Le Cénotaphe, 100 ans d'histoire
La Première Guerre mondiale a changé la façon de faire la guerre, notamment à travers les tranchées. Son bilan final astronomique insuffle également un tournant dans la manière de commémorer les réussites militaires. En effet, devant le nombre colossal de soldats décédés, toutes nations confondues, et, peut-être surtout, avec le fait que les corps ne sont pas rapatriés au pays, l’érection de monuments commémoratifs collectifs devient alors la route à suivre. Qui plus est, les familles affligées ont besoin d’un lieu pour se recueillir et se souvenir des disparus, mais les cimetières, en l’absence de dépouilles, semblent peu appropriés.
Dès 1919, le nombre de cénotaphes – mot qui signifie « tombe vide » – se multiplie au Canada et en Europe, et ce, pour les décennies à venir. Ils portent généralement le nom de monument « aux braves » ou « aux morts » et ont pour fonction principale d’honorer le courage et la mémoire des combattants d’une communauté. D’ailleurs, les projets de monuments commémoratifs de l’après-guerre sont généralement le fruit de pressions ou de souscriptions citoyennes. À Sherbrooke, il faut attendre 1923 avant qu’un projet concret de monument commémoratif s’invite dans l’actualité, justement grâce à une mobilisation citoyenne.
À la suite d’un concours, le mandat est confié au réputé sculpteur George William Hill. Pour ce projet, l’ange de la Victoire accompagne trois soldats anonymes dans une tranchée, tous quatre en bronze et installés sur un socle de granit. En cours de réalisation, une plaque de bronze sur laquelle est gravé le nom des 249 soldats sherbrookois morts au combat durant la guerre de 1914-1918 est ajoutée au projet. Une deuxième plaque, comportant 85 noms, est installée en 1948.
Le monument aux Braves-de-Sherbrooke, communément appelé « le Cénotaphe », est inauguré en novembre 1926. Deux fois restauré, en plus d’être classé depuis 2017, il est à la fois porteur d’un devoir de mémoire envers ceux et celles qui ont combattu et servi pour le respect des libertés et des droits et un symbole identitaire fort de Sherbrooke depuis maintenant un siècle. Que serait d’ailleurs la côte King sans lui?