Les grands feux de notre histoire

Au feu ! Au feu !

À La Pocatière, plusieurs incendies importants ont marqué l’histoire : certains bâtiments ont disparu, d’autres ont été sauvés de justesse, comme le Collège, dont l’aile centrale est ravagée par les flammes en 1920.

À une époque où les moyens de prévention sont rudimentaires, chaque cri d’alerte fait monter l’inquiétude. Le feu peut emporter une maison, une grange, ou pire, une l’église ou le presbytère.

Quand ça brûle, tout le monde s’y met : seaux, pelles, chaînes humaines… on fait avec ce qu’on a. Parfois, on arrive à maîtriser les flammes, parfois on n’y arrive pas.

Ces feux, nombreux au fil du temps, ont laissé leur trace dans les mémoires. 

Source image : Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, entre 1900 et 1909. Photo : éditeur Dionne et Leclerc, L’Islet, BAnQ


Recommencer

Après l’incendie au Collège, en 1920, on se mobilise rapidement pour sauver ce qui peut l’être et lancer la reconstruction. 

La tâche est confiée à l’architecte Pierre Lévesque, originaire de L’Islet. 

Déjà associé à l’agrandissement du collège avant le sinistre, il conçoit la façade monumentale achevée en 1923, et la reconstruction des ailes Painchaud, Mailloux et Saint-Antoine.

Même si son mentor, David Ouellet, avait travaillé sur certaines parties entre 1913 et 1918, c’est Lévesque qui donne au Collège son allure actuelle.

La reconstruction demande des moyens importants : collectes, dons d’anciens élèves, soutien de la communauté. 

Source image : Construction de l’aile Saint-Antoine à la suite de l’incendie du Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 1921. Photo : Archives de la Côte-du-Sud


Encore une fois

Source : : Vue de Ste. Anne de la Pocatière vers 1910. Musée McCord


Les lieux de prière

Vous préférez lire ? Voici la transcription de l’audio

« De chapelle à cathédrale ; les lieux de prière au fil des ans

Au début de la colonie, les habitants sont desservis par des prêtres missionnaires qui viennent deux fois par année dans la seigneurie. Ils partent de Québec et couvrent tout le territoire compris entre la Rivière-du-Sud, aujourd’hui Montmagny, et Rivière-du-Loup. 

En 1715, une première chapelle est construite dans l’ouest de la paroisse où nous retrouvons aujourd’hui une petite chapelle commémorative au sud de la route 132. Puis une église de pierre y est érigée en 1735. 31 ans plus tard, un incendie la détruit. On sauve tout le mobilier, sauf le retable. On reconstruit immédiatement sur les mêmes murs de pierres, car seul le bois a brûlé.

Églises successives

En 1800, à la suite d’une pétition de paroissiens qui désirent une nouvelle église dans un endroit plus central, un quatrième lieu de culte ouvre à quelques pieds au nord-ouest de la cathédrale actuelle. Il faut trois ans pour la construire. Son portail comportera une grande porte, deux “œils” [sic] de bouc et deux niches.

La nouvelle église devient rapidement trop petite et on érige, toujours sur le même site, une cinquième église, en 1845, selon les plans de l’architecte Thomas Baillairgé, fils du réputé peintre, sculpteur et architecte, François Baillairgé. 

La paroisse compte alors 3 000 âmes. L’église est l’une des plus riches de la province ! Grâce à la nouvelle décoration intérieure de l’église en 1901, Mgr Bégin dira qu’elle est maintenant l’une des plus brillantes de l’archidiocèse. 

Malheureusement, elle est rasée par les flammes, le 8 décembre 1917. On raconte que, durant l’incendie, les élèves du Collège entonnent le chant “Vers son sanctuaire”. 

Le clocher tombe. Les pompiers de Lévis arrivent par train, mais n’ont plus qu’à arroser la façade. Heureusement, tout n’est pas perdu, l’ameublement est sauvé, sauf l’orgue. 

Une sixième église est construite en 1918 selon les plans de l’architecte Pierre Lévesque. Contrairement à la tradition qui voulait que le chœur d’une église soit situé du côté du soleil levant, pour symboliser le Christ lumière du monde, la façade de cette nouvelle église fait face au fleuve et le chœur est tourné vers le sud. C’est une église majestueuse de style roman renaissance coiffée de deux clochers.

Encore une fois, le malheur frappe, et l’église brûle le 2 avril 1948. Heureusement, tout l’ameublement est sauvé à nouveau, sauf l’orgue. Comme l’église n’est pas terminée de payer, l’évêque ne permet pas la reconstruction immédiate. Il faut d’abord renflouer les coffres. En attendant, seul le soubassement de la future église est érigé. Nous pouvons encore de nos jours apercevoir les traces de ce bâtiment en tournant notre regard vers les fondations. Regardez bien, ce sont les pierres grises.

