Terre

Une mémoire de 8 000 ans

Depuis le Belvédère de la Croix, on distingue l’immense tapis sombre de la tourbière de Rivière-Ouelle, née il y a 8000 ans dans une cuvette glaciaire.

Contrairement aux vastes tourbières boréales, souvent isolées, celles du Kamouraska sont plus accessibles, de dimensions modestes et exploitées très tôt par les habitants.

Ces milieux humides, où s’accumulent lentement sphaignes et végétaux, forment des sols épais qui retiennent l’eau, stockent le carbone et préservent la mémoire du paysage.

Source contenu: Les tourbières du Canada, Faune et flore du pays, fédération canadienne de la faune. Repéré à http://www. hww.ca/fr/espaces-sauvages/les-tourbieres-du-canada .html

Source image : La tourbière vue du Belvédère de la Croix de Saint-Pacôme. Photo : Christian Dionne, 2015


Quand la tourbe s’embrase

En juin 2020, depuis ce promontoire, on voyait les flammes et la fumée du spectaculaire incendie qui a ravagé les Tourbières Lambert à Rivière-Ouelle.

Quand elles s’assèchent, ces terres riches en carbone s’enflamment comme une poudrière, libérant d’immenses panaches de fumée et de gaz à effet de serre.

Cet épisode rappelle que les tourbières, poumons du climat et refuges pour la biodiversité, restent parmi les milieux les plus fragiles et vulnérables au changement.

La protection et la restauration de ces écosystèmes deviennent ainsi une priorité environnementale.

Source image : La tourbière en feu vue du Belvédère de la Croix, 2020.
Photo : Parcours Fil Rouge


Le travail des hommes

En 1960, les ouvriers de Rivière-Ouelle s’alignaient dans les tranchées pour découper la tourbe à la force des bras et à la pelle.

L’été, au petit matin, une cinquantaine d’hommes travaillaient dans la chaleur suffocante. Pour se donner du courage, certains plantaient trois bouteilles de bière dans la mousse : chaque arrêt devait attendre la bouteille suivante, la dernière fixant la fin de la journée. 

Avec le temps, ces travaux éreintants ont été remplacés par des tracteurs modernes et de grands wagons qui transportaient la tourbe vers les lieux de séchage.

Source image : Travailleurs dans le champ de tourbe de Tourbières Lambert à Rivière-Ouelle. Photo : Raymond Boutet, 1960, Archives de la Côte-du-Sud


Du champ aux buttes

En 1946, les ouvriers disposaient la tourbe en longues rangées pour la laisser sécher au vent et au soleil.

Une fois prête, elle servait de combustible ou d’amendement agricole, c’est-à-dire une matière améliorant la qualité et la fertilité des sols.

Puis les gigantesques « aspirateurs à tourbe » se sont mis à sculpter des buttes régulières, donnant au paysage une allure presque géométrique.

Cette transformation a inspiré en 2020 le court-métrage Buttes de Nicolas Paquet et Tom Jacques, où la machine devient l’acteur principal d’une danse mécanique.

Site externe à BaladoDécouverte : Voyez le film « Buttes » de l’ONF (connexion Internet requise).

Source image : Séchage de la tourbe à Rivière-Ouelle, 1946. Photo : Frs. Fleury Fonds ministère de la Culture et des Communications, Office du film du Québec, BAnQ


Une ressource aux mille usages

Photographiée en 1942, la tourbière de Rivière-Ouelle révèle les longues rangées de blocs mis à sécher sur place.

Une fois récoltée, lavée puis ensachée, la sphaigne donnait naissance au « mélange de culture », précieux pour les potagers, les fleurs et les vergers. 

Mais la tourbe ne se contente pas de nourrir la terre : grâce à sa capacité d’absorber l’eau et les liquides, elle sert aussi aux pompiers, à la marine, à la Garde côtière, aux chantiers de construction et même lors de catastrophes, comme les marées noires. 

Elle a ainsi trouvé sa place dans les usages quotidiens comme dans les grandes industries.

Source image : Tourbière à Rivière-Ouelle, 1942. Photo : H. Girard, Fonds ministère de la Culture et des Communications, Office du film du Québec, BAnQ


L’entreprise Lambert

Ce bâtiment des Tourbières Lambert, photographié à Rivière-Ouelle au début des années 1940, rappelle les débuts d’une belle aventure entrepreneuriale.

Fondée en 1928, la compagnie s’est imposée comme pionnière de l’exploitation industrielle de la tourbe en Amérique du Nord. 

