Un patrimoine vivant

Un patrimoine vivant


Illumination de l'arbre de Noël

Afin d’accueillir la famille Riedesel à Sorel, le gouverneur Haldimand acheta la propriété de M. Molson le 13 novembre 1781. Il poursuivit la construction de cette maison située au bord de la rivière Richelieu afin que les Riedesel puissent s'y installer dès la veille de Noël. Les fonds réservés au budget militaire furent utilisés pour l'entretien de la maison.

Dès leur arrivée dans la nouvelle maison de Sorel, le baron et la baronne Riedesel invitèrent des officiers anglais et des amis à célébrer la veille de Noël. On fêta selon la tradition anglaise en mangeant du pâté à la viande et du pudding. Cependant, les hôtes surprirent leurs convives en illuminant un sapin à l’aide de bougies installées dans de petites lanternes fixées aux branches, ceci inspiré d'une tradition allemande pour laquelle l'arbre était aussi garni de fruits variés. Cette tradition du sapin de Noël illuminé débuta ainsi en Amérique, à Sorel, avant de devenir de plus en plus populaire à travers le continent.

Un jardin est ensuite aménagé sur le domaine au printemps afin de subvenir aux besoins de la famille Riedesel en fruits et légumes.

Le 1er novembre 1782, la baronne donna naissance à une autre fille qu’elle nomma Louisa Augusta Elizabeth Canada. Malheureusement, le bébé mourut à l’âge de cinq mois. Le 3 avril 1783, le général Riedesel annonça au gouverneur Haldimand la triste nouvelle du décès de sa filleule.

Durant l’été 1783, le général apprit la mort de son père. À la mi-août, les Riedesel décidèrent donc de quitter le Canada. Ils furent de retour en Allemagne le 26 septembre 1783. Le général s’éteignit le 6 janvier 1800 à l’âge de 62 ans. Son épouse lui survécut huit ans et mourut au même âge.

Ce dessin de M. Schubert, daté de 1966, illustre l'illumination du premier sapin de Noël au Canada.

Le baron Friedrich Adolph von Riedesel

Vers la fin des années 1760 et le début des années 1770, la Grande-Bretagne imposa de nouvelles taxes aux colons américains pour tenter de renflouer ses coffres épuisés par la guerre de Sept Ans (1756-1763). La population des 13 colonies (au sud du Québec) se révolta, ce qui déclencha le début de la guerre d’Indépendance américaine. Manquant de soldats pour combattre les rebelles américains, le roi d'Angleterre George III décida donc de louer les services de militaires allemands. Ces derniers se joignirent aux troupes anglaises pour empêcher les rebelles d'envahir la province de Québec.

Le Baron Friedrich Adolph Riedesel appartenait à l'une des plus riches et des plus vieilles familles de l’Allemagne centrale. Il fut général du régiment Brunswick. En janvier 1776, il quitta l’Allemagne pour se rendre en Amérique afin de combattre les rebelles. Le 1er juin 1776, il arriva à Québec. Le général et son régiment participèrent à de nombreux combats mais, après la défaite de Saratoga à l'automne 1777, ils furent tenus captifs en sol américain. Le général, son épouse et leurs enfants demeurèrent en territoire ennemi jusqu'en 1780. Après un échange de prisonniers, ils retrouvèrent leur liberté.

Le 13 novembre 1780, le gouverneur Haldimand, au nom de la Couronne britannique, acheta la seigneurie de Saurel aux marchands londoniens Greenwood et Higginson qui en étaient propriétaires depuis 1765. L'intention était d'en faire un lieu stratégique pour la défense de la province de Québec et la seigneurie fut donc mise sous la responsabilité des militaires. C'est pour cette raison que le gouverneur Haldimand décida d'y accueillir le général Riedesel en 1781.

La baronne Riedesel

Frederike Charlotte Louise von Riedesel

C'est le 21 décembre 1762 que le baron Riedesel épousa Frederike Charlotte Louise von Massow. De cette union naîtront neuf enfants, dont trois moururent en bas âge. Deux filles nommées America et Canada virent le jour en Amérique.

