Première école d'agriculture au Canada

François Pilote

Dans le paysage de Sainte-Anne, une idée audacieuse germe au milieu du XIXᵉ siècle : marier savoir, terre et avenir.

Cette vision porte la marque de François Pilote, né en 1811 à Saint-Antoine-de-Tilly et figure majeure du Collège. 

Enseignant et administrateur pendant plus de trente ans, il promeut la colonisation et l’enseignement agricole. 

À la tête du Collège, il acquiert un domaine pour y créer une ferme modèle et, en 1859, fonde l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, la toute première au Canada, qui marquera l’histoire de l’éducation rurale au pays.

Source image : François Pilote, vers 1870. Photo : Fonds J. E. Livernois Ltée, Livernois Québec, BAnQ


Le bâtisseur

Source : Un groupe de religieux dont, selon toute vraisemblance, François Pilote (première rangée, à droite) réunis à l’extérieur de l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, vers 1866-1867. Photo : L. M. Picard, BAnQ


Une école d’agriculture

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L’abbé François Pilote : un grand bâtisseur

« Comme nous l’avons vu dans le balado 2, le Collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière ouvre ses portes en 1829. Le fondateur, le curé Painchaud, recrute en 1836 l’abbé François Pilote alors qu’il est assigné depuis peu comme vicaire à Rivière-Ouelle. 

La force de travail et de conviction de l’abbé Pilote fera de lui un véritable bâtisseur de la paroisse. Encore aujourd’hui, le rayonnement de la communauté s’appuie sur ses réalisations. Mais qu’a-t-il fait au juste ? 

Ses réalisations

Dès 1842, il est mandaté pour superviser l’agrandissement du Collège afin de permettre l’implantation du cours commercial. Puis, malgré des défis financiers majeurs, il réussit le déploiement de l’aile Pilote, en 1855. Il occupe tour à tour divers postes : professeur, directeur, procureur et supérieur. 

Préoccupé par le surpeuplement des terres agricoles à la fin des années 1840, il devient président de l’Association des comtés de L’Islet et de Kamouraska pour coloniser le SaguenayIl travaille activement à l’amélioration des pratiques culturales en créant la ferme école du Collège en 1854. En 1859, il fonde la première école d’agriculture permanente du Canada après un voyage de huit mois en France pour étudier ce qui s’y fait.

Ceux qui l’ont suivi

On rapporte dans un journal que le jour de la bénédiction de l’École, le député de l’époque, Charles Chapais, qui deviendra un des 36 Pères de la Confédération canadienne, dans une courte improvisation, fait ressortir, avec le talent dont il donne les preuves, la grandeur et l’utilité de l’agriculture, vraie richesse des nations. Il démontre tous les avantages d’une école où nos jeunes gens peuvent puiser les connaissances propres à faire des agriculteurs vraiment à la hauteur de l’honorable position qu’ils doivent occuper dans la société.

Le premier enseignant sera Émile Dumais, ancien élève du Collège. Il quitte à peine deux ans après son entrée en poste pour voyager à travers le monde. 

Mais nous retiendrons surtout le nom de Jean-Baptiste Daniel Schmouth, grand propagandiste de la construction des aboiteaux, les digues construites pour empêcher la mer d’envahir les terres à marée haute, et dont nous avons parlé dans le premier balado. Schmouth enseigne à l’École d’agriculture pendant plus de 34 ans. 

Notons un autre professeur qui sera connu par la suite en tant que premier ministre du Québec durant la Deuxième Guerre mondiale, Adélard Godbout. Il y enseigne de 1918 à 1930.

Son héritage

Dès 1861, afin de permettre de diffuser largement les connaissances agricoles et de propager les nouvelles avancées dans le domaine auprès des cultivateurs, Émile Dumais fonde la Gazette des Campagnes.

