L'École Panet

L'École Panet

(Collection Bertrand Richard)


Les enseignants de l'École Panet

(325 ans… Une grande famille ! Rivière-Ouelle vous accueille 1672-1997, Corporation du 325e anniversaire de Rivière-Ouelle, 1997, page 191)


Une scène d'enseignement

Paul Poliquin (à gauche), enseignant, en compagnie de Denis Deschênes et Roger Bernier. En plus d’enseigner aux « grands » de l’école, M. Poliquin donnait des cours d’anglais aux adultes intéressés.
(Famille Roger Bernier)


Quelques élèves devant l'école

Photo d'élèves regroupés devant l'école Panet en 1948.

Source: Collection Bertrand Richard

Identification des élèves

Identification des élèves de la photographie précédente. 


André Bernier devant l'École Panet

(Famille Roger Bernier)


Des élèves devant le tableau noir

(Gisèle Dubé)


Des élèves devant la crèche de Noël

(Gisèle Dubé)


Finissants 1951, 10e Sc, École Panet

(Famille Roger Bernier)


L'École Panet

« En 1913, le curé Louis-Philippe Delisle fit construire l’École Modèle du village à l’endroit où se trouve la Caisse Populaire aujourd’hui. L’électricité y entra en 1944. Plus tard, en 1954, elle prit le nom “École Panet”, en mémoire du curé évêque Bernard-Claude Panet. En juin 1966, on y donna les derniers cours. Depuis ce temps, le cours élémentaire se donne à l’école Vents et Marées, et le secondaire à La Pocatière.
C’était un bâtiment fini en tôle et couronné de deux petites lu¬carnes latérales et d’une plus grande au centre et surmonté d’un clocheton. À l’intérieur, au rez-de-chaussée, on retrouvait deux classes : au nord, les première, deuxième et troisième années ; au sud, les quatrième, cinquième et sixième années. On atteignait l’étage par un escalier en sinuosités. On arrivait dans la grande entrée éclairée par la lucarne centra¬le. Au nord se trouvait la classe des septième, huitième, neuviè¬me et dixième années. En face de l’escalier, un étroit vestiaire permettait d’atteindre la porte conduisant à un second escalier qui descendait en ligne droite au hangar à bois, lequel menait directement au lieu d’aisance, communément appelée “bécosse”, que je m’abstiens de décrire.
À droite du vestiaire, il y avait la cuisine et son gros poêle avec réchaud. Deux chambres complétaient le sud de l’étage. Cha¬cune des classes possédait son poêle à bois. La classe à droite, au rez-de-chaussée, était la seule à être pourvue d’une pompe à eau et d’un petit évier. Partout le vert foncé dominait.
Au début des années 50, la commission scolaire fit installer le chauffage central avec calorifères. Plus tard, vers 51, on ap¬porte des rénovations sensibles. On repeint tout l’intérieur en brun et beige. De plus, chaque classe a enfin sa toilette moderne et son lavabo.
On démolit le hangar et la “bécosse”. Le bois de chauffage était désormais entreposé dans le sous-sol et monsieur Louis Laboissonnière s’occupait du chauffage. On peut se demander à quoi servait le clocheton. Avant les an¬nées 50, les cloches du couvent et de l’école sonnaient le ma¬tin et le midi chaque journée scolaire. On n’a pas trouvé utile de garder cette tradition qui existait partout dans les grandes villes ».

Bertrand Richard


Plan du rez-de-chaussée

(Bertrand Richard)


Plan du 1er étage

Vers 1952, on enlève un mur séparant les deux chambres pour faire une salle, avec table, chaises, bibliothèque et tablette pour machines à écrire.
(Bertrand Richard)


Enseignant et éducation

Décembre 1953.
(Archives de la municipalité de Rivière-Ouelle)


Les premières écoles

« Après la Conquête, la situation des écoles ne fait que se détériorer, malgré les efforts de la nouvelle administration coloniale. De 1760 à 1790, la province de Québec vit « la période de l'ignorance généralisée, période marquée par l'absence d'écoles élémentaires et de maîtres compétents; les vingt-trois-vingt-quatrièmes de la population perdent les notions élémentaires de la lecture et de l'écriture ». La reconstruction de la région, dévastée par les troupes britanniques en route vers Québec pendant la guerre de la Conquête, et la situation économique souvent difficile n'incitent pas les habitants de la Côte à entreprendre des études.