Le 14 mai 1776, la baronne Riedesel quitta l’Allemagne accompagnée de ses trois filles (Gustava-Augusta 4 ans, Frederika 2 ans et Carolina 10 semaines) pour aller rejoindre son mari en sol américain. Connaissant la force de caractère de son épouse et la considérant comme son égale, le baron l’avait invitée à le suivre dès que sa santé le lui permettrait.

Mme Riedesel était surnommée lors de son séjour en Amérique « la femme la plus chérie de l’armée ». Elle était reconnue pour son intelligence et son amabilité. Près des champs de bataille où combattait le général Riedesel, elle soignait les soldats blessés. Lors de l’emprisonnement de son mari, suite à la défaite de l’armée anglaise en sol américain, elle écrivit à Washington et à Lafayette afin d’exercer des pressions pour hâter la libération du général.

La baronne Riedesel a entretenu une longue correspondance durant son séjour en Amérique de 1776 à 1783. Ses écrits représentent un témoignage important sur les événements survenus lors de la guerre d’Indépendance américaine. Ils comportent également des descriptions détaillées des lieux de même que des us et coutumes des habitants. La correspondance et les mémoires de la baronne Riedesel furent publiés en allemand en 1800. Ils furent par la suite traduits en anglais et en français et réédités à maintes reprises.

Le gouverneur Frederick Haldimand

Les généraux Haldimand et Riedesel se connaissaient déjà avant leur rencontre au Canada. Ils avaient tous deux servi sous Frederic Le Grand (roi de Prusse). Ils se sont régulièrement fréquentés durant leur séjour au Canada, partageant ainsi leur intérêt marqué pour l’horticulture et la gastronomie.

En 1777, le général Frederick Haldimand est désigné gouverneur de la province de Québec, en remplacement de Guy Carleton qui vient de remettre sa démission. Cependant, il n'arrive à Québec que le 26 juin 1778. Il a déjà à son actif une carrière militaire importante dans les armées prussienne et néerlandaise. Il a, entre autres, été impliqué durant la guerre de Sept Ans et la guerre d'Indépendance américaine.

Après le départ de la famille Riedesel, le gouverneur Haldimand se rend à sa nouvelle maison d'été de Sorel. Il y accueille notamment le baron Friedrich Wilhelm von Steuben, un émissaire de George Washington. Il retourne à Québec à l'automne 1783. En l'absence du gouverneur, un gardien, M. François Corbin, s'occupe de la Maison de Sorel.
 

Le prince William Henry

Le prince William Henry, lors de son passage à Sorel, a accepté que la ville porte dorénavant son nom. La ville s'est ainsi nommée William Henry durant 73 ans; c'est-à-dire jusqu'en 1860. 

Le 18 septembre 1787, le prince William Henry, fils du roi de Grande-Bretagne George III, est reçu à la Maison des gouverneurs, et ce, suite à une visite à Montréal et à Chambly. La garnison le salue par un tir d'artillerie. Après le dîné, le prince se rend ensuite à la place d'armes où il est salué de nouveau par les soldats.

Un plan de la ville dessiné en 1785 par un ingénieur anglais, le major Graham French, lui est alors présenté par l'honorable Samuel Holland, arpenteur-général de la province. Le tracé est en forme de quadrilatère (orthogonal). Les rues larges se coupent à angles droits et portent les noms des principaux personnages de la Maison royale d’Angleterre: George (roi d’Angleterre); Charlotte, Augusta, Sophia, Elizabeth (ses enfants); Victoria (sa petite-fille et future reine d’Angleterre de 1837 à 1901). Il fut également proposé au prince de renommer la ville William-Henry afin de lui rendre hommage. Le prince accepte cette proposition. La ville porte dès lors le nom de bourg de William-Henry, ceci jusqu'en 1860.

4 juillet 1786 - Bateau américain, port de Trepassey (peut-être le Pegasus)

En 1785, le prince William Henry devint lieutenant puis, en 1786, capitaine du vaisseau HMS Pegasus.