Extrait de la Gazette des Campagnes 1861, ¨Si la guerre est la dernière raison des peuples, l’agriculture doit être la première. Emparons-nous du sol, si nous voulons conserver notre nationalité ». 

C’est ainsi qu’était titré le numéro-spécimen de 4 pages du 21 septembre. Dès l’année suivante, il cède la direction de la publication à un dénommé Firmin-Hippolyte Proulx qui en assure la direction jusqu’en 1895. 

Réussir tous ces grands chantiers exige engagement et volonté de fer. Le style autoritaire de l’abbé François Pilote déplaît parfois aux gens. On lui reproche de trop dépenser pour sa ferme modèle et son École d’agriculture. Différents épisodes de contestations poussent l’homme à démissionner du Collège. On le retrouvera dès 1870 à Saint-Augustin-de-Portneuf. 

Aujourd’hui encore, la ferme école Lapokita, l’Institut de technologie agroalimentaire, mieux connu sous l’acronyme de l’ITA, et le Collège font partie des fleurons de la cité. C’est donc avec grande fierté que portent le nom Pilote, une avenue et une aile du Collège. Le saviez-vous ? »

Source image : École d’agriculture en construction vers 1911. Archives de la Côte-du-Sud


Adélard Godbout

Adélard Godbout conserve toute sa vie un lien profond avec Sainte-Anne-de-la-Pocatière et avec l’esprit d’innovation agricole qu’il y découvre. 

Agronome de formation, il porte en politique une sensibilité marquée pour les milieux ruraux et pour l’amélioration des conditions de vie des familles.

Comme premier ministre du Québec, il laisse une empreinte durable grâce à des lois majeures, notamment l’obligation scolaire, l’électrification rurale et la reconnaissance du droit de vote des femmes, qui transforment le Québec moderne. 

Une part de cette vision prend racine ici, dans un milieu où l’on formait des jeunes proches de la terre et des réalités agricoles.

Source image : Adélard Godbout vers 1935. BAnQ


L'école

Source : : Groupe d’étudiants réunis à l’extérieur de l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière autour de quelques adultes, vers 1866-1867. Photo : L. M. Picard, BAnQ


La Gazette des campagnes

La Gazette des campagnes ne se limite pas à diffuser des conseils agricoles : elle devient un véritable outil de mobilisation pour les communautés rurales. 

Grâce à elle, les cultivateurs disposent d’une plateforme commune où s’échangent observations, résultats d’expérience et préoccupations du moment. 

Le journal contribue à créer un réseau régional d’apprentissage continu et valorise le rôle du savoir dans l’amélioration des pratiques.

Par son ton direct et ses idées accessibles, il rapproche l’École du quotidien des familles agricoles, établit un lien inédit entre école, spécialistes et milieu agricole.

Source image : Gazette des campagnes : journal du cultivateur et du colon, 21 septembre 1861. BAnQ


Les débuts

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La naissance de l’École d’agriculture

« Dès le départ, l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière a joué un rôle prépondérant dans l’évolution des sciences agricoles de notre pays, dans la formation d’agronomes, de cultivateurs et d’ouvriers agricoles compétents ainsi que dans la diffusion à grande échelle, par son journal la Gazette des Campagnes, de procédés pour améliorer le rendement des terres.

La première école occupe au départ une maison bâtie par le Collège et située de nos jours au nord de la Cathédrale, à côté du cégep actuel. 

Vous pourrez arrêter la voir un peu plus tard, lorsque vous vous dirigerez vers le cinquième panneau de notre circuit. Elle est située juste en haut de la côte. Regardez-bien. Une plaque y a été dévoilée en 2009 lors des fêtes soulignant le 150e anniversaire de l’enseignement agricole au Canada. 

Extrait radio

La première école est en mesure alors d’accueillir une vingtaine d’élèves. Pour être admis, ils doivent être âgés d’au moins 15 ans et présenter les meilleurs témoignages de moralité et de bon caractère. Le cours dure deux ans et coûte 24 $ par année. On y enseigne autant de la théorie que de la pratique. 

