Les héros de Rivière-Ouelle

Au large de la pointe

À la pointe de Rivière-Ouelle, le fleuve s’ouvre sur un vaste horizon où reflets et marées sculptent le paysage. Par temps clair, les montagnes se dessinent au loin.

C’est ici que les habitants, colons comme autochtones, observaient les changements du fleuve, scrutant le large pour anticiper tempête, accalmie ou menace.  

Le décor actuel rappelle encore ce couloir d’eau large et changeant, où les battures apparaissent et disparaissent au gré des marées. 

La pointe demeure un témoin silencieux, reliant passé et présent par son intemporelle beauté.

Source image : À la pointe de Rivière-Ouelle. Photo : Parcours Fil Rouge, 2018


Tout au loin

Imaginez-vous ici, à l’automne 1690, scrutant l’horizon comme les Malécites.

Apercevant une silhouette inhabituelle glisser sur le fleuve, ils alertent aussitôt les villageois qu’un grand vaisseau remonte l'estuaire, fait rare dans ces eaux difficiles. 

Peu à peu, le trois-mâts se dévoile. Ce n'est pas un marchand, mais un navire de guerre anglais, assez massif pour ancrer à la pointe et débarquer des hommes. 

L’inquiétude gagne le village alors que l’absence du seigneur Deschamps de la Bouteillerie laisse le curé Pierre de Francheville prendre la tête de la troupe improvisée.

Source image: A Brisk Breeze, Willem van de Velde the Younger (Dutch, 1633-1707). Dulwich Picture Galler, Domaine public, (image recadrée) 


L’âme du courage

À l’annonce du danger, le curé de Francheville réagit. Il distribue les rôles, organise les positions et transforme en quelques minutes un groupe de villageois en véritable force locale.  

On rassemble armes, outils, tout ce qui peut servir. Dans les maisons, les familles sont mises à l’abri.

Face au détachement anglais, pourtant supérieur en nombre, pêcheurs, cultivateurs et chasseurs se rassemblent spontanément sur la grève, unis par un élan de solidarité qui dépasse leurs rôles habituels.

Ils se placent en ligne, le regard tourné vers l’horizon. La peur circule, mais la détermination aussi. 

Source image : Une paroisse canadienne au XVIIe siècle, La Rivière-Ouelle et Éclaircissements sur la pêche aux marsoins [sic], H.-R. Casgrain, Éditions Beauchemin, Montréal, 1890


L’ombre approche

Ils ne se sont pas trompés ! Sur les flots, le vaisseau anglais avance, sombre, escorté de chaloupes prêtes à déferler sur la rive. 

Les villageois retiennent leur souffle.  Derrière les portes closes, les femmes attendent en silence, espérant que leurs maris et leurs fils tiendront bon.

Sur la grève, les hommes attendent immobiles, sachant que le moindre geste pourrait déclencher l’assaut.

La peur de l’inconnu plane, la tension est palpable, mais chacun tient sa position, soudé par l’instinct de protéger son foyer

Source image : Une frégate à la mer (A Frigate at Sea), Pierre Puget (1620-1694). The MET collection, Harry G. Sperling Fund, 1985


Le choc

Lorsque les chaloupes anglaises approchent, une décharge éclate depuis la grève; les assaillants reculent. 

Dissimulés dans les bois ou postés sur la batture, les Rivelois utilisent les tactiques de « petite guerre » apprises de leurs alliés: tirs dispersés, déplacements rapides, illusion du nombre.

Déconcertés, les Anglais échouent à débarquer.

Brève mais décisive, cette victoire soude la quarantaine d’hommes présents; et marque durablement les esprits. Et, elleannonce l’échec de Phips.

Arrivée à Québec le 16 octobre, la flotte repart bredouille huit jours plus tard, affaiblie par la faim, le manque de préparation et la maladie.

Devant la ténacité des Français et de leurs alliés, les assiégeants quittent Québec le 24 octobre. Cette expédition désastreuse fait des centaines de morts.

Source image : Mme de Champlain arrive en Nouvelle-France. Bibliothèque et Archives nationales du Canada (image retouchée)


L’assaillant venu de la mer

Au printemps 1689, la guerre entre la France et la Ligue d’Augsbourg gagne l’Amérique. 

Les troupes françaises attaquent plusieurs villages de Nouvelle-Angleterre. En riposte, les colonies anglaises réclament la destruction de Québec et s’unissent contre la Nouvelle-France. 

Dans ce climat de représailles, l’Angleterre confie à William Phips, marin expérimenté du Maine, la tête d’une expédition d'envergure contre Québec. 

Le plan prévoit une attaque combinée : Phips remonte le fleuve vers Québec tandis qu’un détachement terrestre doit attaquer Montréal. Affaibli par la maladie et manquant de vivres, le contingent terrestre renonce, laissant à Phips l'entière responsabilité de l’offensive.

Source image: Portrait de Sir William Phips (1651-1695). Thomas Child, Wikimedia Commons


L’expédition improvisée

À la mi-août 1690, Phips entre dans l’estuaire du Saint-Laurent avec plus de trente navires partis de Boston et près de 2 000 hommes.

La navigation est difficile : courants traîtres, bancs de sable, récifs mal connus, bancs de sable. 

À court de vivres, la flotte tente un arrêt à Rivière-Ouelle, croyant y trouver un point d’appui facile. 

Mais les battures et les marées compliquent l’approche, donnant aux habitants un avantage inattendu.

Source image: An English Warship Firing a Salute, 1690, Willem van de Velde the Younger. National Gallery of art, Washington


L'ultimatum

L'échec à Rivière-Ouelle, coûteux et déstabilisant, fragilise une expédition ambitieuse, mais mal préparée

Phips poursuit néanmoins vers Québec, espérant renverser la situation. 