Le 26 juin 1830, il succéda à son frère George IV comme roi du Royaume-Uni et porta alors le nom de Guillaume IV. Il régna jusqu'à sa mort survenue le 20 juin 1837. Sa nièce Victoria, fille de son frère Edward, hérita alors du trône. Durant le règne de Guillaume IV, on le surnommait le roi marin en souvenir de la carrière qu'il avait eue dans la marine royale.

Chantier naval du prince William Henry, Plymouth, Nouvelle-Écosse, en 1786

Dès l'âge de 13 ans, le prince devint cadet. Il poursuivit par la suite une carrière militaire importante dans la marine royale. Lors de la guerre d'Indépendance amécaine, il servit à New York.

Le gouverneur Guy Carleton en 1782

L'officier et administrateur colonial Guy Carleton avait occupé le poste de gouverneur de la province de Québec de 1768 à 1778 avant le général Haldimand. Il retourna en Angleterre et obtint le titre de baron de Dorchester. Puis, il revint dans la province de Québec en tant que gouverneur en chef de l'Amérique du Nord britannique en 1786 et occupa ce poste jusqu'en 1796. Le 9 juillet, il repartit définitivement pour l'Angleterre.

Le décret du 18 avril 1787

Le gouverneur Carleton signa un décret le 18 avril 1787 qui autorisait l'exportation de tous les produits canadiens, sauf les fourrures, aux États-Unis et l'importation de produits américains tels que le bois de construction, les denrées alimentaires et les approvisionements pour la marine. Ces biens étaient transportés sur des bateaux qui empruntaient la rivière Richelieu, du lac Champlain jusqu'à Sorel.

Durant le mandat du gouverneur Carleton, la Maison des gouverneurs servait surtout à accueillir des dignitaires lorsqu'ils voyageaient entre Québec et Montréal. Un visiteur de marque, le prince William Henry, y fut d'ailleurs reçu le 18 septembre 1787. On souligna cet événement en exprimant le souhait de renommer la ville de Sorel en son nom. Le 10 juin 1791, après avoir reçu la sanction royale, le gouverneur Carleton octroya une charte de ville à William-Henry (Sorel) et permit aux habitants d'élire un membre afin de les représenter à la chambre de l'Assemblée.

Le gouverneur Guy Carleton, dit baron de Dorchester

Les opinions sont partagées au sujet de la personnalité du baron Dorchester. Parfois, son caractère impitoyable et réactionnaire est souligné. D'autres biographes font davantage ressortir son sens de la justice et sa bienveillance. Chose certaine, après la fin de la guerre de l'Indépendance américaine, il aida les Loyalistes et les marchands. Par contre, il contribua à une certaine anglicisation du système judiciaire.

Prince Edward duc de Kent

Le prince Edward, frère du prince William Henry, était le 4e fils de George III, roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande. Le 11 août 1791, alors qu'il était âgé de 23 ans, il se rendit à Québec accompagné de sa conjointe française Julie de St-Laurent, comtesse de Montgenet. Le couple vécut à Québec, à William-Henry (Sorel) et à Halifax. À l'automne 1798, le prince se blessa en tombant de cheval. Il retourna à Londres avec sa compagne. En avril 1799, on le nomma duc de Kent et de Strathearn.

Dessin de femmes, dont Mme de St-Laurent, épouse du prince Edward

Mme de St-Laurent était reconnue pour son intelligence, son amabilité et sa distinction. Elle partagea la vie du prince Edward pendant 27 ans. À la suite de pressions exercées par la famille royale, le prince dut se résoudre à mettre fin à cette relation en 1818. Le 29 mai de la même année, il épousa à Cobourg, en Allemagne, Victoria Mary Louisa veuve du prince de Leiningen. De cette union naquit une fille, la princesse Victoria, le 24 mai 1819. Malheureusement, le duc de Kent décéda d'une pneumonie en janvier 1820. La princesse Victoria succéda à son oncle, le roi Guillaume IV (William Henry) suite à son décès survenu le 20 juin 1837. Elle régna sur le Royaume-Uni jusqu'à sa mort, le 22 janvier 1901.

