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Aider les plus démunis, la foi inébranlable des sœurs Guy
« Nous voici devant le Domaine Angélique, une résidence pour personnes retraitées. Bien que ce bâtiment soit relativement récent, son histoire remonte à 1860, année où Angélique Guy, aidée de sa sœur Gorgonie, fonde l’hospice des pauvres du Petit Rocher. Laissez-nous vous raconter cette belle histoire qui démontre bien que la foi fait déplacer les montagnes.
Angélique Guy est née le 21 janvier 1798. Nous savons qu’elle a enseigné à Sainte-Anne-de-la-Pocatière de 1829 à 1831, mais qu’auparavant elle avait été pensionnaire au couvent de la Congrégation Notre-Dame, à Rivière-Ouelle, pour une courte période.
Une femme déterminée
Elle a 24 ans lorsqu’elle quitte le couvent. Elle fait un an de noviciat au couvent des Sœurs grises de Montréal. Elle y rencontre la postulante Marcelle Mallet, future fondatrice des Sœurs grises de la Charité de Québec. Elle ne se doute pas évidemment que Marcelle jouera un rôle majeur dans sa vie.
Touchée par la misère des pauvres et des orphelins, Angélique Guy décide, malgré ses 62 ans, d’organiser une quête sur la rive sud du Saint-Laurent, entre Montréal et Rimouski, pour amasser des fonds afin d’ouvrir un hospice. Elle ramasse 640 $. À l’été 1860, commence la construction de l’édifice en bois de 55 par 31 pieds.
Plusieurs familles de la paroisse collaborent à cette fondation en donnant des meubles, des vêtements, de la vaisselle ou en aidant à la construction. L’hospice est situé sur un terrain acheté à Eusèbe Pelletier.
Il est très rare qu’une femme qui n’appartient pas à une communauté religieuse, qui n’a pas de titre, comme madame docteur ou madame notaire, qui est célibataire et peu fortunée, réussisse un tel exploit.
Les fondatrices, Angélique et sa sœur Gorgonie, s’engagent à employer la maison comme hospice, maison de refuge et d’éducation. En novembre 1860, l’institution nouvellement ouverte, accueille deux infirmes et deux orphelins. Quelque mois plus tard, six personnes y sont hébergées.
Malheureusement, les fonds diminuent à vue d’œil et Angélique doit repartir quêter. Malgré tout, on raconte que jamais ni le pain ni la viande ne manquèrent.
Une œuvre menacée, puis sauvée
Les sœurs Guy, qui ne sont plus toutes jeunes, s’épuisent rapidement. Elles demandent alors à Mgr Charles-François Baillargeon, l’administrateur du diocèse de Québec, qu’une communauté religieuse puisse continuer leur œuvre.
Il est d’abord plus ou moins d’accord avec cette demande, car le curé de Sainte-Anne, l’abbé Louis-Alexis Bourret, ne croit pas à la viabilité du projet. En revanche, les paroissiens tiennent beaucoup à conserver l’œuvre des sœurs Guy. Ils font parvenir à leur curé une pétition réclamant la venue des Sœurs de la Charité pour diriger l’asile de la paroisse.
Cette congrégation était le choix des demoiselles Guy, car leur dévouement envers les pauvres de ces religieuses rejoint leurs vues plus que tout autre ordre religieux. Le curé n’a d’autre choix que d’écrire à son évêque pour appuyer cette demande.
Un héritage toujours présent
Mère Marcelle Mallet, supérieure des Sœurs de la Charité de Québec et amie de longue date d’Angélique, accepte d’envoyer des religieuses à Sainte-Anne. Les sœurs Guy cèdent le terrain et l’hospice du Petit Rocher par contrat notarié le 23 octobre 1862.
Gorgonie décède à l’âge de 65 ans et Angélique, à l’âge vénérable de 86 ans.Voilà ce que révèle le nom de cette maison de retraite. Maintenant, regardez à votre gauche, ce grand bâtiment blanc, moderne, c’est la cathédrale de Saint-Anne.
Notre prochain point de rendez-vous sera de l’autre côté de la façade, tout au fond du stationnement. En passant devant, remarquez les trois cloches : Anne, Bruno et Charles-Henri. À tout de suite. »
Source image : Des conditions de misère au tournant du 20e siècle. Photo : CBC