Coin rue Vauquelin / route 138

Histoires de fleuve

Se trouvant à la limite du bourg Saint-Louis au sud, l’extrémité est de la rue Vauquelin offre une vue imprenable sur le fleuve Saint-Laurent.

Indissociale de Neuville, le fleuve fait partie intégrante de la vie collective depuis 1667. C’est d’ailleurs grâce à lui que Neuville à été fondée, sur un site facile d’accès depuis le fleuve et à proximité de Québec.

Des histoires de fleuve à Neuville, il y a en a une multitude. Nous vous en présenterons ici quelques-unes, des plus spectaculaires. Ici s’ouvre un chapitre tantôt mouvementé, tantôt surprenant de l’histoire du bourg Saint-Louis et de la vie de ses habitants.

Photo : François Robitaille

La bataille de Vauquelin (1760)

Tronçon neuvillois bordant le Saint-Laurent, la rue Vauquelin a été nommée ainsi en l’honneur d’un personnage marquant de notre histoire. Figurant de surcroît au registre des illustres batailles navales de la Nouvelle-France, la bataille de Vauquelin a été décisive dans la guerre de la Conquête.

Commandant de la frégate Atalante, le Français Jean Vauquelin (né en 1728 à Dieppe et décédé à Rochefort en 1792) a été pris en chasse, le 16 mai 1760, par le Lowestoft et le Diana, frégates anglaises nettement mieux équipées et armées.

Vauquelin s’est alors dirigé vers Cap-Rouge, où se trouvaient les dépôts de l’armée, et a été contraint de s’échouer à Neuville. Après avoir épuisé ses munitions et fait évacuer son équipage, sous les bombardements incessants de l’ennemi, il a été fait prisonnier (avec trois officiers, l’écrivain, l’aumônier et six matelots restés à bord). Le lendemain, les Anglais ont incendié l’Atalante, mais ils ont été si fortement impressionnés par la bravoure de Vauquelin qu’ils l’ont rapidement libéré.

Photo : Henri Julien, l’Atalante, illustration (vignette) pour la Légende d’un peuple de Louis Fréchette ; Musée national des beaux-arts du Québec.

L'ère du pont de glace

À une époque pas si lointaine, les habitants de Neuville et de Saint-Antoine-de-Tilly se côtoyaient régulièrement, et ce, entre janvier et avril. Au 19e siècle et au début du 20e siècle, avant l’ère des brise-glaces, l’arrivée de l’hiver était annonciatrice, pour plusieurs communautés bordant le fleuve Saint-Laurent, de nouvelles opportunités sociales et commerciales. La traversée du fleuve gelé, appelée communément l’époque des « ponts de glace », était une pratique courante au Québec et particulièrement à Neuville.

Entre Québec et Montréal, les populations riveraines attendaient avec impatience le moment où la glace serait suffisamment épaisse (jusqu’à 2,44 mètres à certains endroits) pour permettre les traversées, ce qui se produisait généralement en janvier. Une fois la glace bien prise et le chemin menant à l’autre rive bien dégagé et balisé par des épinettes, s’amorçait pour les villageois une période hivernale marquée par des opportunités commerciales, des relations sociales et des divertissements auxquels ils ne pouvaient aspirer le reste de l’année.

Les ponts de glace pouvaient être singulièrement animés. On y traversait à pied, en carriole ou en traîneau et l’on pouvait aussi réclamer les services d’un cocher ou d’un charretier. En permettant aux agriculteurs et aux commerçants d’écouler leurs produits, les ponts de glace étaient particulièrement utiles aux localités de la Rive-Sud situées face aux grands centres (Québec, Trois-Rivières et Montréal). Ainsi, les producteurs pouvaient en hiver atteindre les marchés de l’autre rive sans avoir à débourser quoi que ce soit, contrairement aux traversées estivales.

