Le Parc Rye

Un nom rappelant l'époque de Maria Rye

Pendant un peu plus de 70 ans, des orphelins, des fugitifs et des enfants de la rue de Grande-Bretagne ont été amenés au Canada, où ils ont été formés pour travailler comme domestiques dans des foyers à travers le pays.

Niagara-on-the-Lake a joué un rôle important dans cette pratique. Maria Rye exploitait une installation appelée Our Western Home sur le terrain qui abrite maintenant le parc Rye.

Un esclave Afro-Amércain appelé Solomon Moseby

Au printemps de 1837, un esclave Afro-Amércain du nom de Solomon Moseby a pris le cheval de son maitre et s’est enfuit loin du Kentucky pour venir s'établir à Niagara, où il pouvait être libre. En quelques semaines , sa nouvelle liberté était cependant à nouveau menacée. Moseby a été pris au milieu d’un conflit qui mobilisait les Afro-Canadiens de la région de Niagara. Il s'est alors questionné à savoir si le Canada était véritablement un lieu de refuge pour ceux fuyant l’esclavage aux États-Unis.

Solomon Moseby : L’Émeute Solomon Moseby

Quatre ans avant l’arrivée de Moseby, le Haut-Canada a adopté une Loi sur les Criminels Fugitifs ce qui a permis que n’importe qui dans le Haut-Canada soit extradé pour être jugé s’ils étaient accusés d’avoir commis un crime très grave dans un autre pays.

En août 1837, l’ancien maitre de Solomon, David Castleman, est arrivé à Niagara avec un mandat d’arrêt pour Moseby et une demande d’extradition pour subir son procès à Kentucky. Castleman a juré devant un Juge de Paix de Niagara que le 14 mai 1837, Solomon Moseby a volé son cheval. Un mandat a été émis à Niagara pour l’arrestation de Moseby et il fut emprisonné.

Pour Moseby, ceci signifiait qu’il serait remis en esclavage.  Les Afro-Canadiens à Niagara craignaient les grandes implications de cette situation puisque beaucoup d’entre eux ont fui l’esclavage eux-mêmes. Si Moseby allait être retourné aux États-Unis pour son procès pour des crimes desquels il fut accusé, tout fugitif vivant au Canada pourrait être accusé faussement et extradé. Les habitants, Noirs et Blancs, dans la Ville et au Canton de Niagara ont écrit au Lieutenant-Gouverneur demandant qu’il ne signe pas les documents d’extradition.

Les nombres varient selon les sources, mais entre 200 et 400 Afro-Canadiens se sont rassemblés pour protester à la prison. (La population Noire résidente à Niagara à cette époque fut environ 400). C’était une manifestation pacifique, dans laquelle les femmes avaient un rôle principal. Le plan de départ était de recueillir assez d’argent pour couvrir le coût du cheval et d’obtenir la levée des accusations contre Moseby. Mais, le 12 septembre  l’ordre d’extradition arriva, aussitôt Moseby fut remis aux autorités Américaines.

A fur et à mesure que le wagon avec Solomon Moseby quittait la cour de la prison, Herbert Holmes, un des dirigeants et un enseignant local, a saisi les rênes d’un des chevaux. