Naissance d'un beau village

Aux premiers temps de la colonie

À la fin des années 1670, les premiers colons s’établissent sur les terres fertiles qui deviendront La Pocatière dans la foulée du projet de l’intendant Talon de faire de la Nouvelle-France une colonie habitée et organisée plutôt qu’un comptoir de traite ou un avant-poste militaire.

Pour y parvenir, Talon favorise la création de seigneuries, encourage l’arrivée d’engagés sous contrat et soutient l’envoi des Filles du Roi pour fonder des familles.

Peu à peu, le territoire se transforme : du fleuve vers l’arrière-pays, la région devient un espace de vie permanent plutôt qu’un couloir de passage.

Source image : Timbre « Jean Talon », Canada : 5 ¢, 1962. Bibliothèque et Archives Canada


La seigneurie de La Pocatière

En 1672, peu avant son retour en France, l’intendant Talon concède plusieurs seigneuries, dont La Pocatière, accordée à Marie-Anne Juchereau, alors que la voisine La Bouteillerie revient à Jean-Baptiste Deschamps de la Bouteillerie.

Le territoire de La Pocatière provient de la vaste seigneurie de la Grande-Anse, accordée en 1656 à Nicolas Juchereau, l’un des premiers seigneurs de la Côte-du-Sud qui en avait cédé une partie en 1670 à son gendre Pollet de La Combe-Pocatière, époux de Marie-Anne.

Devenue veuve, Marie-Anne assume elle-même la charge de seigneuresse et, entre 1675 et 1680, elle attire les premiers colons : c’est alors que La Pocatière prend véritablement naissance.

Source image : Les terres de la Grande-Anse des Aulnaies et du Port-Joly, « Les premiers concessionnaires de La Pocatière », Léon Roy, 1951


Un territoire à occuper

Au départ, les habitations sont rares et dispersées : les chemins ne sont que des pistes et le fleuve sert d’abord de voie de circulation et d’axe d’échanges.

Les habitants profitent des prairies de grève salées, des sols fertiles, des forêts giboyeuses et des cours d’eau pour bâtir l’essentiel : maison, four, grange, clôture, puis viennent le puits, le potager, les premiers vergers…

Les recensements montrent un territoire encore largement forestier, mais en défrichement, où les familles occupent progressivement des bandes de terres alignées perpendiculairement au fleuve, selon le modèle seigneurial qui s’impose dans la vallée du Saint-Laurent.

Source image : Au bord du fleuve à La Pocatière


Le premier centre de gravité

Avant que La Pocatière n’ait sa propre église et son cimetière, les habitants doivent se rendre à Rivière-Ouelle pour la messe, les baptêmes, les mariages et les funérailles.

Le trajet prend de deux à trois heures de marche. On s’y rend à pied, en raquettes, en canot ou à cheval, selon la saison, les marées, l’état du chemin et l’humeur du vent. Le lieu devient un espace d’échanges, de nouvelles et de troc.

Fait particulier : contrairement à d’autres seigneuries, Rivière-Ouelle se développe d’abord le long de la rivière, là où les terres sont plus riches et mieux drainées, plutôt qu’en bordure du fleuve,

Pendant ces premières décennies, Rivière-Ouelle est un point d’ancrage.

Source image : Scène d’hiver, Inconnu, d’après Cornelius Krieghoff, 1847 (retouchée)


La paroisse Notre-Dame-de-Liesse

En 1685, les premiers registres paroissiaux s’ouvrent à Rivière-Ouelle. Le 7 janvier, on y consigne le baptême de Louise Grondin, née à la Grande-Anse de La Pocatière. Quelques jours plus tard, s’ajoute le mariage de Nicolas Durand et Marguerite Huot, elle aussi issue de la Grande-Anse.

Ces premiers actes montrent bien qu’avant d’avoir leur propre église et leurs registres, les familles de La Pocatière devaient se rendre à Rivière-Ouelle pour faire inscrire baptêmes, mariages…

En 1689, arrive le premier curé résident, Pierre de Francheville, formé au Séminaire de Québec et ancien secrétaire de Mgr de Laval.