Maison du duc de Kent vers 1909, près des chutes Montmorency

Au printemps 1792, lors de leur séjour à Québec, le duc Edward de Kent et Mme de St-Laurent louèrent la maison de campagne située près des chutes Montmorency qui avait appartenu au gouverneur Haldimand. À l'été 1793, le couple se retira à la maison de William-Henry (Sorel).

Aquarelle de l'époque du duc de Kent

Cette aquarelle a peut-être été réalisée par le duc de Kent. Elle orne une lettre écrite par lui. Des Micmacs y sont représentés. Fort probablement que lorsqu'il occupait le poste de commandant de la garnison à Halifax, entre mai 1796 et septembre 1799, le duc avait dû rencontrer de tels Amérindiens.

Gouverneur Robert Prescott

Portrait gravé de Robert Prescott, 1807

Né en Angleterre, Robert Prescott connut une carrière militaire importante. En octobre 1793, il obtint le grade de lieutenant général. Le 21 janvier 1796, il fut nommé lieutenant-gouverneur du Bas-Canada. Le 15 décembre 1796, il succéda au baron Dorchester au poste de gouverneur en chef de l'Amérique du Nord britannique. Dès son arrivée, il se montra très préoccupé par la sécurité de la colonie.

En ce qui concerne la maison de William-Henry, le gouverneur Prescott indiqua, en novembre 1797, qu'il voulait qu'elle soit réparée tôt au printemps, car il désirait y passer l'été. M. Robert Jones fut nommé agent de la seigneurie de Saurel.

En octobre 1799, les relations s'étant détériorées entre le gouverneur et le conseil au Bas-Canada, le général Prescott dut retourner en Angleterre afin de s'expliquer à ce sujet. Ce vieux militaire intransigeant semblait éprouver de la difficulté à tolérer toute forme d'opposition. Même s'il ne revint jamais en Amérique, il conserva encore son titre de gouverneur jusqu'en 1807.

Général Isaac Brock

Portrait gravé de sir Isaac Brock, 1800

Le général Isaac Brock fut désigné commandant-en-chef des forces militaires pour le Bas et le Haut-Canada en 1806. Il demeura en poste jusqu'en octobre 1807 lors de l'arrivée du gouverneur James Henry Craig.

Le général Brock vint souvent à la maison de Sorel et développa même une amitié avec James Cuthbert de Berthier. Avant d'être transféré dans le Haut-Canada, il demanda au gouverneur Craig de nommer au commissariat à Sorel le sergent Robinson, un de ses soldats du 49e régiment, chef de musique avec salaire, logement et autres allocations.

Durant la guerre de 1812-1814 avec les États-Unis, il fut tué lors de la bataille de Queenston Heights dans le Haut-Canada.

Gouverneur James Henry Craig

Portrait gravé du gouverneur James Henry Craig datant environ de 1810-1811

En octobre 1807, James Henry Craig, un officier militaire britannique, accepta le poste de gouverneur en chef de l'Amérique du Nord britannique. Peu de temps après son arrivée à Québec, il décida de loger dans le château Saint-Louis. Il le fit agrandir vers l'avant et rehausser d'un étage. À partir de ce moment, les gouverneurs en feront leur résidence principale jusqu'à ce qu'il soit détruit par le feu en 1834. Il appréçiait sa maison de campagne à William-Henry (Sorel) où il se rendait régulièrement.

Le gouverneur Craig était le chef suprême des bureaucrates. Il chercha durant son mandat à assimiler les Canadiens et à les convertir au protestantisme. Il fit congédier des fonctionnaires et des officiers de milice qui étaient en lien avec le journal Le Canadien. Ce journal prônait la défense des Canadiens français et dénonçait les abus de pouvoir contre eux.

Le gouverneur Craig demanda à être remplacé dès 1810 car il était très malade. Cependant, il dut rester à son poste jusqu'à la fin du mois de juin 1811. Il mourut à Londres le 12 janvier 1812.

