Le moulin Casgrain

Le passé au coeur de Saint-Pacôme

Construit en 1840 par l’ingénieur Édouard Ennis, à la demande du seigneur de la Bouteillerie, Pierre-Thomas Casgrain, ce moulin en madriers sur le plat est l’un des plus anciens bâtiments en bois encore existants dans la municipalité.

Sa toiture à deux versants et sa grande roue à aubes, adaptées au faible tirant d’eau de la rivière Ouelle, témoignent d’un savoir-faire novateur.

Le moulin a longtemps rythmé la vie du village, fonctionnant plusieurs mois par an selon le débit du cours d’eau. Au fil du temps, il a porté plusieurs noms : Casgrain, Lévesque, Casgrain-Lévesque, avant de cesser ses activités en 1951.

Aujourd’hui, il constitue un patrimoine exceptionnel du Bas-Saint-Laurent, témoin d’une économie rurale fondée sur l’eau et la solidarité.

Source image : Le moulin Casgrain en 1896. Photo : Fonds Cécile Dionne, Archives de la Côte-du-Sud 


Les moulins de la seigneurie

Le moulin visible sur la photo évoque l’époque de 1790, période durant laquelle furent bâtis les deux premiers moulins à eau de la seigneurie de la Bouteillerie, bien avant le moulin Casgrain.

Depuis 1769, la seigneurie comptait un premier moulin attribué à la seigneuresse Ramesay de Boishébert. 

Situé près d’un rapide de la rivière Ouelle, il subissait régulièrement les crues.

Vers 1790, ce moulin est reconstruit à un emplacement plus sûr sous les seigneurs Perrault, avec André Eschenbach comme meunier. Ce second moulin jette les bases économiques et techniques qui mèneront à la construction du moulin Casgrain en 1840.

La photo illustre le moulin banal des Éboulements, construit à la même époque et toujours en activité près de Baie-Saint-Paul, un rare témoin du patrimoine seigneurial encore vivant.

Ces moulins rappellent les débuts de l’occupation du territoire et l’évolution du patrimoine bâti à Saint-Pacôme et dans ses environs.

Source image : Moulin banal des Éboulements, vers 1790. Photo : Municipalité des Éboulements 


Le meunier Eschenbach

André Eschenbach, soldat allemand démobilisé après la guerre d’Indépendance américaine, s’installe en 1793 dans la région où il prend la charge du moulin seigneurial de la Bouteillerie en tant que meunier, métier qu’il maîtrise déjà à son arrivée.

Habile artisan, il acquiert des terres et s’intègre à la communauté, épouse une femme des environs et tisse des liens durables avec les familles Perrault et Casgrain.

Figure centrale du village, il représente la réussite d’un immigrant au Québec du XVIIIᵉ siècle.

Ses descendants poursuivent la tradition meunière, contribuant à diffuser ce savoir-faire dans tout l’Est du Québec.

Source image : Moulin Casgrain-Lévesque. Vue avant. Photo : Bergeron Gagnon inc. 2020, MRC de Kamouraska


L’histoire de Charles Pearson

En 1808, Charles Pearson, âgé de 12 ans, est embarqué de force à Londres sur un voilier en route vers l’Amérique 

Lors d’une escale à Rivière-Ouelle, Charles et son compagnon, James Stride, sont envoyés à terre chercher des provisions.

Profitant de l’occasion, ils réussissent à fuir leur navire où ils sont confinés. Recueillis par André Eschenbach, ils se cachent plusieurs mois au moulin Casgrain. 

Charles y apprend le métier de meunier. Il succède à son bienfaiteur en 1815 et fonde une lignée de meuniers actifs dans toute la région.

Cette histoire singulière, entre fuite, accueil et transmission, illustre l’esprit d’entraide qui animait les communautés au cœur du Québec rural.

 

Source image : Vaisseau anglais à deux mâts ayant pu traverser l’Atlantique au début du XIXe siècle. Collection Bridgeman Images


Pierre-Thomas Casgrain et Charles Letellier

Pierre-Thomas Casgrain (1797–1858), seigneur de la Bouteillerie, fait reconstruire le moulin Casgrain en 1840, en collaboration avec l’ingénieur Édouard Ennis, spécialiste reconnu des moulins de la Côte-du-Sud. Il renforce le développement local en construisant un second moulin en amont, appelé « petit moulin » ou moulin Belisle, afin d’optimiser l’énergie hydraulique de la rivière Ouelle.

Né à Rivière-Ouelle, Pierre-Thomas épouse Émilie Trouillet Lacombe, originaire de la Montérégie, avec qui il a dix-sept enfants. À la mort de son père, Pierre Casgrain, en 1828, il hérite de la seigneurie de la Bouteillerie, du magasin général familial et de plusieurs terres agricoles.

Figure marquante de la région, il devient le premier maire de Rivière-Ouelle après l’abolition du régime seigneurial en 1854, jouant un rôle central dans la modernisation et l’organisation municipale du territoire.

En 1870, son neveu Charles Letellier rachète le moulin Casgrain. Le bâtiment passe ensuite à la famille Lévesque, qui le conserve jusqu’à sa fermeture en 1951. 

Letellier, lui aussi acteur influent du développement local, est lié à deux autres points du Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme : « Le pont et le moulin Hudon » et « Le magasin général Dionne ».