Quelques années plus tard, certains instituteurs laïques ouvrent aussi des écoles. Mentionnons entre autres Jean Veziat, établi à Rivière-Ouelle de 1765 à 1769, François Doumergue à Bonsecours de L'Islet en 1778 et Michel Perreault à Montmagny vers 1785. Louis Labadie, célèbre pour sa lutte tenace contre l'ignorance, parcourra la Côte-du-Sud et fondera des écoles à Rivière-Ouelle en 1785 et à Kamouraska deux ans plus tard. Soulignons en dernier lieu le frère Marc Coûtant, récollet résidant à Saint-Thomas depuis l'incendie de l'institution dirigée par sa communauté à Québec en 1796, qui, tout en tenant une boutique d'horloger, s'occupe d'une école du soir où parents et enfants apprennent à lire, à écrire et à compter.

La crise qui secoue l’économie du Bas-Canada au début du XIXe siècle fait prendre conscience à la bourgeoisie commerçante, surtout anglophone, que l’instruction est le remède nécessaire aux maux de l’agriculture et du monde des affaires en général. Aussi l’Assemblée législative vote-t-elle en 1801 la loi établissant The Royal Institution for the Advancement of Learning, premier système public d’éducation. Cependant, l’opposition du clergé catholique à un réseau non confessionnel d’écoles dirigé par des Anglais protestants fait que la majorité des Canadiens-français prend le parti d’ignorer l’Institution Royale.

L’Institution Royale

Majoritairement catholique et francophone, la population de la Côte-du-Sud n’en accepte pas moins l’installation de l’Institution Royale sur son territoire. Entre 1803 et 1818, neuf écoles royales s’ouvrent entre Montmagny et Rivière-du-Loup, ce qui représente 40,9 pour 100 de l’ensemble des institutions scolaires relevant de la loi de 1801 dans le district de Québec. Le taux d’alphabétisation des résidants de la Côte-du-Sud ne s’élève pourtant qu’à 12,4 pour 100 entre 1800 et 1839. Ce résultat indique une amélioration par rapport à la période précédente (9,7 pour 100 des conjoints signent entre 1760 et 1799), mais ne rejoint pas le degré d’alphabétisation enregistré sous le Régime français (12,9 pour 100).

En 1820, les instituteurs de Cap-Saint-Ignace, L’Islet et Saint-Thomas (le poste de Rivière-Ouelle est vacant) enseignent tous les éléments de base du savoir : lecture, écriture et calcul. Parfois s’ajoutent l’anglais (D.T. Jones à Saint-Thomas) ou le latin (A. Côté à Saint-Thomas). Ces matières sont enseignées séparément, et non simultanément comme de nos jours, et les instituteurs demandent aux parents des écoliers une rémunération variable selon la difficulté du cours à donner.

La présence d’écoles royales sur la Côte-du-Sud semble avoir été bien appréciée par la population, malgré l’opposition, voire l’hostilité de quelques membres du clergé catholique, notamment à Cap-Saint-Ignace. L’inspecteur d’écoles, Abraham Larue, dénonce le curé de cet endroit, qui refuse toute école royale « sous le faux prétexte que les écoles établies sur les bases actuelles sont des institutions contraires à la religion ! ». La seule école qu’il accepte est celle qu’il dirigerait. « Et tandis que dans des paroisses voisines, l’éducation fleurit à l’ombre d’une institution bienfaisante, notre malheureuse jeunesse, victime du caprice et des vains scrupules de M. Parent, croit et languit dans la plus déplorable ignorance. »

Outre les écoles de l’Institution Royale, la Côte-du-Sud possède aussi quelques institutions privées. En 1806, Mgr Bernard-Claude Panet, curé de Rivière-Ouelle, évêque coadjuteur de Québec et, en 1825, successeur de Mgr Plessis, envisage de fonder un pensionnat pour les filles de la paroisse et de la région de Rivière-Ouelle. La Congrégation Notre-Dame prend possession du nouveau couvent le 14 août 1809 et reçoit, dès la première année, une trentaine d’élèves. Certains individus enseignent également. En 1816, Jean Lebrun fait la classe à la famille Têtu, de Montmagny, où il demeure. Rémy Béchard montre les rudiments du français et de l’arithmétique aux enfants de John Kally, pilote de Rivière-du-Loup, en 1820. Jean-Baptiste Moreaud enseigne aussi à Saint-Thomas et à Rivière-Ouelle à cette époque.