Gouverneur George Prevost

George Prevost gravit tous les échelons d'une carrière militaire qui l'amena à devenir lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse le 15 janvier 1808. À cette époque, les relations anglo-américaines étaient particulièrement tendues. Il était donc nécessaire d'améliorer la sécurité militaire des colonies atlantiques. C'est dans un contexte de guerre imminente avec les États-Unis que George Prevost fut nommé gouverneur en chef de l'Amérique du Nord britannique en 1811. Originaire de New York, il était le premier gouverneur né en Amérique du Nord.

Portrait gravé du gouverneur vers 1811

Durant  cette période de guerre avec les États-Unis, entre 1812 et 1814, le gouverneur Prevost indiqua qu'il voulait reprendre à des fins militaires les terrains du gouvernement qui étaient loués par James Joliffe à Sorel. Il parvint à empêcher les Américains d'envahir le Canada. Cependant, le 2 mars 1815, George Prevost dut abandonner son poste et retourner à Londres. On lui reprocha d'avoir lancé prématurément un assaut lors de la bataille de Plattsburgh, ce qui avait entraîné la défaite. Après son départ, on nomma sir Gordon Drummond, puis sir John Coape Sherbrooke pour le remplacer. Le gouvernement britannique encouragea le nouveau gouverneur à poursuivre la politique de conciliation avec les chefs politiques et religieux canadiens amorcée par le gouverneur Prevost.

Gouverneur Charles Lennox duc de Richmond

Portrait gravé du duc de Richmond, 7 août 1807

Charles Lennox commença une carrière militaire très jeune. Le 1er juin 1814, il devint général. Il connut également une carrière politique et fut élu député du Sussex à la chambre des Communes en 1790, 1796, 1802 et 1806. Le 29 décembre 1806, il obtint le duché de Richmond et Lennox suite au décès de son oncle. Le 8 mai 1818, il fut désigné gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique. Le 29 juillet, il arriva à Québec et demeura au château Saint-Louis.

Gouverneur Charles Lennox duc de Richmond

Le gouverneur Richmond voulut appuyer l'idée d'unir le Haut et le Bas-Canada pour neutraliser le Parti canadien. Durant l'été 1819, il fit une tournée à travers les deux Canadas. Cependant, un accident se produisit à William-Henry. Un renard contaminé par la rage le mordit. Le gouverneur décida de continuer son voyage jusqu'à York (Toronto) et Niagara. De retour à Kingston, le 25 août, il commença à ressentir les premiers symptômes de la maladie. Le 28 août, il mourut dans une grange. On le ramena à Québec où il fut inhumé le 4 septembre 1819.

Gouverneur George Ramsay 9e comte de Dalhousie

Portrait du comte de Dalhousie datant d'environ 1830.

George Ramsay débuta très jeune une carrière militaire. Il servit dans plusieurs pays et fut même impliqué dans la bataille de Waterloo. En 1816, il devint lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse avec l'espoir d'obtenir éventuellement le poste de gouverneur en chef de l'Amérique du Nord britannique. Lorsqu'il apprit que sir John Coape Sherbrooke, alors gouverneur depuis 1816, avait dû quitter son poste en 1818 suite à un AVC, le comte de Dalhousie se montra intéressé à lui succéder. Cependant, le poste fut octroyé au duc de Richmond, beau-frère du comte de Bathurst alors secrétaire d'état aux colonies. Déçu, le comte de Dalhousie voulut démissionner. Le destin en décida autrement puisque le duc de Richmond décéda prématurément après avoir contracté la rage. Le comte de Dalhousie le remplaça donc comme gouverneur général à compter du 12 avril 1820.

Dès l'automne, il se plaignit du mauvais état des résidences de Québec (château Saint-Louis) et de Montréal (château De Ramezay) qui lui étaient assignées. De plus, il trouvait que durant l'été la chaleur y était insupportable. C'est pour cette raison que durant la saison chaude, il quittait la ville pour venir se réfugier avec sa femme et ses trois fils à la maison de William-Henry dans la fraîcheur d'un environnement champêtre. Il se sentait pourtant à l'étroit dans cette maison mentionnant qu'ils étaient obligés d'installer des tentes pour accommoder les serviteurs. De plus, il manquait de chambres pour accueillir les invités. Le gouverneur tenta donc de convaincre à plusieurs reprises les autorités britanniques de construire une demeure plus imposante digne du poste qu'il occupait, mais sans succès.

