet. Son patronyme prend diverses formes dans les documents religieux et juridiques de l’époque.

Jeanne s’embarque pour la Nouvelle-France en 1670 comme Fille du roi. Peu après son arrivée, elle s’établit à l’île aux Oies avec son premier mari, Jean Soucy, qui décède prématurément. Damien, son second époux, étant décédé en 1688, Jeanne épouse, en troisièmes noces, le veuf François Miville.

Les descendants

Parmi les nombreux descendants de Jeanne Savonnet et de Damien Bérubé, soulignons quelques noms connus, tels que les politiciens Yves et Pascal Bérubé ainsi que le musicien et comédien Jocelyn Bérubé. Près de 25 % des Bérubé habitent au Bas-Saint-Laurent. À la fin du XXe siècle, ce patronyme figure au 64e rang des noms de famille du Québec avec environ 14 100 porteurs de ce nom».

Extrait de
Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle

Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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