« On est en 1620. Monsieur Houël, qui est gouverneur de Rivière-du-Loup, est très malade. On a peur pour lui, on pense qu’il ne passera pas les prochains jours. Monsieur Houel demande à deux camarades (canawish en montagnais), un Français nommé Canotier et un Montagnais nommé Tshinepik, d’aller quérir sa femme à Québec.
Les deux canawish partent, se rendent à Québec et racontent à madame Houel la situation. Elle décide de partir sur-le-champ. Elle fait un léger bagage et emmène son garçon, son fils. Le trajet pour les conduire à Rivière-du-Loup se fait en canot parce qu’à l’époque on n’a pas d’autres voies pour se rendre ailleurs, donc il faut prendre le bateau pour aller à Rivière-du-Loup ou le canot. Donc, on part en canot et puis aux abords de Beauport, Harold, le jeune garçon de 10 ans, voit sur les eaux une dame blanche qui marche sur les eaux. Il a peur et Canotier va apprendre à tout le monde et à madame Houel que cette forme-là c’est la Jongleuse, la sorcière iroquoise qui convoite la vie des Blancs, la Matshi Skouéou.
La forme tranquillement s’estompe, disparaît. Les voyageurs font halte à l’Ile-aux-Oies pour se réchauffer. À l’Île-aux-Oies, pendant que Canotier est parti voir s’il n’y aurait pas des vivres quelque part sur l’île, les Iroquois attaquent. Ils vont scalper Tshinepik et enlèvent madame Houel et son fils. Ils les emmènent jusqu’à la pointe de la Ouelle. Et là, sous l’impulsion de la Jongleuse, ils vont pendre madame Houel à une branche de bouleau. Ils vont laisser le bout de la corde au jeune garçon. Si le jeune garçon échappe la corde, s’il succombe à la fatigue, sa mère va mourir. Devant ce supplice, la Jongleuse est folle de joie, tellement folle de joie, tellement heureuse qu’elle prend feu. Ses raquettes à neige sont en feu et s’incrustent dans les rochers.
Harold s’évanouit, lâche la corde au moment où Canotier arrive à son tour, tire du fusil pour chasser les Iroquois, et constate que madame Houel est morte. Il va enterrer la dépouille et s’occuper de ramener le jeune garçon à son père. La Jongleuse, elle, le soir de pleine lune, elle hante encore les lieux, les bords du fleuve, elle marche encore sur les eaux avec ses raquettes à neige et part toujours à la recherche des enfants imprudents.
Bonnes gens, prenez garde à vous ! »
Source audio : Pierre Lévesque raconte sa légende de la Jongleuse, 2015