Neuville avait aussi son pont de glace, accessible depuis le bourg Saint-Louis, qui la reliait à Saint-Antoine-de-Tilly. Orienté vers l’église de part et d’autre du fleuve, le pont nécessitait environ une demi-heure de carriole pour être traversé. De plus, les deux municipalités riveraines avaient chacune l’obligation de baliser et d’entretenir la moitié du trajet.

Neuville et Saint-Antoine-de-Tilly avaient toutes deux l’agriculture comme principale activité économique et l’on rapporte que les Neuvillois traversaient le pont de glace pour s’approvisionner surtout en foin et en chaux. La traversée répondait aussi à des objectifs de divertissements et de rencontres sociales, si bien que le pont de glace fut, jusqu’aux années 1920, bien animé.

Photo : « Le pont de glace entre Montréal et Longueuil, quelques jours avant que la débâcle du Saint-Laurent ne l’emporte (1906) »,  L’Album universel, 10 avril 1906, p. 1509.  

Un trafic fluvial à Neuville

Si les Neuvillois ont trouvé, comme plusieurs autres collectivités peuplant les rives du Saint-Laurent, un moyen d’emprunter le fleuve l’hiver, on peut se douter qu’ils profitaient pleinement du transport fluvial le reste de l’année.

En 1865, l’Étoile, le Saint-Antoine et le Portneuf desservaient régulièrement Portneuf, Ste-Croix, Neuville et Québec. Plus tard, le Saint-Antoine a été remplacé par le Ste-Croix qui, avec l’Étoile, a navigué entre Neuville et Québec jusqu’en 1926, permettant aux agriculteurs neuvillois d’écouler leurs produits à Québec et aux villageois de fréquenter les attraits de la ville.

Le quai de Neuville est demeuré propriété privée jusqu’en 1908, année où le gouvernement en a fait construire un.

Photo : Société d'hitoire de Neuville

Neuville au centre du trafic d'alcool (1932)

Le 10 novembre 1932, Neuville s’est retrouvée dans les gros titres des journaux régionaux et provinciaux, comne le montre bien l'extrait du journal L’Action catholique de Québec présenté ci-dessus. 

Dans la nuit du 9 novembre, un yacht de contrebande, le Cana II, s’est approché du quai de Neuville afin de permettre à l’équipage de décharger son illicite cargaison. L’embarcation contenait une importante quantité de rhum, de scotch et de whisky en provenance des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, un archipel français (25 km au sud de Terre-Neuve) exempt des lois prohibitionnistes, qui servait d’entrepôt aux distillateurs et contrebandiers d’Amérique dans les années 1920 et 1930.
 
En ce 9 novembre 1932, le fleuve Saint-Laurent était toutefois singulièrement houleux, à un point tel que le Cana II, frappé par les vents, a percuté violemment une roche. Les contrebandiers ont jeté leur cargaison à l’eau, ont quitté leur yacht lourdement endommagé et sont parvenus, non sans difficulté, à regagner la rive neuvilloise.

Favorisés par la demi-obscurité du matin, ils ont réussi à prendre la fuite avant que les agents provinciaux du Service de surveillance de la Commission des liqueurs parviennent sur les lieux. Ces agents, secondés par des officiers de la garde-côtière fédérale, ont dû redoubler d’efforts pour repêcher l’illicite alcool. Ils ont eu à conjuguer non seulement avec une température particulièrement exécrable, rendant presque impraticable le transbordement des caisses de boissons transportées par les flots, mais également avec des curieux pour le moins téméraires et soucieux du sort des barriques d’alcool transportées par les flots.

Au terme de cette périlleuse opération, les agents de la Commission des liqueurs avaient saisi 1550 gallons d’alcool (5867,4 litres). Neuville a donc été le centre d’une saisie d’alcool de contrebande d’ampleur, l’une des plus importantes de l’année 1932 au sein de la province de Québec.

Extrait de
Histoires de Neuville | La vie au bourg Saint-Louis

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