Les draveurs

Un siècle de drave à Saint-Pacôme

À Saint-Pacôme, la drave permettait le transport du bois sur la rivière Ouelle, depuis les forêts du Kamouraska jusqu’au moulin du village. Cette pratique a duré près d’un siècle, de 1860 jusqu’au début des années 1950. 

Cette activité essentielle a façonné non seulement l’économie, mais aussi l’identité culturelle locale.

La mémoire de la drave est toujours vivante, comme en témoigne la rue des Draveurs, qui, depuis 2015, rappelle ce siècle de travail intense. Cette rue, située à proximité de la rue du Moulin, symbolise le lien indéfectible entre forêt et industrie à Saint-Pacôme.

Source image : Premier moulin King de Saint-Pacôme. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


Les draveurs : maîtres de la rivière

Les draveurs étaient de véritables maîtres du bois flottant. Chaussés de bottes cloutées, ils arpentaient avec audace les troncs glissants, armés de longues perches appelées gaffes. 

Leur habileté à guider le bois, à déjouer les embâcles et à affronter les dangers de la rivière était remarquable.

La drave exigeait une force physique exceptionnelle et un courage à toute épreuve, chaque faux pas pouvant être fatal. 

Ce métier risqué se déployait dans un environnement sauvage et majestueux, où le bois « dansait » au fil de l’eau dans un ballet impressionnant.

Source image : Des draveurs à Saint-Pacôme. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


La lutte contre les embâcles

Au printemps, lorsque la fonte des glaces gonfle la rivière, la drave commence. Les billots sont lâchés dans le courant, mais souvent, des amas de bois, appelés « jams », bloquent la rivière.

Pour déloger ces embâcles, les draveurs devaient parfois user de dynamite, une tâche dangereuse demandant adresse et vigilance. 

Une équipe spécialisée surveillait sans cesse les points critiques de la rivière, pour garantir le passage continu du bois jusqu’au moulin.

Source image : Billots sur la Ouelle à Saint-Pacôme. Archives de la Côte-du-Sud


La fête du moulin : un moment de répit

Quand le bois arrivait au moulin, draveurs, contremaîtres et villageois se réunissaient pour une fête. Sur les rives de la rivière, entre mets traditionnels et musique, on célébrait la fin d’une étape difficile, dans un esprit de solidarité et de partage.

Depuis 1860, quatre familles ont marqué cette industrie : McDonald, King, Power et Plourde. Leur héritage reste gravé dans l’histoire locale, bien que la drave ait pris fin en 1952 avec la fermeture des moulins.

Source image :  Travailleurs devant le deuxième moulin King de Saint-Pacôme. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


L’héritage des moulins à scie

L’industrie des moulins à scie a été au cœur de la vie économique de Saint-Pacôme. Dès les années 1860, les entrepreneurs forestiers ont ouvert des concessions dans les cantons environnants (Ixworth, Chapais, Ashford, Lafontaine, Garneau).

Fondé par Hugh McDonald dans les années 1860, le premier moulin fut agrandi et modernisé par les familles King puis Power, avant que les frères Plourde ne le conduisent à la dernière étape.

La crise des années 30 a fortement frappé cette industrie, menant à son lent déclin et à la fermeture des grands moulins en 1952, marquant la fin d’une époque pour le village et la transition de Saint‑Pacôme vers d’autres industries tout en conservant un riche patrimoine souvent méconnu.

Source contenu : Ulric Lévesque et al., Saint-Pacôme 1851-2001 ; Notre histoire, Corporation des Fêtes du 150e de Saint-Pacôme, tome 1, 2001

Source image : Le moulin à scie de la Power Lumber à Saint-Pacôme, vers 1925. Photo : BAnQ


La drave : source d’inspiration

La drave a inspiré de nombreux artistes. Un exemple marquant est le court métrage documentaire de l’ONF intitulé La drave, réalisé en 1957 par Raymond Garceau. 

Ce film met en lumière la tradition des draveurs à travers les paroles et la chanson captivante de Félix Leclerc, qui relate avec une langue savoureuse l’aventure fantastique que vivent chaque année les draveurs de la vallée de l'Outaouais.

Le documentaire dévoile le quotidien des hommes au fil de la rivière, alternant entre perche et bâton de dynamite, symboles du danger et de la rigueur du métier.

Source image : Image extraite du film La drave de Raymond Garceau. ONF, 1957

 


Le tumulte des rivières au printemps

Chaque printemps, la rivière Ouelle grondait sous la poussée des eaux printanières. Albert Royer, dans son livre sur le centenaire de Saint-Pacôme, décrit avec force le tumulte des rivières et le courage des draveurs face aux rapides et aux chutes sauvages. Leur vie rythmée par ce combat perpétuel contre la nature demeure un témoignage poignant.

Source contenu et image : Brochure Souvenir et historique du 100e anniversaire de la fondation de la paroisse de Saint-Pacôme, 1851-1951

Menaud maître-draveur

Dans son roman Menaud maître-draveur (1937), Félix-Antoine Savard raconte la puissante histoire d’un draveur confronté à la perte tragique de son fils dans un embâcle.

Cette œuvre, empreinte de douleur et de bravoure, symbolise la lutte incessante entre l’homme et la rivière. Menaud, désespéré, cherche le corps de Joson dans les eaux dangereuses, incarnant l’attachement profond aux siens et le poids des sacrifices du métier.

Ce roman est une pierre angulaire du patrimoine littéraire québécois, qui honore la mémoire des communautés forestières.

Source image : Félix-Antoine Savard, Menaud maître-draveur, Éditions Fides, Ottawa,1937

Extrait de
Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme

Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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