La Loi des écoles de Fabrique

En 1824, le Parlement vote une seconde loi scolaire. La Loi des écoles de Fabrique n’abolit pas l’Institution Royale de 1801 qui, somme toute, ne fonctionne pas très bien en milieu francophone, mais permet la création d’un second réseau d’écoles dirigé par les curés et marguilliers dans chaque paroisse. Elle répond aux vœux de Mgr Plessis, évêque de Québec, qui, tout en écartant ce qu’il considérait comme une menace anglo-protestante (loi de 1801), espérait un jour la fondation d’écoles où la doctrine catholique serait enseignée et mise en pratique. La loi de 1824 ne donne cependant pas les résultats escomptés. L’apathie demeure générale.

Vers la création d’un réseau scolaire

En 1829, une autre loi scolaire est adoptée : la loi des écoles de l’Assemblée législative. Elle sera la première à réussir vraiment à doter d’un réseau d’écoles tout le territoire habité de la province. Alors qu’en 1828, 11 679 élèves fréquentent 325 écoles, en 1836, dernière année de l’application de la loi, 1 372 écoles desservent 53 377 étudiants. En moins de dix ans, le nombre d’établissements scolaires a plus que quadruplé et le nombre d’élèves, quintuplé. De très nombreux maîtres d’école ont profité des subventions accordées par la loi de 1829 sur la Côte-du-Sud. Mentionnons seulement que grâce à cette loi, Berthier, Saint-Thomas, Cap-Saint-Ignace, L’Islet et Rivière-Ouelle ont vu s’installer un ou plusieurs instituteurs sur leur territoire, ce qui a certainement eu une incidence directe sur les progrès de l’alphabétisation dans la région.

De 1836 à 1841, le Québec vit sans législation scolaire (la loi de 1829 a cessé de s’appliquer en 1836). Puis, le 18 septembre 1841, le Parlement vote une loi établissant un nouveau système d’éducation qui, dans ses grandes lignes, fonctionne encore aujourd’hui. Elle crée la Surintendance de l’Éducation, chargée de l’organisation et du financement du réseau. Des commissaires d’école surveillent l’application de la loi sur place, préparent les programmes d’études et visitent les établissements relevant de leur compétence. Une autre loi, adoptée le 9 juin 1846, divise le système scolaire en deux entités bien distinctes, catholique et protestante. L’imposition de taxes réservées au fonctionnement des écoles, théoriquement existante depuis 1841, est mise en pratique. Cet élément de la loi provoquera un profond mouvement d’opposition qui, de 1846 à 1852, affectera plus ou moins fortement une grande partie du Bas-Canada. Cette époque sera connue comme celle de la « guerre des éteignoirs ».

Les paroisses de la Côte-du-Sud s’équipent tout de même plus ou moins rapidement d’une infrastructure scolaire répondant aux objectifs des lois de 1841 et de 1846. En conséquence, l’alphabétisation croît dans la région : le pourcentage de signataires passe de 23 pour 100, entre 1840 et 1849, à 43,9 pour 100 entre I860 et 1869. Ce progrès paraît encore plus significatif si nous comparons ces données avec celles de la période 1800-1839. Les mariés signent alors les registres paroissiaux dans une proportion de 12,4 pour 100, en moyenne, contre 32,5 pour 100 entre 1840 et 1869. Le nombre de gens en mesure de signer a donc plus que doublé.

La guerre des éteignoirs

En 1824, la « guerre des éteignoirs » frappe assez durement la Côte-du-Sud. La population de la région, comme d’ailleurs dans la province, s’insurge contre les taxes scolaires obligatoires. En 1846, le président des commissaires d’école de L’Islet, O.-C. Casgrain, déplore : « Un certain nombre d’individus, les plus ignorants de la localité, sont parvenus à tourner le peuple contre les écoles, en sorte que nous avons à lutter contre la presque totalité de la population qui n’envoie pas les enfants à l’école, dans le but avoué de nous faire perdre l’allocation du gouvernement, et de nous laisser toute la responsabilité [...] les éteignoirs, croyant s’exempter de payer, ont commencé à agiter, se servant des absurdités les plus ridicules pour parvenir à leurs fins ».

Certains éteignoirs se font même élire commissaires d’école à L’Islet en 1847. L’opposition à la loi de 1846 semble vive à Rivière-Ouelle et Berthier aussi, mais peu à peu, la tempête s’apaise et les esprits se calment. Après 1850, sans être totalement acceptée, la taxe scolaire est sans doute mieux intégrée aux choses inévitables de la vie.

Le nombre d’écoles fluctue considérablement à cette époque. Entre 1846 et 1850, 17 des 40 établissements de la Côte-du-Sud ferment leurs portes. Cap-Saint-Ignace perd même toutes ses écoles. L’année 1851 marque le début d’une remontée, le nombre de maisons d’enseignement passant de 23 en 1850 à 45 en 1867. L’opposition aux taxes scolaires s’estompe et davantage de jeunes fréquentent les écoles.

Les progrès de l’alphabétisation

En 1824, la création d’un réseau d’écoles, accepté par tous après de violentes réactions, a indéniablement favorisé l’alphabétisation. Quant à l’arrivée des communautés enseignantes sur la Côte-du-Sud, elle a amélioré la qualité de l’instruction. En plus des matières de base (lecture, écriture, calcul), du latin, de l’histoire et de la géographie, les Frères des Écoles Chrétiennes offrent à leurs élèves certains cours de portée scientifique. Ainsi, au collège de L’Islet, ouvert en 1853, les frères enseignent l’hydrographie, l’arpentage et la télégraphie, surtout à l’époque du frère Chrysostome (Charles Gagnon), qui dirige l’institution de 1858 à 1869. Les filles ne sont pas oubliées. La Congrégation Notre-Dame, établie à Saint-François (1763), à Rivière-Ouelle (1809) et à Saint-Thomas (1855), enseigne notamment la couture, le crochet et tout ce qui se rapporte aux travaux ménagers.

Bref, entre 1680 et 1869, le taux d’alphabétisation de la population de la Côte-du-Sud passe de 7,1 pour 100 à 43,9 pour 100. Aucune loi scolaire ne régit la colonie avant 1801. Les habitants doivent se débrouiller comme ils le peuvent s’ils désirent apprendre à lire et à écrire. La loi créant l’Institution Royale ouvre la voie à une prise en main par l’État de l’instruction, domaine jusque-là réservé à l’Église. L’opposition du clergé et l’apathie générale feront que la loi de 1801 n’atteindra pas ses objectifs. Il faudra quatre autres lois incitant les jeunes à s’instruire pour que la population de la Côte-du-Sud, comme ailleurs au Québec, commence à percevoir l’instruction comme une valeur essentielle, un facteur de promotion sociale et de prospérité. Les nécessités de l’économie, le développement des moyens de communication et l’usage de plus en plus considérable de l’écrit dans les affaires quotidiennes feront en sorte que l’apprentissage de la lecture et de l’écriture devienne, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, un atout socio-économique majeur. »


HAMELIN, Pierre, “Les progrès de l’alphabétisation sur la Côte-du-Sud”, Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, vol. 2, n° 3, 1986, p. 23-26.


Bernard Claude Panet

« Prêtre catholique et archevêque, né le 9 janvier 1753 à Québec, fils de Jean-Claude Panet*, notaire, et de Marie-Louise Barolet ; décédé le 14 février 1833 à l’Hôtel-Dieu de Québec et inhumé quatre jours plus tard dans la cathédrale Notre-Dame de Québec.