Le but de la fondation de cette école est de donner aux cultivateurs des moyens d’améliorer leurs terres usées par des méthodes de culture inadéquates et d’enrayer l’émigration vers les États-Unis.

Croissance et transformations

Au cours du XXe siècle, il y aura plusieurs phases d’agrandissement des espaces physiques. En 1910 débute la construction d’une nouvelle bâtisse selon les plans des architectes David Ouellet et Pierre Lévesque, le même que pour l’église de 1917 et que pour le collège après l’incendie de 1920 que nous verrons dans le balado 5. 

On pourra y recevoir 60 élèves. Dès 1914, on doit agrandir pour recevoir 115 étudiants. En 1930, on agrandit encore pour accueillir 220 étudiants et, en 1955, s’ajoute, à l’ouest, l’aile de la cafétéria.

Jusqu’en 1912, l’enseignement est de niveau professionnel et est donné presque exclusivement par les prêtres du Collège. Cette même année, avec l’affiliation à l’Université Laval, s’ajoute un cours de trois ans qui conduit au baccalauréat en sciences agricoles. 

En 1938, l’École est intégrée à la Faculté des sciences et devient, deux ans plus tard, la Faculté d’agriculture, un cours de quatre ans y est dispensé. En 1962, la Faculté d’agriculture s’installe sur le campus de l’Université Laval, à Sainte-Foy. La Pocatière offre alors un cours de trois ans en technologie agricole.

Un héritage vivant

Au fil des ans, cette institution qui n’a pas peur d’innover permettra de perfectionner le drainage des terres, de construire des aboiteaux, d’améliorer les races bovines, d’enseigner la fabrication du beurre et du fromage, d’élaborer un nouveau système de labour, le labour Richard, de créer des stations de recherche et de mettre sur pied des cours répondant aux besoins de l’époque comme l’enseignement ménager agricole, des cours de coopération et de science de la terre, l’École supérieure des pêcheries et le Service social économique.

Aujourd’hui, on y offre des programmes de formation très novateurs, entre autres en production animale biologique, en production horticole biologique tout comme en technologies des procédés et de la qualité des aliments. Nous revenons un peu sur nos pas pour le quatrième panneau. Il se trouve sur la première rue, sur le chemin remontant vers la cathédrale. »

Source image : Un groupe réuni à l’extérieur de la première École d’agriculture. Photo : Institut de technologie alimentaire du Québec

Sources audio et documentaires

Concerto pour piano en la mineur, 1er mouvement : Edvard Grieg 

Film En pays pittoresque, réalisateur : Maurice Proulx 

Film Traître ou Patriote : Jacques Godbout

Gaspard de la nuit : Trois poèmes pour piano d’après Aloysius Bertrand (Le Gibet) : Maurice Ravel

Ô Canada ! mon pays, mes amours : George-Étienne Cartier 

Symphonie no 3 en la mineur « Écossaise », op. 56 : Felix Mendelssohn 

Valse Canadienne : Henri Lacroix (harmonica)


Les Chapais et l'enseignement agricole

Les Chapais jouent un rôle clé dans la naissance et l’évolution de l’École d’agriculture. Jean-Charles Chapais appuie dès 1858 le projet de l’abbé François Pilote et contribue à obtenir le financement nécessaire à l’ouverture de l’École, inaugurée l’année suivante.

Son fils, Jean-Charles, poursuit cet engagement : avec son beau-frère Édouard Barnard, il fonde à Saint-Denis une fabrique-école de beurre et de fromage, une première en Amérique du Nord. 

Par leur influence et leurs initiatives, les Chapais ont accompagné l’essor des pratiques agricoles modernes dans la région.

Source image : Jean-Charles Chapais, 1860. Photo : Fonds J. E. Livernois Ltée, BAnQ


L’évolution

L’évolution de l’École se reflète surtout dans la façon dont elle a structuré ses activités au fil du temps. 

