Société

1672 : naissance de la seigneurie de la Bouteillerie

Bien visible depuis le belvédère, le vaste fief de la Bouteillerie, réparti de part et d’autre de la rivière Ouelle, est concédé à Jean-Baptiste-François Deschamps de la Bouteillerie le 29 octobre 1672 par l’intendant Jean Talon.

Avec La Pocatière, c’est l’une des premières seigneuries du Kamouraska, au cœur d’un réseau de concessions confiées aux familles Deschamps, La Chesnaye et Juchereau.

Deschamps, seigneur bâtisseur, attire rapidement maçons, charpentiers, boulangers et fait ériger une chapelle et un cimetière, laissant une empreinte durable sur le territoire.

Source image : Seigneurie de la Bouteillerie, plaque commémorative, cimetière Notre-Dame-de-Liesse. Photo : Municipalité de Rivière-Ouelle


Peupler et bâtir : la stratégie de Jean Talon

La concession de la seigneurie de la Bouteillerie s’inscrit dans un vaste projet de colonisation.

En 1665, Talon vise à renforcer l’autosuffisance et la cohésion de la colonie par la multiplication des concessions et l’arrivée d’immigrants engagés ou de Filles du Roi.

Issues de milieux modestes, ces pionnières voient leur traversée, leur dot et leur installation financées par le roi.

Les engagés, appelés « trente-six mois », signent un contrat de trois ans, reçoivent logement, nourriture et vêtements.

Beaucoup choisissent de rester, contribuant durablement à la croissance des seigneuries du Kamouraska et de la Grande-Anse.

Source texte : André Vachon, « TALON, JEAN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003
 

Source image : Jean Talon, Claude François (dit Frère Luc). Monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec


Deschamps : un seigneur bâtisseur

La seigneurie de la Bouteillerie s’étend alors sur un vaste territoire visible depuis le belvédère jusqu’aux contreforts des montagnes. 

1671

Deschamps, arrive avec artisans et manœuvres. Il s’investit pleinement dans le développement de son domaine. 

Marié à Catherine-Gertrude Macard, puis, après 20 ans de veuvage, à Jeanne Chevalier, ancêtre de la majorité des Lévesque du Québec, il incarne la ténacité des premiers colons.

1703

Deschamps meurt peu après son mariage, laissant la seigneurie à ses fils Charles-Joseph et Henri-Louis. 

Depuis 2022

Un monument du 350ᵉ anniversaire de la seigneurie rend hommage à cette lignée fondatrice.

Source texte : Nive Voisine, « DESCHAMPS DE LA BOUTEILLERIE, JEAN-BAPTISTE-FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003 

Source image : Épitaphe de François Deschamps, cimetière Notre-Dame-de-Liesse. Photo : Parcours Fil Rouge, 2019


Passeurs de mémoire : Deschamps

La famille Deschamps occupe une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offrent un regard inédit sur le Belvédère de la Croix et son histoire. 

Écoutez le récit de l'arrivée de cette famille en Nouvelle-France, puis au Kamouraska.

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Explorez le circuit Deschamps sur passeursdememoire.com.

Parcours Fil Rouge vous invite aussi à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse sur passeursdememoire.com. Des capsules gratuites enrichissent l’expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l’histoire des Deschamps du Kamouraska

Source : Carte du circuit "Passeurs de mémoire Deschamps" du Kamouraska


L’histoire des Deschamps du Kamouraska (texte de l'audio)

«Un terreau fertile pour des racines profondes …

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société.

Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins, portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans votre région d’origine.

1646

Issu d’une famille de noblesse ancienne, Jean-Baptiste-François Deschamps né en 1646, à Cliponville, en Normandie. En 1671, il s’embarque pour la Nouvelle-France. Deschamps s’établit d’abord à Québec et l’année suivante, soit le 24 octobre 1672, il épouse Gertrude Macard (Macart), elle est la fille de Marguerite Couillard et de Nicolas Macard, commis pour la Compagnie des Cent-Associés. 

