Le fusil

La guerre mondiale et la vie rurale

Une détonation percute le silence sur le pont de fer. 

Le 9 août 1914, Saint-Pacôme entre brutalement dans l’histoire de la Grande Guerre : une balle perdue abat un homme s’engageant sur le pont.

Armé d’une carabine, le gardien chargé de surveiller la voie ferrée fait feu après plusieurs avertissements.

Selon L’Action sociale : « Un gardien du pont de fer de l’Intercolonial qui traverse la rivière Ouelle a tué un chemineau, à sept heures, hier soir. L’inconnu, âgé de 45 ans, mesure 5 ½ pieds, a la barbe rousse et porte des papiers sur lesquels est inscrit E. Levasseur, Pointe au Père. Le gardien le somma d’arrêter à deux reprises différentes, et l’autre persistant à passer, le gardien, dans l’excitation, par accident ou autrement, fit partir la détente de sa carabine et le tua instantanément ».

Cette tragédie, probablement la première victime canadienne du conflit sur notre sol, incarne le choc entre la guerre mondiale et la vie rurale.

Aujourd’hui, la carabine Snider-Enfield, conservée à Saint-Pacôme, demeure un témoin silencieux de ce drame oublié.

Source citation : « Un gardien tue un chemineau », L’Action sociale, 11 août 1914

Source image : Canadian Militia Sergeant with the same sword bayonet attached to his Snider/Enfield rifle. Ottawarewind.com 2016-03-07


La déclaration de guerre

La guerre éclate, et le Canada entre dans le tumulte européen.

Le 4 août 1914, Sa Majesté George V déclare la guerre à l’Allemagne, entraînant automatiquement le Canada, encore sous la souveraineté britannique, dans le conflit.

La population, partagée entre patriotisme et inquiétude, découvre les premières mesures de sécurité : ponts et voies ferrées deviennent zones sous surveillance.

Même les ponts deviennent des postes de combat. À Saint-Pacôme, le pont de fer est gardé jour et nuit par Jean-Baptiste Lévesque, chargé de protéger un axe vital pour les convois militaires.

Les consignes sont strictes : contrôle, vigilance, et tir permis en cas de menace. La guerre, qui transforme les ponts en zones sous haute tension, s’invite désormais dans les villages.

Source contenu : Musée de la guerre, Anciens Combattants Canada.

Source image : Première Guerre mondiale : un siècle déjà. Radio-Canada, 2019


10 août 1914 : la tragédie du pont de fer

Le 9 août 1914, Elzéar Alexandre Levasseur s’avance sur le pont de fer sans laissez-passer. 

Le gardien Jean-Baptiste Lévesque, en civil, le somme d’arrêter. L’homme continue. Un coup part, accidentel, et l’abat sur le champ. 

Le lendemain, le coroner Vézina conclut à une mort sans préméditation, évoquant l’urgence liée à la guerre et recommandant que les gardiens portent un insigne distinctif. 

On dira que Levasseur était peut-être sourd. Ce drame, premier écho local du conflit mondial, rappelle à Saint-Pacôme que la guerre peut frapper loin du front, dans la confusion et la peur.

Source image : Rapport du coroner Vézina, 10 août 1914. BAnQ Rimouski


12 août 1914: la sépulture du mendiant

Deux jours plus tard, les cloches sonnent pour un inconnu. 

Le 12 août 1914, le registre de Rivière-Ouelle consigne l’inhumation d’Elzéar-Alexandre Levasseur, « mendiant », « inconnu », mort « accidentellement tué sur le pont des chars ».

Une vie entière en marge. Le mot mendiant désigne alors les hommes sans domicile fixe, vivant de petits travaux ou d’aumônes. 

Dans L’Action sociale du lendemain, Levasseur est décrit comme « chemineau », voyageur modeste arpentant les routes, familier des campagnes et connu dans les paroisses.

Le maire Jean-Baptiste Plourde et plusieurs notables assistent à la sépulture : un dernier hommage à un étranger, preuve d’une solidarité chrétienne envers les plus humbles.

Même sans famille, chaque vie mérite mémoire et respect.

Source image : Acte de sépulture d’Elzéar-Alexandre Levasseur, registre paroissial de Rivière-Ouelle, 12 août 1914. Archives de la Côte-du-Sud


La carabine Snider-Enfield

Objet d’acier et de mémoire, la carabine raconte le drame. 

La Snider-Enfield, robuste arme britannique du XIXᵉ siècle, équipe les gardes civils. Son système à chargement par la culasse, inventé en 1866, révolutionne la cadence de tir des anciens fusils des troupes coloniales en permettant jusqu’à 10 coups par minute.

Utilisée dans tout l’Empire britannique, elle incarne la vigilance et la tension des gardiens mobilisés sur les ponts.

Conservée par Norbert Dionne, marchand général à Saint-Pacôme, cette carabine devient symbole d’une mémoire partagée, témoignant de la guerre jusque dans les campagnes.

Elle est aujourd’hui un objet clé de la mémoire, vibrant témoin des tensions et de l’histoire vécue.

Source image: Hugh, Knight, Historical Shooting with the Snider-Enfield Rifle. Photo : Lulu com., 2023


Le destin de la carabine

Chaque objet garde la mémoire de ceux qui l’ont tenu.

Après le drame, la carabine rejoint la maison de Norbert Dionne à Saint-Pacôme.

Elle traverse le temps : dans les années 1990, sa femme, madame Dionne, offre aux enfants un souvenir familial. Son petit-fils, Jean-François Chalmers choisit sans hésitation la carabine qu’il emporte alors avec lui à Toronto. 

Après son décès, l’arme revient au village. Son épouse, Roxana, réticente à garder la carabine à la maison avec leur jeune fils, la rapporte à Saint-Pacôme.

Aujourd’hui, elle se trouve à nouveau chez les Dionne, gardienne silencieuse d’un tragique évènement. 

Source image : Carabine Snider-Enfield. Photo : Caroline Bolieu, 2015


Le chemin de fer : moteur de développement

Bien avant la guerre, le train transforme Saint-Pacôme.

Dès 1862, le Grand Tronc relie Saint-Pacôme au reste du pays, dynamise le commerce, ouvre les marchés. 

En 1914, la Canadian Pacific mobilise ses trains et son personnel pour l’effort de guerre, transportant troupes, matériel, vivres.

Le pont de fer, gardé jour et nuit, incarne cette tension entre progrès et peur. Le rail devient symbole d’une modernité fragile, partagée entre essor économique et menaces du conflit.

Source image : Gare de la station de Rivière-Ouelle. Photo : Municipalité de Rivière-Ouelle

Carte pour situer l’histoire

La carte permet de visualiser le pont de fer (point 1), la station de Rivière-Ouelle (point 2) et la station de Saint-Pacôme (point 3), points clés de cette histoire.
 

Extrait de
Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme

Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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