Arrivé devant la ville, il exige la reddition du gouverneur. La réponse de Frontenac deviendra légendaire : « Je n’ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons. » Le ton est donné. 

Cette fermeté incarne la résistance qui unit colons et alliés : de la petite paroisse côtière jusqu’au bastion fortifié de Québec, une même détermination face à la menace anglaise.

Source image : Frontenac, recevant l’envoyé de sir William Phips, qui demande à Québec de rendre les armes, 1690. Bibliothèque et Archives Canada


L'épilogue

Devant Québec, la flotte anglaise manque rapidement de vivres, subit le froid et voit la maladie décimer ses équipages. Mieux retranchés et approvisionnés, les Français tiennent bon.

Après quelques jours de bombardements inefficaces, les pertes anglaises se multiplient : centaines de morts, blessés, navires endommagés: Phips renonce.

Après un échange de prisonniers, il met le cap sur Boston, mais tempêtes et récifs emportent quatre navires, achevant la débâcle.

Pour les habitants de Rivière-Ouelle, cet épisode devient un récit fondateur, celui de quelques hommes devenus héros par leur courage et leur sang-froid. Des hommes presque livrés à eux-mêmes qui, face à une force en apparence écrasante, ont tenu leur position, déjoué l’ennemi et protégé leur village. 

Source image : Défense de Québec par M. Frontenac. Bibliothèque et Archives Canada


Passeurs de mémoire : Émond et Miville-Deschênes

Les familles Émond et Miville-Deschênes occupent une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offrent un regard inédit sur l’histoire de Rivière-Ouelle.

Écoutez le récit de leur arrivée en Nouvelle-France, puis au Kamouraska et dans la Grande-Anse.

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Explorez les circuits Émond et Miville-Deschênes sur passeursdememoire.com. 

Parcours Fil Rouge vous invite aussi à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse sur passeursdememoire.com. Des capsules gratuites enrichissent l’expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l’histoire des Émond au Kamouraska

Source : Carte du circuit « Passeurs de mémoire Émond » au Kamouraska


L’histoire des Émond au Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes … 

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins, portez ces noms souvent familiers. Avec “Passeurs de mémoire”, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

La Nouvelle-France

 Émond (Esmond) naît vers 1664 à Rochefort, en Charente-Maritime. En 1681, il travaille comme domestique chez Pierre Maufils sur la côte de Beaupré. Pierre épouse Agnès Grondin le 31 janvier 1690. Fille de Jean Grondin et de Sainte Mignault, elle est née à Beauport en 1673. Le mariage est célébré à Rivière-Ouelle.

Pierre Émond est le premier à obtenir une concession à Kamouraska le 29 juillet 1694. Avant 1710, il acquiert également une terre dans l’Anse-aux-Iroquois de la seigneurie de la Bouteillerie. Comme d’autres arrivants, il pourrait avoir été attiré par l’abondance des terres arables ou par le potentiel de la pêche et de la chasse pour subvenir à ses besoins. Durant cette période de peuplement, il côtoie des Malécites et des Micmacs qui fréquentent cette partie de la Côte-du-Sud.

Les descendants

Sept des dix enfants du couple s’établissent à l’extérieur de la région, aussi loin que Saint-Eustache, Saint-Ours, Québec et Bellechasse. À la génération suivante, seules trois familles Émond vivent dans le Kamouraska. Parmi les nombreux descendants de Pierre Émond et Agnès Grondin, soulignons quelques noms connus, tels les cinéastes Anne et Bernard Émond et le chroniqueur sportif Guy Émond. À la fin du XXe siècle, le patronyme Émond figure au 175e rang des noms de famille du Québec».


Écoutez l’histoire des Miville-Deschênes du Kamouraska

Source : Carte du circuit « Passeurs de mémoire Miville-Deschênes » au Kamouraska

L’histoire des Miville-Deschênes du Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes … 

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins, portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

La Nouvelle-France

 Miville, né en Suisse vers 1602, est maître-menuisier et s’enrôle, comme plusieurs de ses compatriotes, dans l’armée française en tant que mercenaire. Vers 1630, il épouse Charlotte Maugis (Mauger), originaire de Brouage, patrie de Samuel de Champlain. Tous les enfants du couple y naissent.

À l’été 1649, la famille entreprend la traversée jusqu’en Nouvelle-France depuis La Rochelle. Il s’agirait de l’une des plus nombreuses familles à s’établir dans la colonie. Peu après leur arrivée, on concède à Pierre Miville et à son fils François une terre à Lauzon et une autre à Québec, à Place-Royale. 

Les descendants

Les six enfants du couple sont pionniers en Nouvelle-France. Les quatre filles se marient peu de temps après leur arrivée. Jacques reçoit une concession en 1674 dans la seigneurie de la Bouteillerie et François y réside en 1689. Vers 1665, le marquis Prouville de Tracy, conseiller du roi, concède à Pierre Miville et à d’autres Suisses, une terre à la Grande-Anse de La Pocatière appelée le canton des Suisses fribourgeois. Le projet n’est pas concluant et Miville retourne à Lauzon où il décède le 14 octobre 1669. 

Vers 1800, Pierre Miville et Charlotte Maugis occupent, au Québec, le 7e rang pour le nombre de descendants mariés. Ils comptent parmi les dix pionniers ayant fourni le plus grand nombre de descendants par leurs fils, mais aussi par leurs filles. Les Miville, Miville-Deschênes, Deschênes, Mainville ou Minville sont pour la plupart leurs descendants en ligne masculine directe. Parmi eux, soulignons quelques noms connus, tels que la compositrice et interprète Monique Miville-Deschênes et l’historien Gaston Deschênes».

Extrait de
Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle

Circuit Fil Rouge Rivière-Ouelle image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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