À certaines périodes, l’accent est mis sur l’apprentissage pratique dans des espaces dédiés ; à d’autres, on privilégie les démonstrations, les rencontres ou les travaux liés au milieu agricole. 

Cette organisation souple et adaptable permet à l’École d’intégrer, au fil des décennies, de nouvelles pratiques et de répondre aux besoins changeants du territoire.

Les approches pédagogiques et les priorités d’enseignement se sont ainsi ajustées selon les générations. Cette capacité à se renouveler explique la place durable qu’occupe l’École dans la région.

Source image : Groupe affairés à battre le grain sur un terrain de l’école d’agriculture, vers 1866-1867. Photo : L. M. Picard, BAnQ


Aujourd’hui

Aujourd’hui, l’École d’agriculture fait toujours partie du paysage pocatois. 

On y retrouve un lieu d’apprentissage où les jeunes découvrent concrètement le monde agroalimentaire et où l’on continue de transmettre des savoirs liés à la terre et à la transformation des aliments. 

L’établissement travaille étroitement avec la région, accueillant des projets, des stages et des collaborations qui relient l’école à son milieu. 

Le lieu demeure un pont entre formation et pratiques agricoles, fidèle à son esprit d’origine, un espace dynamique où les idées circulent et où se prépare la relève du monde agricole.

Source image : L’École d’agriculture et les alentours, aujourd’hui. Photo : Ville La Pocatière


Passeurs de mémoire : Chapais

La famille Chapais occupe une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offrent un regard inédit sur l’histoire de La Pocatière

Écoutez le récit de l’arrivée des Chapais en Nouvelle-France, puis au Kamouraska.

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Explorez le circuit Chapais sur passeursdememoire.com.

Parcours Fil Rouge vous invite aussi à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse sur passeursdememoire.com. Des capsules gratuites enrichissent l’expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l’histoire des Chapais au Kamouraska

Source : Carte du circuit « Passeurs de mémoire Chapais » au Kamouraska

L’histoire des Chapais au Kamouraska

« Un terreau fertile pour des racines profondes…

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. 

Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans votre région d’origine.

La Nouvelle-France

Nés en Normandie, les frères Jean et François Chapais (Chapel) arrivent en Nouvelle-France en 1740. Jean s’établit dans la seigneurie de La Bouteillerie et, en 1744, il y épouse Brigitte Lévesque, petite-fille des pionniers Robert Lévesque et Jeanne Chevalier.

L’ascension sociale

L’ascension sociale de la famille de Jean et Brigitte se fait petit à petit. Leur fils, Louis-Charles (Chapet), épouse Geneviève Boucher. Ils forment une famille d’une certaine aisance qui s’intéresse à la vie politique du pays ainsi qu’aux problèmes sociaux de la paroisse. 

Charles, fils de Louis-Charles, épouse Julienne Ouellet ; ils descendent tous deux des pionniers Pierre Boucher et Madeleine Dancause (Dancosse). 

Les descendants

Les descendants de Jean Chapais et de Brigitte Lévesque participent au foisonnant réseau des alliances familiales de la région. Certains membres de cette famille bien établie à Rivière-Ouelle jouent un rôle de premier plan dans le développement du fief de Saint-Denis. 

Plusieurs noms de lieux et de voies de communication portent le nom de Chapais au Québec. Mentionnons la ville de Chapais, un lac et un aéroport dans la région Nord-du-Québec, une ZEC et un canton dans la MRC de Kamouraska. Des rues portent également le nom de Thomas Chapais de même qu’un parc public à Montréal.

Ce circuit propose une station à la Maison Chapais. Assurez-vous de prendre connaissance des horaires et tarifs sur le site Web en cliquant ici. »

Extrait de
Circuit Fil Rouge La Pocatière

Circuit Fil Rouge La Pocatière image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
Directions

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