D’église à cathédrale

Avant 1951, la paroisse de Sainte-Anne relève du diocèse de Québec. En 1951, la bulle d’érection du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière est donnée. Le territoire du nouveau diocèse comprend les comtés de Montmagny, L’Islet, Kamouraska ainsi qu’une partie de Rivière-du-Loup. Le siège épiscopal de l’évêque se situe dans l’église de Sainte-Anne, la septième église sera donc une cathédrale !

Érigée en 1969 selon les plans des architectes Lagacé et Massicotte, elle est réalisée par l’entrepreneur Paul Martin de La Pocatière. C’est un édifice moderne conçu dans l’esprit du renouveau de Vatican II. Pour symboliser cette volonté, la nef est placée dans le sens de la largeur et non de la longueur, ce qui permet de rapprocher les fidèles du célébrant. 

Extrait radio Vatican II

Sous la cathédrale reposent deux des anciens évêques du diocèse, Mgr Bruno Desrochers et Mgr Charles-Henri Lévesque. Les cloches de l’église portent affectueusement le prénom de ces deux évêques et de la protectrice de la paroisse : Bruno, Charles-Henri et Anne. 

Selon l’heure de la journée où vous faites votre circuit, la cathédrale peut être ouverte. Entrez doucement par la porte de côté qui est protégée par une verrière. Prenez le temps d’admirer le chemin de croix du sculpteur André Médard Bourgault, les statuaires de Jean-Julien Bourgault et de Benoi Deschênes, tous trois de réputés sculpteurs de Saint-Jean-Port-Joli. 

Savourez le calme de cet endroit de prière. Prenez votre temps. Je vous attends sur la 4e avenue Painchaud, la rue commerciale que vous trouverez à votre droite en sortant de la Cathédrale.

Déambulez paisiblement et profitez-en pour entrer dans les commerces, il est peut-être temps de manger, ou avez-vous peut-être oublié quelque chose ? Qu’importe… nos commerçants sont là pour vous aider. On se rejoint tout au bout de la rue commerciale, près des Cours Painchaud. »

Source image : Vue de Ste. Anne de la Pocatière vers 1910. Musée McCord 

Sources audio et documentaires

Cantate ; Viens célébrer 160 ans de charité, au cœur de notre histoire : Sœurs de la Charité

Film Vatican II : Des images, des témoins, V. Beaulieu-Mathivet

Folklore québécois : Paul Dufault Charité, interprète

Jesus nahm zu sich die Zwölfe (Jésus prit avec lui les douze): Johann Sébastian Bach 

La Force du destin : Giuseppe Verdi

Lohengrin, acte 2 (piano) : Richard Wagner

O Haupt voll Blut und Wunden ; Premier livre de pièces de clavecin : François Couperin

Passion selon saint Matthieu : Johann Sebastian Bach, chorale

Sonate pour clarinette et piano : Francis Poulenc

Symphonie No. 3 en mi bémol majeur, Op. 55, « Héroïque », Marche funèbre (adagio assai) : Ludwig van Beethoven

Vers son sanctuaire : Marcel Mignault, interprète, 2017


Lettre de Lætitia Lizotte

Souvenirs du 8 décembre 1906

« Toujours, je me rappellerai, non sans un peu de frayeur, le 8 décembre 1906. C’était un samedi, la paroisse de Sainte-Anne fêtait, comme à l’ordinaire, la grande et belle fête de l’Immaculée Conception. Le soleil était radieux, le temps superbe bien que l’air fut un peu vif ; rien ne faisait prévoir la terrible catastrophe qui remplit d’épouvante, non seulement les habitants de notre beau et grand faubourg, mais tous ceux de la paroisse.

Au moment où toutes les jeunes filles enfants de Marie se préparaient à se rendre au pied des autels de leur bonne mère, un (sic) clameur se fit entendre : au feu ! Au feu ! Au feu chez Marie-Anne ! En quelques minutes tout un monde se réunit autour de la maison de pierres. Hommes, femmes, jeunes gens et jeunes filles, j’ajouterais même enfants tous se dévouent et essayent, mais en vain de contrôler les flammes qui déjà sortaient par la porte principale et par les châssis de la salle du conseil.

Vu le vent qui soufflait Sud-Ouest avec une grande force, le faubourg était en risque, mais la Sainte Vierge, la bonne Sainte-Anne et tous les Saints que nous vénérons dans notre église écoutèrent les supplications de notre vénéré curé et de quelques personnes pieuses qui se trouvaient réunies dans l’église.