Concession d'une seigneurie

Cette union favorise l’intégration de Jean-Baptiste-François à l’élite coloniale. Quelques jours après son mariage, le 29 octobre 1672, l’Intendant Talon lui concède la seigneurie de la Bouteillerie, aussi appelée de la Rivière-Ouelle. Deschamps y habite et, en quelques années, il regroupe une dizaine de familles. 

Cette union favorise l’intégration de Jean-Baptiste-François à l’élite coloniale. Quelques jours après son mariage, soit le 29 octobre 1672, l’Intendant Talon lui concède la seigneurie de La Bouteillerie, aussi appelée de la Rivière-Ouelle. Ce n’est pas tant le nombre de descendants qui confère à Deschamps une place toute spéciale dans Passeurs de Mémoire, mais bien sa contribution au développement de sa seigneurie ainsi que la nature des liens qu’il entretient avec ses censitaires. L’historien Nive Voisine le présente comme « […] un des rares hommes de sa condition à se consacrer uniquement à sa seigneurie et à la développer d’une façon rapide. [Il]passe sa vie à la Rivière-Ouelle parmi ses censitaires qui augmentent lentement en nombre et totalisent 105 âmes en 1698 et 302 en 1739. » 

La famille Deschamps

Du mariage de Catherine Macard et de Jean-Baptiste-François Deschamps naissent six enfants dont Charles, chanoine de la cathédrale de Québec, et Henri Louis, sieur de Boishébert, héritier de la seigneurie de La Bouteillerie et époux d’une des filles de Claude de Ramezay qui fut gouverneur de Trois-Rivières et de Montréal. En 1701, soit bien après le décès de sa femme Catherine, en 1681, Deschamps épouse Jeanne Chevalier, veuve de Robert Lévesque, un des premiers colons établis dans sa seigneurie. 

Deschamps est inhumé le 16 décembre 1703 à Rivière-Ouelle sous son banc seigneurial. Ses descendants, peu nombreux, s’établissent dans la région de Montréal. Une seigneurie, une municipalité et une rivière sont porteurs du nom de La Bouteillerie. »


L’essor de la seigneurie

Henri-Louis Deschamps de Boishébert (1679-1736), fils du premier mariage de Jean-Baptiste-François Deschamps, sert dans les troupes de la Marine et devient capitaine, puis commandant du poste de Détroit.

Héritier de la seigneurie qu’il possède jusqu’à son décès, il la consolide par l’agriculture et la pêche.

Son mariage en 1721 avec Geneviève de Ramezay, fille du gouverneur de Montréal, renforce l’influence de la famille.

Sous leur gouverne, la population et la prospérité croissent rapidement.

Source contenu : Yves F. Zoltvany, « DESCHAMPS DE BOISHÉBERT, HENRI-LOUIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003 

Source image : Henri-Louis Deschamps de Boishébert. Archives de la Ville de Montréal


La seigneuresse

Geneviève de Ramezay (1699-1769) est la fille de Claude de Ramezay, gouverneur de Montréal, et de Charlotte Denys.  

En 1721 à Montréal, elle épouse Henri-Louis Deschamps. 

Veuve, Geneviève de Ramezay prend les rênes de la Bouteillerie. Elle obtient une concession de pêche au loup-marin sur la côte du Labrador et veille à la gestion de ses terres.

À sa mort, son fils Charles, qui avait embrassé la carrière militaire, reprend la gestion de la seigneurie.

Installé en France après 1760, il n’aurait jamais foulé les terres de La Bouteillerie.

Source image : Devant le Château Ramezay, rue Notre-Dame, Montréal, vers 1870. Photo : James George Parks, Musée Mc Cord Stewart


La conquête

Le belvédère surplombe les terres où, le 9 septembre 1759, les troupes britanniques débarquent à Kamouraska. 

En quatre jours, elles incendient plus de 400 bâtiments, une goélette et six chaloupes, font un prisonnier et causent plusieurs morts des deux côtés. 

Les habitants se réfugient dans les terres, fuyant les combats et la fumée. Les troupes poursuivent vers Québec, laissant une côte dévastée. 

Depuis le belvédère, on peut imaginer l’ampleur des dommages subis dans la région.