Partie d’une production artisanale de sphaignes tamisées, elle développe rapidement des mélanges horticoles adaptés aux besoins des cultivateurs. 

Aujourd’hui, près de cent ans plus tard, Lambert reste un acteur majeur au Bas-Saint-Laurent et sur la Côte-Nord, perpétuant l’héritage d’un savoir-faire précieux.

Source image : Tourbière à Rivière-Ouelle, 1942. Photo : H. Girard, Fonds ministère de la Culture et des Communications, Office du film du Québec, BAnQ


Les cabourons : témoins de la mer de Champlain

Du belvédère, le regard embrasse la vaste plaine de la rivière Ouelle, le fleuve Saint-Laurent et les silhouettes des cabourons, collines de quartzite et grès formées il y a 500 millions d’années.

Restes de montagnes érodées et sculptées par la glace et la mer de Champlain, ces reliefs se dressent comme témoins millénaires de l’histoire géologique du Kamouraska.

Résistants à des millénaires d’érosion, ces monadnocks abritent une flore spécifique, comme la linaigrette et le thé du Labrador, et offrent des sentiers de randonnée.

En 1994, la menace d’une tour de communication sur le cabouron Mississippi, près de Saint-Germain-de-Kamouraska, suscite une mobilisation.

La Société des Cabourons du Mississippi acquiert et protège 115 arpents autour de ce site, aujourd’hui accessible via un sentier très fréquenté.

Ainsi, les cabourons incarnent la richesse géologique, écologique et culturelle unique de la région.

Source image : Les cabourons vus du Belvédère de la Croix de Saint-Pacôme. Photo : Claude Paradis, 2015


Le cabouron de Saint-André et la montagne à Coton

Parmi les reliefs visibles, le cabouron de Saint-André impressionne par sa silhouette en demi-cercle, qui lui a valu le surnom d’« amphithéâtre ». 

À l’est du belvédère, la montagne Blanche, à Saint-Pascal, a changé de nom au XIXᵉ siècle. Un ermite vêtu de blanc, connu comme le père Coton, y construisit une petite chapelle et devint une figure marquante, malgré la méfiance de certains habitants.

La montagne prit dès lors le nom de montagne à Coton, souvenir de cette légende locale.

Source image : L’Amphithéâtre de Saint-André. Photo : Nicolas Gagnon, 2009


La montagne à plusieurs noms

Entre Saint-Pacôme et La Pocatière, on trouve la montagne Thiboutot, anciennement montagne à Jean-Gosselin, puis à Boutot.

Pierre Thiboutot s’y établit en 1786, et la montagne appartient toujours à ses descendants, notamment Pantaléon Thiboutot, qui l’a transmise à son frère Paul-Eugène. 

La montagne Thiboutot était aussi appelée cabouron Sainte-Barbe, que les habitants invoquaient pour se protéger de la foudre. Ils l’appelaient également la montagne du Midi. 

Dominant la vallée depuis des générations, la montagne rappelle la force d’attachement des familles pionnières à leur territoire.

Source image : Les cabourons de la montagne Thiboutot. Photo : Claude Paradis, 2015


Passeurs de mémoire : Plourde et Thiboutot

Les familles Plourde et Thiboutot occupent une place de choix dans les circuits virtuels Passeurs de mémoire, qui offrent un regard inédit sur le Belvédère de la Croix et son histoire. 

Écoutez le récit de leur arrivée en Nouvelle-France, puis au Kamouraska.

Également disponible

Site externe à BaladoDécouverte :

Explorez les circuits Plourde et Thiboutot sur passeursdememoire.com. 

Parcours Fil Rouge vous invite aussi à suivre la trace d’autres familles pionnières du Kamouraska et de la Grande-Anse liées au Belvédère de la Croix sur passeursdememoire.com (connexion Internet requise). Des capsules gratuites enrichissent l’expérience des circuits Passeurs de mémoire.


Écoutez l’histoire des Plourde du Kamouraska

Source : Carte du circuit "Passeurs de mémoire Plourde" au Kamouraska


L’histoire des Plourde du Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes …

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins, portez ces noms souvent familiers. Avec Passeurs de mémoire, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

Naissance de René Plourde

René Plourde (Pelourde) naît en 1667 près de Poitiers, en France. La première mention de sa présence en Nouvelle-France date de 1695 alors que le seigneur de Kamouraska, Charles-Aubert-de-la-Chesnaye, lui octroie un droit de propriété pour une terre de six arpents par trois donnant sur le fleuve et s’étirant jusqu’à la montagne qu’on nomme encore aujourd’hui “montagne à Plourde”, près de Saint-Germain. René est parmi les pionniers de cette seigneurie.