En 1821, le gouverneur acheta 50 acres de terres adjacentes à sa propriété de William-Henry pour y pratiquer des activités agricoles. En 1823, il y éleva des moutons et des vaches et y cultiva du trèfle, du foin et de l'avoine. La comtesse Dalhousie appréciait beaucoup la botanique. Elle se promenait dans la région pour chercher des fleurs qu'elle ajoutait à son jardin. Elle empruntait un sentier dans un boisé qui conserva longtemps le nom de « chemin de la comtesse ». S'exprimant très bien en français, elle n'avait aucune difficulté à communiquer avec les gens de la place. En 1827, elle donna même un exposé à Québec sur la flore canadienne. À Québec, le gouverneur et son épouse s'impliquaient beaucoup dans divers organismes sociaux et culturels.

Au début de son mandat, le gouverneur Dalhousie posa des gestes afin d'établir un climat politique harmonieux au Bas-Canada. Par contre, son caractère colérique et autoritaire eurent tôt fait de lui attirer les foudres de la majorité canadienne-française menée par Louis-Joseph Papineau. Pour apaiser les tensions avec le Parti patriote, on envoya le comte Dalhousie en Inde comme commandant en chef de l’armée et on nomma en 1828 James Kempt au poste de gouverneur.

Gouverneur Matthew Aylmer

Portrait gravé de lord Aylmer, dernier gouverneur en chef et commandant des forces militaires en Amérique du Nord britannique, 1837

Matthew Aylmer devint baron dès l'âge de 10 ans. Par la suite, il connut une carrière militaire florissante et obtint, en mai 1825, le grade de lieutenant-général et le titre de comte de Whitworth. En juin 1830, le gouverneur James Kempt démissionna. Le secrétaire d'État aux Colonies, sir George Murray, proposa alors à sir Whitworth-Aylmer de lui succéder. Le 13 octobre 1830, sir Whitworth-Aylmer arriva à Québec en compagnie de son épouse. Officiellement, il fut nommé gouverneur en chef le 12 février 1831.

Gravure datant de 1831-1835

Malgré son manque d'expérience en politique, il était doté d'un caractère conciliant qui permettait d'entrevoir de meilleures relations entre les différents partis au Bas-Canada. Louis-Joseph Papineau avait d'ailleurs noté sa facilité et son intérêt à s'exprimer en français.

Le gouverneur Aylmer et son épouse effectuèrent plusieurs tournées dans toutes les régions du Bas-Canada. Ils participèrent à de nombreuses activités communautaires et contribuèrent à la promotion des arts et de la culture. Plusieurs réceptions furent données à leur demeure de Québec, le château Saint-Louis. Malheureusement, un incendie le détruisit le 23 janvier 1834. Le château ne fut pas reconstruit.

Portrait peint de lord Aylmer en 1846

Même s'il avait essayé de montrer aux Canadiens français ses bonnes intentions, il commit des erreurs par manque d'expérience qui contribuèrent à accentuer le fossé entre les francophones et les anglophones du Bas-Canada. On lui reproche d'avoir eu des préjugés contre les Canadiens français. Sir Whitworth-Aylmer fut alors destitué en 1835 et remplacé par le comte de Gosford beaucoup plus expérimenté politiquement.

Portrait peint de lady Aylmer en 1846

Sir Whitworth-Aylmer séjourna régulièrement avec son épouse dans sa maison de campagne à William-Henry pendant les cinq années de son mandat de gouverneur général. Dans son journal, Lady Aylmer a d'ailleurs décrit de manière détaillée cette demeure petite mais confortable ainsi que les espèces de végétaux qui l'entouraient.