 

Source image : Vue de la prise de Québec, le 13 septembre 1759. Hervey Smyth [sic] (1734-1811). Ministère de la Défense nationale du Canada


Des nobles aux marchands : l’ère Perrault

Après la Conquête, les seigneuries ne se transmettent plus automatiquement par héritage, mais se vendent et s’achètent.

En 1774, le négociant Guillaume-Michel Perrault (1726-1790) acquiert la Bouteillerie. Son neveu Jacques-Nicolas Perrault (1750-1812) lui succède. 

Marié successivement à Marie-Anne Amiot, puis à Thérèse-Esther Hausman, veuve du marchand Pierre Florence, il transforme le manoir d’Airvault, bâti par ce dernier, en résidence seigneuriale.

Sous sa gestion, le domaine retrouve vigueur et s’intègre pleinement aux réseaux commerciaux dynamiques de la région.

À sa mort, la seigneurie passe à ses frères, qui la vendent ensuite aux Casgrain.

Source contenu : Pierre Matteau, « PERRAULT, JACQUES-NICOLAS (Perrault l’aîné) (1750-1812) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003  

Source image : Manoir d’Airvault au XIXe siècle. Souvenances canadiennes, Henri-Raymond Casgrain


Les Casgrain

Vers 1790, la seigneurie passe à Pierre Casgrain (1771-1828), figure marquante de la Côte-du-Sud. 

Son fils, Pierre-Thomas Casgrain, hérite de la seigneurie et assure une transition vers la modernité en devenant le premier maire de Rivière-Ouelle après l’abolition du régime seigneurial.

Les Casgrain comptent parmi leurs descendants Henri-Raymond Casgrain, historien, Luc Letellier, lieutenant-gouverneur, Horace Bélanger, marchand de fourrures. 

Pendant 42 ans, les Casgrain marqueront profondément la seigneurie, prolongeant l’héritage des Deschamps et des Perrault.

Source contenu : Serge Gagnon, « CASGRAIN, PIERRE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003 

Source image : Pierre Casgrain. Photo : BAnQ, P1000, S4, D83, PC43-1


Naissance des paroisses

Face à la croissance démographique et à la pression sur les terres arables, la seigneurie de la Bouteillerie se fragmente progressivement en plusieurs paroisses distinctes, reflétant une progression vers l’intérieur des terres.

Rivière-Ouelle, foyer initial de peuplement, sentinelle historique, donne naissance aux nouvelles paroisses de Saint-Denis, Saint-Pacôme, Mont-Carmel, Saint-Philippe-de-Néri et Saint-Gabriel-Lalemant.

Ce découpage témoigne d’un enracinement profond des familles dans des territoires auparavant peu exploités, offrant un cadre organisé où la vie sociale, religieuse et économique se structure peu à peu.

Cette dynamique spatiale illustre comment les habitants ont su s’adapter et repousser leurs frontières selon leurs besoins, donnant forme au tissu humain et territorial du Kamouraska d’aujourd’hui.

Source texte : Magnan, Hormisdas, Dictionnaire historique et géographique des paroisses, missions et municipalités de la Province de Québec, 1925

Source image : Le presbytère, l’église et le couvent, vers 1943. Photo : Municipalité de Rivière-Ouelle

Croître, partir, revenir : mouvements de population

De 62 habitants en 1681 à près de 4 000 en 1831, la seigneurie de la Bouteillerie connaît une croissance rapide. 

Les paroisses se multiplient et les familles s’enracinent, portées par une natalité vigoureuse.

Puis vient le grand exode vers les États-Unis (1840-1930) : la pauvreté rurale pousse près de 900 000 Québécois à chercher du travail dans les manufactures de la Nouvelle-Angleterre.

Malgré la distance, plusieurs conservent un attachement profond à leur terre d’origine. Certains reviennent, d’autres envoient de l’argent, tous entretiennent la mémoire du pays.

Ces allers-retours façonnent la culture du Kamouraska, entre enracinement et ouverture sur le monde.

Source image : La seigneurie de La Bouteillerie et les environs en 1825. Plan de la province du Bas-Canada. BAnQ Québec E21-S555-SS1-SSS24-P10

Extrait de
Circuit Fil Rouge Belvédère de la Croix

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Présenté par : Parcours Fil Rouge
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