Comme d’autres arrivants, il pourrait avoir été attiré par l’abondance des terres arables ou le potentiel de la pêche et de la chasse pour subvenir à ses besoins. Durant cette période de peuplement, il côtoie des Malécites et des Micmacs qui fréquentent en saison cette partie de la Côte-du-Sud. Tel que mentionné dans le registre de Rivière-Ouelle le 18 août 1695, il est même le parrain d’un de leurs enfants âgé de trois ans à qui il donne son prénom.

Mariage

En 1697, il épouse Jeanne-Marguerite, fille des pionniers rivelois Damien Bérubé (Berrubey) et Jeanne Savonnet (Savonet). René Plourde et Jeanne-Marguerite Bérubé sont les ancêtres de tous les Plourde d’Amérique. Parmi leurs nombreux descendants, soulignons quelques noms connus tels l’animatrice Marie Plourde et les politiciens et hommes d’affaires Alfred et Jean-Claude Plourde dont on se souvient encore au Lac de l’Est, à Saint-Pacôme et à Mont Carmel.

De toutes les régions de la province, c’est au Bas-Saint-Laurent qu’on retrouve le plus de porteurs de ce nom.  

Plusieurs lieux portent le nom de Plourde dans la région : un pont à Rivière-Ouelle et deux rues à Saint-Pacôme et à Mont-Carmel et une montagne à Kamouraska. À la fin du XXe siècle, le patronyme Plourde figure au 195e rang des noms de famille du Québec».


Écoutez l’histoire des Thiboutot du Kamouraska

Source : Carte du circuit "Passeurs de mémoire Thiboutot" au Kamouraska

L’histoire des Thiboutot du Kamouraska (texte de l'audio)

« Un terreau fertile pour des racines profondes …

Des familles pionnières prennent racine dans la vallée du Saint-Laurent dès le premier quart du XVIIe siècle. D’abord concentrée autour de Québec, la migration touche les deux rives du fleuve et de ses affluents, créant au passage des seigneuries et des paroisses. Plusieurs régions deviennent le berceau de familles dont la nombreuse descendance anime toujours notre société. Peut-être vous-même, des parents, des amis ou des voisins portez ces noms souvent familiers. Avec “Passeurs de mémoire”, Parcours Fil Rouge vous invite à une grande fête de famille dans vos régions d’origine.

Naissance de Jacques Thiboutot

Jacques Thiboutot (Boutot), naît en 1649 à Cliponville en Normandie. La première mention de sa présence en Nouvelle-France date de 1670, il est alors connu comme boulanger. Le 4 septembre 1675, Jacques épouse Marie Boucher qui n’a que 12 ans. Elle est l’aînée de son ancien voisin sur la Côte-de-Beaupré : Galeran Boucher, fils du pionnier percheron Marin Boucher.

1676

Jacques s’établit dans la seigneurie de la Bouteillerie. Comme d’autres arrivants, il pourrait avoir été attiré par l’abondance des terres arables ou le potentiel de la pêche et de la chasse pour subvenir à ses besoins. Durant cette période de peuplement, il côtoie des Malécites et des Micmacs qui fréquentent la Côte-du-Sud.

Décès

Jacques décède en février 1688 sans doute des suites d’une épidémie. Cette soudaine disparition laisse à la jeune Marie la lourde la responsabilité de plusieurs enfants en bas âge. Quelques mois plus tard, le 21 juin 1688, Marie épouse François Autin et huit autres enfants naissent de cette seconde union.
Au fil des décennies, les Thiboutot jouent un rôle important dans l’agriculture à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Saint-Roch-des-Aulnaies, Saint-Jean-Port-Joli et Sainte-Hélène-de-Kamouraska.

Jacques et Marie sont les ancêtres des Thiboutot et Boutot d’Amérique. Parmi leurs descendants, soulignons quelques noms connus tels le comédien Yvon Thiboutot, que l’on voit principalement à la télévision dans les années 1960 et 1970, et le jeune athlète olympique Charles Philibert Thiboutot.

En 1911, 129 familles Thiboutot vivent au Québec. Les Thiboutot n’ont pas échappé à la vague d’émigration vers la Nouvelle-Angleterre. On retrouve encore aujourd’hui aux États-Unis des descendants de cette famille».

Extrait de
Circuit Fil Rouge Belvédère de la Croix

Circuit Fil Rouge Belvédère de la Croix image circuit

Présenté par : Parcours Fil Rouge
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