Nos dévoués prêtres, monsieur le curé, monsieur le vicaire et plusieurs messieurs du Collège, étaient accourus sur les lieux de l’incendie. Leur présence réconforta un peu les personnes qui demeurent proches de la maison incendiée.

Rien n’était plus triste de voir ce grand brasier qui ne fait aujourd’hui de ces murs naguère si droits et si forts qu’un amoncellement de ruines encore fumantes. Que dira la détresse de monsieur et madame Sirois ! Ah ! Il est bien vrai que Dieu se plaît à éprouver les bons. »


La nouvelle église

Après plusieurs églises successives depuis le XVIIIᵉ siècle, la paroisse décide en 1845 d’en bâtir une nouvelle, plus solide et mieux adaptée au village en croissance.

On confie les plans à Thomas Baillargé, un architecte issu d’une famille d’artisans réputés. Petit-fils et fils de maîtres menuisiers, sculpteurs et architectes, il est reconnu pour son savoir-faire dans l’architecture religieuse.

Son église, sobre et bien proportionnée, devient rapidement un repère au cœur du village. Pendant plus de soixante-dix ans, elle accueille offices, mariages, baptêmes et autres moments marquants de la vie paroissiale, jusqu’au feu du 8 décembre 1917.

Source image : Incendie de l’église de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 8 décembre 1917. Photo : Archives de la Côte-du-Sud


Une autre église

Après l’incendie de 1917, qui détruit l’église de Baillargé, la paroisse confie la reconstruction à l’architecte Pierre Lévesque.

Formé auprès de David Ouellet, il appartient à une nouvelle génération qui délaisse les façades très ornées au profit de bâtiments plus sobres et adaptés aux moyens disponibles.

À La Pocatière, Lévesque conçoit une église aux volumes clairs, à la façade épurée et à la structure prévue pour être montée sans délai. 

Cette sixième église marque une transition visible dans le paysage architectural, jusqu’à ce qu’elle soit elle aussi détruite par un incendie en 1948.

Source image : Bénédiction de l’église de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 26 avril 1920. Photo : Archives de la Côte-du-Sud


Un autre malheur

Trente ans après l’incendie de 1917, l’histoire se répète. Le 2 avril 1948, en ouvrant les portes pour un cortège funéraire, un coup de vent soulève des tentures noires qui tombent sur des lampions du chœur.

Le feu prend si vite que, en moins de deux heures, les deux clochers s’effondrent et la charpente s’écroule.

Durant les semaines suivantes, les offices sont célébrés au Collège, seul endroit chauffé, assez grand et assez digne pour accueillir les paroissiens.

Les journaux rapportent qu’on y tient messes, mariages et funérailles, comme s’il s’agissait d’une église provisoire.

Très vite, on se demande s’il faut rebâtir tout de suite, ou attendre d’avoir les moyens.

Source image : Incendie de l’église de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 2 avril 1948. Photo : Archives de la Côte-du-Sud


La crypte

Plutôt que rebâtir immédiatement une nouvelle église, trop coûteuse, on décide de construire une crypte : un sous-bassement, solide, chauffé et fonctionnel, qui pourra un jour supporter une église.

Élevée sur l’emplacement de l’église incendiée, elle sert de base plutôt que de remplacement.

Les travaux commencent au printemps 1949, la pierre angulaire est bénie en octobre par le chanoine Théberge et la crypte est achevée en avril 1950.

Modeste, au plafond plus bas et aux bancs rapprochés et parfois un peu froide en hiver, elle accueille pourtant les paroissiens près de vingt ans, soit jusqu’à ce que le siège épiscopal, en 1951, rende une cathédrale nécessaire.

Source image : Sacre de Mgr Jean-Marie Fortier dans la crypte de la future cathédrale de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 1961. Photo : Léopold Michaud, Archives de la Côte-du-Sud

La cathédrale

La cathédrale Sainte-Anne est le huitième lieu de culte depuis la fondation de la paroisse en 1678.

Avant elle se sont succédé la première chapelle, en 1715, puis plusieurs églises reconstruites au fil des incendies ou des besoins, jusqu’à la crypte de 1950.

Les plans de la cathédrale sont confiés aux architectes Lagacé et Massicotte de Rivière-du-Loup. Leurs plans tranchent nettement avec ce que La Pocatière avait connu auparavant.

Plus simple, plus géométrique, et tournée vers les idées nouvelles du concile Vatican II, la cathédrale surprend.

Certains regrettent le bois sculpté et les dorures des autres églises ; d’autres y voient un bâtiment lumineux, moderne et adapté aux rassemblements d’un diocèse.

Source image : La cathédrale Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 1969-1970. Photo : Monique Bellemare, Les églises du Québec

Extrait de
Circuit Fil Rouge La Pocatière

Circuit Fil Rouge La Pocatière image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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