Source Image : Pierre-Thomas Casgrain vers 1855. Photo : Municipalité de Rivière-Ouelle


Un rare témoin

Le moulin Casgrain-Lévesque est l’un des derniers moulins banaux en bois encore debout au Bas-Saint-Laurent. 

Conçu pour les petits débits de la rivière Ouelle, il allie roue à aubes horizontale et architecture sobre et ingénieuse, reflet d’un savoir-faire ancien.

Érigé sous le régime seigneurial, il rappelle l’époque où les seigneurs devaient construire un moulin banal pour leurs censitaires, tenus d’y faire moudre leur grain moyennant un droit de banalité.

Son association avec Pierre-Thomas Casgrain, seigneur de la Bouteillerie et premier maire de Rivière-Ouelle, renforce sa valeur historique et symbolique.

Témoin rare des structures économiques rurales du XIXᵉ siècle, il illustre un temps où l’énergie hydraulique animait la vie quotidienne et favorisait la coopération entre fermiers et artisans.

Classé bâtiment patrimonial, il incarne la mémoire vivante du travail, de la communauté et du paysage fluvial et demeure, au cœur de Saint-Pacôme, un repère historique ancré dans l’identité du Kamouraska.


Source image : Vue latérale du moulin Casgrain-Lévesque. Photo : Jean-François Rodrigue, 2008, ministère de la Culture et des Communications du Québec


Pont et moulin Belisle

Le moulin Belisle, ou « petit moulin », construit vers 1854 en amont du moulin Casgrain-Lévesque, complétait un véritable réseau hydraulique qui structurait jadis l’économie locale.

Installé sur un tronçon plus encaissé de la rivière Ouelle, il tirait parti d’un dénivelé plus fort, permettant une production complémentaire : farine, mouture grossière, voire sciage ou cardage selon les besoins saisonniers.

Sa présence illustre l’ingéniosité des bâtisseurs du XIXᵉ siècle, capables d’adapter les infrastructures aux particularités du territoire et aux ressources disponibles.

En conjuguant moulins en série, canaux d’alimentation et barrages artisanaux, les acteurs du temps ont créé une micro-industrie fondée sur l’entraide, l’autonomie et la maîtrise de l’énergie hydraulique.

Aujourd’hui disparu, le moulin Belisle subsiste dans la mémoire des Pacômiens et leur rappelle que leur village fut jadis un haut lieu de la meunerie régionale.

Il complète le récit du moulin Casgrain, témoin encore tangible de cette période de transition entre régime seigneurial et économie municipale.

Source image : Pont et moulin Belisle. Photo : Famille Norbert-É. Dionne.
 


Passeurs de mémoire - Casgrain

La famille Casgrain occupe une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offrent un regard inédit sur l’histoire de Saint-Pacôme. 

Écoutez le récit de l’arrivée des Casgrain en Nouvelle-France, puis au Kamouraska.

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Pour prolonger l'expérience, explorez le circuit Casgrain sur passeursdememoire.com, accessible sur votre téléphone intelligent ou votre tablette.

Parcours Fil Rouge vous invite à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse sur passeursdememoire.com. Une capsule gratuite enrichit votre expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l’histoire des Casgrain du Kamouraska

Source : Carte du circuit "Passeurs de mémoire Casgrain" au Kamouraska

L’histoire des Casgrain du Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes … 

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

La Nouvelle-France

Jean Casgrain (Cassegrain, Cassegrin) arrive en Nouvelle-France vers 1748. Il s’établit à Québec, au pied du cap Diamant. Il y ouvre La Cloche bleue, un commerce de vin qui offre aussi des repas. En 1750, il épouse Geneviève Duchene qui décède en 1764 sans avoir eu d’enfant. Peu après, Jean épouse Marguerite Cazeau (Caso). De ce mariage naissent 14 enfants dont dix décèdent en bas âge.

Leur fils Pierre quitte la maison vers l’âge de treize ans et travaille pour un marchand de fourrures. Avant d’être propriétaire de la seigneurie de La Bouteillerie et de celle de L’Islet–Saint-Jean, Pierre Casgrain est commerçant. Il ouvre un magasin général à Rivière-Ouelle, un autre à Kamouraska, puis il s’associe avec son commis Amable Dionne.

Après la Conquête, comme plusieurs Canadiens français, Pierre Casgrain signe la déclaration publique de loyauté à la couronne britannique. Il obtient une commission de juge de paix pour le district de Québec et s’enrôle dans la milice de Rivière-Ouelle.

En 1790, Pierre épouse une amie de la famille, Marguerite Bonenfant, qui n’a que 14 ans. En 1798, Casgrain s’associe aux frères McCallum de Québec, acquiert une pêcherie au fief de Saint-Denis et fonde une compagnie avec son fils Pierre-Thomas.

Les descendants

 mariage de Pierre et de Marguerite naissent quatorze enfants. Leur famille contribuera au développement de la Côte-du-Sud et rayonnera de diverses manières au Québec. Plusieurs personnalités y sont associées. Parmi elles, soulignons Luc Letellier, lieutenant-gouverneur, Henri-Raymond Casgrain, auteur et historien, Louis Beaubien, journaliste, politicien et homme d’affaires, Horace Bélanger, commerçant de fourrures, et la politicienne Thérèse Forget-Casgrain. Aujourd’hui, plusieurs voies de communication, parcs, places et cours d’eau portent le nom de Casgrain au Québec».

Extrait de
Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme

Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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