« On y trouve un petit jardin carré entouré d’une palissade de pieux blanchis, de même que les deux ailes de la maison. Longue maison basse à long pignon incliné comme tous les habitants du Bas-Canada en ont. Sous le pignon, se trouve une mansarde contenant quatre chambres à coucher et une garde-robe. Au rez-de-chaussée, il y a une belle salle à manger, éclairée par trois fenêtres à la française donnant sur la galerie qui court tout le long de la maison. Cette salle communique avec en arrière une chambre qui sert de bureau à Aylmer. À côté se trouvent le salon et une chambre à coucher d’une bonne grandeur. L’ameublement est de même style que la bâtisse : divan sans dossier, rideaux de mousseline, petit piano. En avant et en arrière du cottage court une véranda ombragée d’une vigne sauvage qui intercepte les rayons du soleil. La rivière Richelieu coule au pied de notre terrain, au bout duquel en arrière de la maison, se trouvent les plus beaux bois de pins, de cèdres rouges mêlés à des chênes aux larges feuilles, des acacias roses et blancs, formant des bosquets de toute beauté. Toutes les chambres de nos officiers et serviteurs se trouvent dans les ailes latérales attenantes à la maison, ainsi que les glacières, laiterie, cuisine, etc. Je me suis fait un jardin où j’ai planté 200 géraniums et autres fleurs comme des dahlias, des balsamines. J’ai aussi tracé des allées et, ce soir, je me suis occupée à planter de jeunes sapins placés en groupes ; où je me propose de planter cet automne d’autres arbres ; en sorte que pour cette année ces plantations sont presque terminées. »

Gouverneur Archibald Acheson 2e comte de Gosford

Après avoir poursuivi des études supérieures à l’Universitée d'Oxford en Anglerre, sir Archibald Acheson connut une carrière politique importante comme député à la chambre des Communes d’Irlande puis à la chambre des Communes britannique. En 1807, il succéda à son père comme 2e comte de Gosford. En 1835, il fut nommé gouverneur de l'Amérique du Nord britannique mais non commandant en chef car, contrairement aux gouverneurs précédents, il était un civil et non un militaire. C'est le 24 août de cette même année qu'il arriva au Bas-Canada.

Le gouvernement britannique comptait beaucoup sur ses qualités de conciliateur pour diminuer les tensions politiques qui régnaient dans la province. Au début de son mandat, le gouverneur Gosford chercha à convaincre les modérés des deux partis d'établir une alliance afin de maintenir l'équilibre du pouvoir. Cependant, le 16 novembre 1837, il crut nécessaire de faire arrêter 26 personnes dont Louis-Joseph Papineau. Cette décision contribua à déclencher la rébellion à Saint-Denis sur le Richelieu une semaine plus tard. En décembre, il décida d'assujettir le district de Montréal à la loi martiale. La situation politique s'envenima. Le gouverneur se résigna à remettre sa démission en janvier 1838 et quitta  le Bas-Canada le 27 février 1838. Le général Colborne le remplaça pour s'occuper de l'administration.

Durant son séjour au Bas-Canada, le gouverneur Gosford manifesta son intérêt dès l'automne 1835 à venir passer des vacances à William-Henry à la Maison des gouverneurs. Le commandant en chef de l'armée, John Colborne, s'y opposa farouchement. Il indiqua que cette demeure avait toujours servi à accueillir des généraux. Il s'ensuivit une importante correspondance entre les deux hommes. Finalement, le général eut gain de cause. Jusqu'aux environs de 1859, ses successeurs habitèrent la Maison des gouverneurs.

Gouverneur John Colborne

Dès l'âge de 16 ans, John Colborne s’engagea dans l'armée. Il gravit les divers échelons de la carrière militaire jusqu'à l'obtention en 1821 du poste de lieutenant-gouverneur de l’île de Guernesey. Le 14 août 1828, il devint lieutenant-gouverneur du Haut-Canada. Puis, on lui annonça à la fin de mai 1836 qu'il était nommé commandant en chef des forces armées dans les deux Canadas. Lorsque la rébellion éclata au Bas-Canada le 16 novembre 1837, le commandant Colborne prépara ses troupes qui finirent par contrôler les Patriotes dès la fin de décembre. Après la démission rapide du gouverneur Gosford, il incomba alors à John Colborne d'aministrer les affaires de la province. Il devait aussi décider du sort des prisonniers rebelles. Le 29 mai 1838, une commission spéciale, dirigée par lord Durham, fut dépêchée au Bas-Canada afin de diriger le pays. Le gouverneur Durham décida alors d'exiler les chefs rebelles aux Bermudes. Il proposa aussi l'union du Bas et du Haut-Canada afin d'assimiler les Canadiens français. John Colborne, promu lieutenant général, était en désaccord avec lui.