Bernard-Claude Panet est issu d’une famille de 14 enfants, dont Jean-Antoine*, qui deviendra le premier président de la chambre d’Assemblée du Bas-Canada, et Jacques, curé à L’Islet de 1779 à 1829. Il fait toutes ses études au petit et au grand séminaire de Québec. Ordonné prêtre par Mgr Jean-Olivier Briand* le 25 octobre 1778, il enseigne la rhétorique et la philosophie au petit séminaire de 1777 à 1780, et il compte parmi ses élèves Joseph-Octave PLESSIS.

À l’automne de 1780, Panet est choisi pour desservir les paroisses de Batiscan et de Champlain et, l’année suivante, il devient curé de Notre-Dame-de-Liesse, à Rivière-Ouelle, paroisse progressive mais minée par les dissensions. L’autorité du curé précédent, Jean-Louis-Laurent Parent, avait toujours été chaudement contestée, surtout durant l’invasion américaine de 1775. En 1780, des gens l’avaient même sommé de quitter les lieux. Mgr Briand avait résisté aux paroissiens rebelles mais, après la mort de Parent en mars 1781, il devait lui trouver un remplaçant capable de pacifier les esprits. « Naturellement bon et affable, pieux, zélé et charitable », au dire de Mgr Henri Têtu*, l’un de ses biographes, Panet fait preuve de beaucoup de patience et de diplomatie et ramène l’harmonie dans la paroisse. Pratique et méthodique, il l’administre d’une façon exemplaire. Il se révèle aussi d’une grande charité, offrant la nourriture aux enfants pauvres du catéchisme ou aux gens éloignés de l’église qui attendent l’heure des vêpres. Il ne refuse l’aumône à personne, pas même aux étrangers. En 1792, il obtient le consensus de ses paroissiens en vue de la construction d’une nouvelle église ; il se fait nommer trésorier et premier surveillant des travaux. L’église est terminée en 1794, et il continue à l’ornementer pendant plusieurs années, donnant des contrats aux artisans Louis Dulongpré*, François BAILLAIRGÉ et Louis QUÉVILLON, entre autres. Il achète régulièrement des vases sacrés de grande valeur. Panet, qui porte un intérêt particulier à l’enseignement, fait construire un couvent en 1807 et y installe les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame deux ans plus tard. Il fait établir une école élémentaire de fabrique en 1824. Il s’intéresse aussi à l’agriculture et à la colonisation. Il donne l’exemple en devenant membre de la Société d’agriculture du district de Québec en 1791 et en acceptant le patronage de la Société auxiliaire d’agriculture de Sainte-Anne de la Grande-Anse.

Le rayonnement de Panet dépasse bientôt les limites de sa paroisse. L’évêque de Québec le choisit comme délégué dans la région comprise entre Québec et Rimouski, particulièrement pour les missions délicates que sont souvent les enquêtes pour la construction d’un presbytère (à Kamouraska, par exemple) ou d’une église (à Trois-Pistoles, entre autres). Tout le monde reconnaît sa sagesse et son sens de l’équité. Cette réputation n’échappe pas à ses supérieurs. Mgr Plessis, nommé évêque de Québec en 1806, demande Panet comme coadjuteur, car, écrit-il à Rome, c’est « le plus qualifié du côté de la piété, des talents et de la réputation » et « il est en très bonne odeur auprès de ses ouailles, qu’il a constamment édifiées par la régularité de sa vie et par son exactitude à la prédication et aux fonctions du saint ministère ».

Agréé par les autorités britanniques et romaines, Panet est élu évêque de Saldae in partibus infidelium et coadjuteur de l’évêque de Québec le 12 juillet 1806. Il est sacré par Mgr Plessis le 19 août de l’année suivante. Ce dernier se propose d’installer le nouveau prélat au séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, mais, deux fois, le supérieur de l’institution, Jean-Henry-Auguste Roux, s’y oppose par crainte de voir son autorité éclipsée et son indépendance diminuée. Panet est heureux de demeurer curé de Rivière-Ouelle, où il ajoute au ministère d’une importante paroisse qui compte 1 400 communiants en 1804 et 2 007 en 1826 les tâches inhérentes à son nouveau titre. Celles-ci l’obligent à s’absenter plus souvent tout comme à participer d’une façon régulière à la vie sociale, assez brillante à l’époque.