La chapelle sera ensuite remplacée par une église vers la fin du XVIIᵉ siècle, confirmant Rivière-Ouelle comme centre religieux et administratif pour une vaste portion de la côte.

Source image : Le presbytère, église et couvent de Rivière-Ouelle, 1877. Photo : Archives de la Côte-du-Sud


Un village prend forme

Source : Le village de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, entre 1903 et 1917. BAnQ


La naissance du village

Vous préférez lire ? Voici la transcription de l’audio

« Avant les années 1800, les villages n’existent pas vraiment au Bas-Canada. Pour encourager la colonisation, une ordonnance de 1745 défend aux habitants de bâtir sur des terres à moins qu’elles n’aient un arpent et demi de front. Un arpent et demi équivaut à 88 mètres ou si vous préférez à 288 pieds.

Comme vous pouvez le déduire, c’est pour encourager l’occupation du territoire et non pas sa densification.

À la campagne, chaque individu qu’il soit marchand, artisan ou notaire doit donc cultiver pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais vers 1760, on ne respecte plus l’ordonnance et le bien paternel se morcelle en plus petites terres.

Le cultivateur fait instruire certains de ses fils, souvent avec l’aide du curé. Les hommes de profession se multiplient alors et les marchands de campagne augmentent.

Au début du XIXe siècle, une économie de marché se développe ; la population croît et l’on voit apparaître alentour des églises de vrais villages où s’installent des artisans, des marchands et des notables qui ne vivent que de leurs occupations professionnelles sans avoir une terre à cultiver.

Au tournant du XVIIe siècle, alors que l’on construit le quatrième lieu de culte, il y a six maisons de ferme de la montagne du Collège jusqu’à environ 500 mètres plus à l’est d’où nous sommes présentement. Elles appartiennent aux Grondin, Morin, Pelletier, Lagacé et Hudon.

Les cultivateurs les plus près de l’église commencent à louer de petits terrains de 100 pieds par 100 pieds et tranquillement un chemin s’ouvre à l’est de l’église ; on l’appelle le chemin des Côtes.

Parmi les premiers à s’installer, il y a dans le haut de la côte près de l’église, le menuisier Abraham Dion et le cordonnier Hilaire Hudon, puis en descendant vers l’est, le marchand François Miville et le forgeron Honoré Ouellet. 

En 1867, on dénombre 110 maisons dans le centre du village.

« Pendant 75 ans et jusqu’en 1969, la loi provinciale stipule que ce sont les municipalités qui décident des heures d’ouverture des commerces. À Sainte-Anne-de-la-Pocatière, les commerces doivent fermer le jour de la fête de la sainte patronne, soit le 26 juillet, sous peine d’amende. 

Écoutons maintenant madame Douville nous raconter ses souvenirs de jeunesse des années 1940, alors que la Deuxième Guerre mondiale frappe l’Europe.

Témoignage de Mme Douville 

Dernière station. Reprenez la route vers l’est. Au feu de circulation, tournez à droite et remontez le boulevard jusqu’aux quatre chemins où d’un côté vous verrez l’hôtel de ville et, de l’autre le Centre Bombardier bâti en 2009. Bonne marche ! » 

Source image : Le défrichement. Lamontagne et Duchesne

Sources audio 

Bonsoir de Rosemonde Gérard, compositeur : Tiarko Richepin, interprète : Guy Berry

La Parenté de Jean-Paul Filion, compositeur : Jean-Paul Filion, interprète : Jacques Labrecque

La vieille maison grise d’André Messager, compositeur : André Messager, Interprète : Georges Thill

Le commerçant des rues : La Bolduc 


Un premier noyau paroissial

Autour de 1700, la Grande-Anse de La Pocatière réunit une trentaine de familles, soit environ deux cents habitants.

En 1694, la paroisse Sainte-Anne-de-la-Pocatière est officiellement érigée et, vers 1715, une chapelle de bois, un presbytère et un petit cimetière, au « haut de Sainte-Anne », forment un premier noyau autour duquel la communauté se rassemble.

