Jack Kerouac

Racines à Saint-Pacôme

Saint-Pacôme invite à marcher et rêver sur les traces du poète voyageur Jack Kerouac, baigné dans la lumière singulière du Kamouraska. 

Bien avant qu’il ne parcoure l’Amérique, sa mémoire s’enracine ici, dans cette vallée entre Haut-Pays et littoral, arrimée aux méandres de la Ouelle qui la traverse.

En 1895, Gabrielle-Ange Lévesque, future mère de Jack Kerouac, naît à Saint-Pacôme durant un séjour de sa mère, Gabrielle Lévesque, chez son père, Louis Lévesque, établi sur le chemin Nord-du-Rocher. 

Gabrielle, également originaire de Saint-Pacôme, vivait alors à Nashua, dans le New Hampshire, mariée à un autre Louis Lévesque, homonyme de son père.

Ainsi, Saint-Pacôme devient le socle maternel de l’écrivain emblématique, point d’ancrage d’une lignée marquée par les valeurs et la terre du Kamouraska. Jack hérite d’une langue vivante, d’images fortes et d’une spiritualité qui orientent son regard et son imaginaire. 

Les veillées, la prière au coin du feu, les chants et la nostalgie forment le fondement d’une histoire transmise avec une tendresse, empreinte d’attachement au pays d’avant les « États ».

Source image : Côte de l’église, St. Pacôme, Qué. Photo : Weiss Import Co., Montréal, vers 1920, BAnQ


Une migration qui transforme un peuple

À la fin du XIXᵉ siècle, des milliers de familles du Kamouraska et d’ailleurs au Québec quittent leurs terres devenues trop étroites pour les nourrir. 

Les usines textiles du nord de la Nouvelle-Angleterre, perçues comme terre promise, offrent des salaires bien plus élevés et attirent une vaste diaspora francophone. 

C’est le destin de la famille de Jack Kerouac : d’abord installée à Nashua puis à Lowell, où, loin de se fondre dans la masse, elle contribue à recréer un « Petit Québec » en terre américaine.

Les paroisses catholiques, leurs journaux et clubs sociaux deviennent de solides bastions de la langue, de la foi et des traditions résistant aux pressions de l’assimilation.

Ce grand exode marque profondément le destin de nombreuses familles et forge un imaginaire commun, reliant à jamais les rives des fleuves Saint-Laurent et Merrimack.

Source image : Familles canadiennes-françaises migrant vers les États-Unis, vers 1900. Photo : Waterfordimmigrants.org


L’enfance entre deux cultures

Né en 1922 à Lowell, au Massachusetts, Jack Kerouac, troisième enfant de la famille, grandit dans le quartier ouvrier du « Petit Canada », où le français résonne partout, dans les rues comme à la maison.

Il racontera plus tard : « J’ai grandi dans un quartier français, dans une maison où l’on mangeait la tourtière et chantait des chansons ». 

Le français est alors la langue du cœur, porteuse de ferveur religieuse et de traditions. Il apprend l’anglais à l’école Saint-Louis-de-France vers l’âge de six ans, mais il continue de penser et de rêver en français, nourri par la solidarité d’une communauté soudée.

Au Lowell High School, école publique anglophone, il se distingue sur le terrain de football, incarnant une double appartenance entre culture franco-américaine et rêve américain.

Surnommé « Ti-Jean », il joue au baseball dans les ruelles, goûte aux joies simples d’un quartier ouvrier et développe une curiosité insatiable.

La mort précoce de son grand frère Gérard, alors qu’il a seulement quatre ans, laisse une marque durable sur son œuvre.

Source citation : Kerouac et ses ancêtres franco-canadiens, Table francophone de concertation du Grand Toronto. TFCG

Source image: Maison natale de Jack Kerouac, 9 Lupine Road, Lowell, Massachusetts. Photo: Rus Bowden, 2010, Wikimedia Commons


Une identité en mouvement

Partagé entre deux langues et deux cultures, Jack Kerouac se forge une vision du monde bien à lui. Tiraillé entre héritage et modernité, il rejette les conventions et choisit la route : une vie d’errance et d’écriture instinctive où la tension entre attachement et liberté devient sa marque.

Ses romans jonglent avec anglais et français. Son style, qu’il appelle « verbal jazz », crée une prose spontanée, immédiate, souvent chaotique, mais toujours musicale.

Kerouac insuffle à l’anglais la vitalité populaire du français, abordant l’identité comme un fleuve fluide et mouvant, reflet de ses racines métissées.

Il confiait en 1967 sur les ondes de Radio-Canada : « Je n’ai jamais eu une langue à moi-même. J’ai parlé français jusqu’à six ans, puis anglais avec les garçons du coin. Puis, j’ai mélangé tout ça dans ma gueule. » 

Source citation : Yvon Paré, Jack Kerouac dévoile les sources de son écriture, 2017

Source image : Gabriel Anctil et Marie-Sandrine Auger, Sur les traces de Kerouac. Photo: Radio-Canada, 2014


Les limites du rêve américain

Le rêve américain, plein de promesses, devient vite synonyme de précarité et de déracinement pour les Canadiens français. Kerouac en hérite : ses errances trahissent un mal-être profond et une quête spirituelle inassouvie. Mais il puise sa force dans la fidélité de sa mère à la langue et à la foi.