En tant que coadjuteur, Panet continue à présider diverses enquêtes et à régler à peu près tous les problèmes des paroisses en bas de Québec, non sans les rapporter à son évêque dans une abondante correspondance. Sa tâche principale est cependant de faire la visite pastorale, y compris celle de la Côte-Nord. Il se rend dans la région de Montréal où l’accompagne le sulpicien Jean-Jacques Lartigue* à partir de 1814.

Pendant le séjour de Mgr Plessis en Europe en 1819–1820, Panet s’installe à Québec et administre l’archidiocèse selon les directives laissées par son supérieur, devenu archevêque en 1819. En toutes occasions, le coadjuteur est le principal conseiller de Plessis. Ainsi, quand ce dernier avait voulu publier un nouveau catéchisme, il l’avait encouragé en reconnaissant que « le petit catéchisme de Québec pourrait être de beaucoup réformé », il lui avait adressé des observations qu’il avait communiquées aux curés de son district et, plus tard, des remarques sur le texte rédigé par l’évêque lui-même ; quand, après la publication du nouveau Petit Catéchisme du diocèse de Québec approuvé et autorisé en 1815, s’était élevé un débat entre Plessis et certains sulpiciens, le coadjuteur s’était rangé du côté de l’évêque, tout en blâmant, lui aussi, quelques expressions ou certains tours de phrase incorrects. Cet exemple illustre bien ce qu’a voulu être Panet comme coadjuteur : un conseiller judicieux pour son supérieur qu’il appuie tout en conservant le droit d’avoir des idées personnelles.

À la mort de Plessis en décembre 1825, Panet, alors âgé de 72 ans, devient archevêque de Québec. En certains endroits, particulièrement à Montréal, on appréhende l’attitude du nouveau titulaire. Cet « homme tranquille », cet esprit conciliant ne se laissera-t-il pas circonvenir par les habiles manœuvres des autorités gouvernementales ou par les subtiles argumentations des sulpiciens ? Lui-même, cependant, fait connaître très tôt son désir de suivre les traces de son prédécesseur et de laisser les choses telles qu’il les avait trouvées « sans y rien changer en quoi que ce soit ». Les sulpiciens sont les premiers à apprendre que ces propos ne sont pas des paroles en l’air. Dès décembre 1825, leur supérieur Roux, venu sonder le terrain et proposer certains accommodements, se fait répondre par le nouvel archevêque qu’il adoptera la même position que Mgr Plessis. Dans les difficultés que Lartigue, auxiliaire de l’archevêque de Québec à Montréal depuis le 21 janvier 1821, rencontre avec ses anciens confrères de Saint-Sulpice, Panet le soutient totalement et n’hésite pas à condamner sévèrement la conduite des sulpiciens. De même, quand ceux-ci proposent aux autorités britanniques de troquer une partie des biens de Saint-Sulpice contre une rente fixe et perpétuelle [V. Jean-Henry-Auguste Roux], Panet se joint à Lartigue pour dénoncer cette « spoliation des biens de l’Église canadienne » et pour la faire échouer à Rome et à Londres [V. Thomas Maguire*]. D’ailleurs, en mars 1830, Rome suspend temporairement la permission donnée en 1827 à Roux d’aliéner les biens du séminaire, tandis qu’en octobre, le gouvernement britannique décide de ne pas donner suite à l’accord conclu avec les sulpiciens. Enfin, tout en modérant parfois son impétueux auxiliaire, Panet l’appuie constamment dans ses efforts pour créer un diocèse à Montréal. Il montre la même fermeté avec le reste de son clergé. Pour faire respecter certaines de ses décisions et notamment des changements de cures, il n’hésite pas à se montrer sévère même si son caractère naturellement bon le porte plutôt à l’indulgence. On l’accuse parfois d’être autocrate, mais tout prouve qu’il sait s’entourer d’un conseil d’hommes sages qu’il consulte à propos de toute question importante.

Les rapports de Panet avec les autorités gouvernementales sont empreints de prudence et de crainte. Au contraire de Mgr Lartigue qui prône l’indépendance vis-à-vis de l’État, Panet n’ose rien entreprendre sans l’approbation du gouvernement et il remet souvent à plus tard des interventions qui pourraient heurter le Conseil exécutif. Il se réfère toujours à l’attitude qu’avait Mgr Plessis pour justifier cette conduite.