En 1716, En 1716, les registres paroissiaux s’ouvrent. L’année suivante, le curé résident, Jean-Pierre de Miniac, s’installe pour de bon, offrant une présence religieuse régulière.

Source image : Chapelle du premier cimetière de Sainte-Anne. Photo : Tourisme Kamouraska


Une trame en ruban

À partir de 1717, les habitants se réunissent pour la messe du dimanche, les fêtes, les processions et les assemblées de fabrique, ce qui renforce les liens.

La population augmente progressivement. Même si les registres et recensements restent fragmentaires avant 1800, on voit le village passer de quelques familles isolées à près d’une centaine vers 1750. 

La vie ne s’organise pas seulement autour de la religion, elle s’appuie aussi sur des projets, comme l’entretien du cimetière ou la construction des digues et chemins pour protéger les terres basses du fleuve.

Source image : La Pocatière vue du ciel. Photo : Ville La Pocatière


Des fermes au bourg

Les terres sont attribuées en bandes étroites et longues, qui s’étirent du fleuve vers l’intérieur. Chaque famille a ainsi accès à l’eau et aux ressources essentielles.

Résultat : les maisons et les champs forment un long ruban le long du Saint-Laurent, un tracé que se lit encore aujourd’hui dans le paysage.

Peu à peu, certaines maisons se rapprochent de l’église, le long du futur chemin des Côtes. 

Ce n’est pas encore un village, mais ce noyau autour du lieu de culte marque le début d’une vie de village.

Source image : La Pocatière, en bordure du fleuve. Photo : Parcours Fil Rouge, 2024


Un centre s’organise

Au début des années 1800, un tournant s’opère. Pour la première fois, certains habitants s’installent près de l’église sans terre à cultiver : marchand, aubergiste, cordonnier, maître d’école…

L’ordonnance royale de 1745, qui exigeait un arpent et demi pour bâtir, n’est plus appliquée : les lots se resserrent, les maisons se touchent presque, et la rue prend forme.

Les usages changent aussi : on vient ici acheter, apprendre, régler une affaire, recevoir du courrier ou signer un contrat. 

Peu à peu, Sainte-Anne-de-la-Pocatière devient vraiment un village.

Source image : Vue de la façade nord du collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 1840. Photo : BAnQ


Un pôle régional

À partir du milieu du XIXᵉ siècle, Sainte-Anne-de-la-Pocatière change d’échelle : commerces, ateliers, auberges et services se multiplient, tandis que le Collège poursuit son essor.

En 1859, sous l’impulsion de François Pilote, naît l’École d’agriculture, la première du genre au Canada, dotée d’une ferme modèle où l’on expérimente cultures, élevage et nouvelles méthodes.

Les dénombrements de 1861 à 1956 révèlent une croissance soutenue : la population dépasse 4 000 habitants avant la séparation administrative de 1961.

À ce moment, Sainte-Anne-de-la-Pocatière n’est plus un village : c’est un pôle du Kamouraska.

Source image : Sainte-Anne-de-la-Pocatière, à l’époque 1856-188. BAnQ

La modernité

Au tournant du XXᵉ siècle, l’enseignement devient un moteur de transformation à Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

Autour du Collège classique et de l’École d’agriculture se forment une ferme-école, des laboratoires, des résidences et des services, mais aussi quelque chose de plus rare : un lieu d’échanges scientifiques. 

On y teste de nouvelles semences, on améliore les techniques d’arpentage, on publie des bulletins agricoles lus jusqu’en Ontario et au Nouveau-Brunswick.

Cette circulation des idées prépare le terrain à l’innovation industrielle : Moto-Ski, puis Bombardier… et aujourd’hui Alstom et ses partenaires technologiques.

Source image : Village de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, École d’Agriculture, Église et Collège Classique vers 1910. BAnQ

Extrait de
Circuit Fil Rouge La Pocatière

Circuit Fil Rouge La Pocatière image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
Directions

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