À l'automne, lord Durham retourna en Angleterre. On nomma alors sir Colborne gouverneur général à la mi-décembre, car on croyait qu'il possédait toutes les qualités requises pour empêcher qu'une nouvelle rébellion survienne au Bas-Canada. Par la suite, le gouverneur Colborne céda son poste à sir Thomson le 19 octobre 1839 et quitta Québec le 23 octobre. Plusieurs historiens ont reproché au général Colborne les moyens drastiques qu'il avait choisis pour réprimer les rébellions dans le Bas-Canada.

En ce qui a trait à la bataille qu'il a livrée avec le gouverneur Gosford concernant l'occupation de la Maison des gouverneurs, le lieutenant-général Colborne se montra particulièrement tenace. Son argumentation tournait autour du fait que le bourg de William-Henry faisait partie d'une seigneurie que la couronne s'était procurée avec les fonds de la caisse militaire et qu'il revenait à un commandant militaire d'y habiter.

Sir Benjamin D'Urban

Le général britannique et administrateur colonial Benjamin D'Urban fut nommé commandant des forces de Sa Majesté en Amérique du Nord en mai 1847. Arrivé en juin de la même année à Sorel, il utilisa la Maison des gouverneurs comme résidence secondaire pendant deux ans. Durant son séjour, il fonda un cercle littéraire et une bibliothèque.

Edmund Henry Parsons, premier propriétaire civil

Les troupes britanniques amorcèrent leur départ de Sorel au début des années 1860. La Maison des gouverneurs fut alors louée à M. Armstrong, puis en 1866 à M. Edmund Parsons. Ce dernier en devint propriétaire en 1870. Malheureusement, il décéda le 27 novembre de la même année à l'âge de 50 ans. Son épouse Janet Gardner et leurs huit enfants continuèrent d'y habiter jusqu'à ce qu'elle soit vendue à M. Bradley Barlow le 21 juillet 1881. Par contre, ce dernier éprouvant des problèmes financiers, la maison et le terrain furent saisis le 29 juillet 1884 par le shérif du district de Richelieu, Pierre Guévremont. Le 2 octobre 1899, lord Strathcona se porta acquéreur de la maison, mais il ne s'agissait probablement que d'une transaction car il ne vint pas y habiter.

Hyacinthe Beauchemin

Le contracteur bien connu dans la région, Hyacinthe Beauchemin, acheta la Maison des gouverneurs le 11 décembre 1899. M. Beauchemin avait été échevin de la ville de Sorel de 1882 à 1885. Il avait participé en 1886 à la construction du pont ferroviaire sur la rivière Richelieu pour la United Counties Railroad. De 1907 à 1910, il fut même élu maire de Sorel.

Cantatrice Albani

Photo d'emma Albani Lajeunesse en 1874

Plusieurs visiteurs de marque sont, à différentes époques, venus visiter la Maison des gouverneurs. Ce fut le cas en 1910 de la grande cantatrice de renommée internationale Emma Albani Lajeunesse.

J.-L. Bruno Leclaire

Le 13 février 1913, Hyacinthe Beauchemin vendit la maison à J.-L. Bruno Leclaire, un autre contracteur sorelois. Ce dernier possédait un chantier naval où on construisait des barges et des grues durant la Première Guerre mondiale. M. Leclaire avait fait reconstruire l'aile gauche de la maison. Il avait également décidé d'ajouter une gloriette du côté droit de cette demeure.

En 1921, la Cité de Sorel acheta la Maison des gouverneurs.



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Extrait de
Maison des gouverneurs - Jardins de la baronne Von Riedesel

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