Enfin, l’éducation de la jeunesse constitue l’une des principales préoccupations de Panet durant son épiscopat. Il appuie de son influence et de ses deniers le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et surtout le séminaire de Nicolet. À défaut d’un comité catholique de l’Institution royale pour l’avancement des sciences, dont il rêve un moment, il contribue à faire accorder, par la loi scolaire de 1829, des allocations pour la construction d’écoles et pour le soutien des divers collèges, académies et couvents du Bas-Canada. Toujours en 1829, il complète la réforme catéchistique de son prédécesseur en publiant Grand Catéchisme à l’usage du diocèse de Québec.

Plusieurs autres dossiers accaparent Bernard-Claude Panet : le projet de loi des fabriques [V. Louis BOURDAGES] qu’il réussit à faire bloquer par le Conseil législatif ; le problème de l’érection civile des paroisses enfin réglé en 1831 ; l’épidémie de choléra qui frappe Québec et Montréal en 1832. Ces préoccupations et son âge avancé le poussent à offrir sa démission pour céder ses pouvoirs à son coadjuteur, Mgr Joseph Signay*. Rome refuse deux fois, à l’automne de 1831 et en janvier 1832, tout en lui permettant de déléguer une partie de son autorité. Mais comme ses forces déclinent rapidement, Panet confie l’administration de l’archidiocèse à Mgr Signay le 13 octobre 1832 et se retire à l’Hôtel-Dieu de Québec le mois suivant. Il y meurt le 14 février 1833, laissant, selon Mgr Signay, le souvenir d’une « piété tendre, une douceur inaltérable, une charité compatissante envers les autres, un zèle constant pour le salut de ses ouailles ». Quant à Mgr Têtu, il souligne que « ses talents modestes, son rare bon sens » lui ont néanmoins permis de n’être pas totalement éclipsé par son illustre prédécesseur. »

Nive Voisine, « PANET, BERNARD-CLAUDE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003 –, consulté le 27 juill. 2016, http://www.biographi.ca/fr/bio/panet_bernard_claude_6F.html.
NIVE VOISINE

AAQ, 20 A, IV ; 210 A, VIII-XIV ; 24 CP, I-IV. — ANQ-Q, CE1-1, 10 janv. 1753, 18 févr. 1833.— Arch. du séminaire de Nicolet (Nicolet, Québec), Séminaire, I : 21.— ASQ, Polygraphie, XIV : 7A. — [J.-O. Plessis], le Petit Catéchisme du diocèse de Québec approuvé et autorisé (Québec, 1815). — « Testament de Mgr Panet, évêque de Québec », BRH, 51 (1945) : 203–205. — Allaire, Dictionnaire. — Caron, « Inv. de la corr. de Mgr Panet », ANQ Rapport, 1933–1934 ; 1934–1935 ; 1935–1936. — Henri Têtu, Notices biographiques ; les évêques de Québec (Québec, 1889 ; réimpr. en 4 vol., Québec et Tours, France, 1930). — Raymond Brodeur, « Identité culturelle et Identité religieuse, étude d’un cas : le Petit Catéchisme du diocèse de Québec, approuvé et autorisé par Mgr J. O. Plessis, Québec, le 1er avril 1815 » (2 vol., thèse de PH. D., univ. de Paris-Sorbonne, 1982). — Chaussé, Jean-Jacques Lartigue. — P.-H. Hudon, Rivière-Ouelle de la Bouteillerie ; 3 siècles de vie (Ottawa, 1972). — Lambert, « Joseph-Octave Plessis ». — Lemieux, l’Établissement de la première prov. eccl. — [M.-E. Perreault] e E. Croff, Nos ancêtres à l’œuvre à la Rivière-Ouelle (Montréal, 1931). — Ivanhoë Caron, « la Mort de Mgr Panet racontée par Mgr Signay », BRH, 44 (1938) : 7–8.


Le couvent fondé en 1809, à Rivière-Ouelle

Le couvent des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à Rivière-Ouelle présente des caractéristiques architecturales similaires à l’École Panet.




Extrait de
Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle

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