Les déménagements répétés et la pauvreté brisent les illusions et, derrière les routes sans fin, il reste l’enfant attaché à une mère protectrice et à un pays rêvé.

Son regard oscille entre fascination pour la liberté et lucidité douloureuse sur la solitude. Ses romans Maggie Cassidy, Desolation Angels et On the Road traduisent ce double sentiment d’exil et d’attachement à une culture perdue. Il dira : « La frontière s’est fermée et je suis resté avec mes rêves, en marge du rêve américain ».

Source citation : Kerouac et ses ancêtres franco-canadiens, Table francophone de concertation du Grand Toronto. TFCG

Source image : Ouvriers devant Boott Mill, Lowell, vers 1900-1910. Photo : National Park service


Une œuvre enracinée au Québec

Kerouac n’a jamais tourné le dos à ses origines.  Dans ses journaux et correspondances, il confie souvent sa nostalgie du français et de Saint-Pacôme qu’il évoque avec tendresse. 

Ses carnets révèlent une langue française vivante et poétique, tissée dans ses prières, ses poèmes et ses réflexions spirituelles.

En écrivant en anglais, il y glisse des images du Québec : la neige, les veillées, les clochers. Reflet d’une identité hybride, il façonne un « franglais » vibrant, à la croisée du joual et de la Beat Generation.

Dans une lettre à Allen Ginsberg, il écrit : « La langue anglaise est un instrument tard trouvé (…) La raison pour laquelle je manie les mots en anglais si aisément c’est que ce n’est pas ma propre langue. Je la remodèle pour que ça rentre dans des images françaises ». 

Source citation : Kerouac et son double qui parle français, L’aut’journal, 2 décembre 2016

Source imageJack Kerouac et Allen Ginsberg, 1959. Photo: John Cohen, allenginsberg.org


On the Road : l’odyssée d’une génération

Publié en 1957, On the Road devient le manifeste d’une jeunesse en quête de sens. Kerouac y raconte ses errances à travers les États-Unis, entre routes poussiéreuses, rencontres fulgurantes et recherche d’une liberté sans frontières.

Sous l’apparente insouciance du voyage vibre la nostalgie du Québec perdu, du Saint-Laurent, de la langue et de ses racines.

La vitesse, la route et le mouvement traduisent le désir d’appartenance autant que la fuite de l’exil.

Le succès mondial du roman a souvent éclipsé la profonde dimension franco-américaine de son auteur. Pourtant, les images, les rythmes et les silences de On the Road portent la mémoire du pays d’origine.

Reconnaître Saint-Pacôme dans cette filiation, c’est révéler la source d’une œuvre universelle. 

Source image : On the Road, Jack Kerouac, 1957, première édition. Photo : domaine public


L’héritage

Chez les Kerouac, on parle français et joual entre les prières, les chansons, la tourtière et le sucre à la crème. 

Jack évoque la table familiale comme un rituel sacré où le français exprime intimité et spiritualité.

Il écrit souvent en français. Ce parler vif colore sa prose d’une musicalité singulière. Le « franglais » vibrant devient le souffle même de son écriture.

Dans Vanity of Duluoz, il confie avec émotion : « song no more appropriate for me to sing (as descendant of French and Indian) ».  

Chez Kerouac, la langue est mémoire, refuge et musique intérieure reliant le Québec à l’Amérique.

Source citation : Jack Kerouac, Vanity of Duluoz, 1967. Vie des arts, vol. 13, no 3 (1988), Érudit

Source image : Cabane à sucre chez les Dufour, Saint-Pacôme vers 1950. Photo : Famille Norbert-É. Dionne


Une figure littéraire complexe

Kerouac, icône de la Beat generation, est à la fois écrivain américain majeur et héritier de la tradition franco-canadienne.

Son œuvre tisse un dialogue unique entre foi catholique québécoise et zen bouddhiste, entre enracinement et errance, mémoire et dépassement. 

À travers ses récits empreints de ferveur et de doute, il interroge sans relâche les limites : celles du langage, de la foi, de la liberté. 

Il est autant l’enfant des ruelles ouvrières de Lowell que le poète mystique, chercheur d’absolu.

Ses récits autobiographiques et sa prose spontanée, sincère et musicale, bouleversent les codes et inspirent, encore aujourd’hui, artistes et écrivains, au Québec comme aux États-Unis.

Source image : Jack Kerouac s’écoutant parler à la radio (leans closer to a radio to hear himself on a broadcast), 1959. Photo : John Cohen, Getty Images


Une chanson pour la route

Source : Le chanteur libre — Sylvain Lelièvre. Photo: Typo, VLB éditeur, 2008

Hommage à Kerouac

Aujourd’hui, Lowell, Saint-Pacôme et le Québec se rappellent Kerouac, fils de deux mondes, voyageur de l’Amérique.

À travers chansons, circuits, lectures et études, son nom résonne comme symbole de passage et de fidélité aux origines.

L’auteur-compositeur Sylvain Lelièvre lui a rendu hommage dans la chanson « Kerouac », poème de route et de solitude : « Tu roules encore quelque part sur les routes de l’Amérique… »

Cette pièce rappelle que, derrière le mythe du voyageur, vit un homme attaché à la langue, à la mémoire et à ses origines. 

Source image : “L'hommage à Kerouac”, 2020. Photo: https://sylvainlelievre.com/lhommage-a-kerouac/ (retouchée)

Extrait de
Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme

Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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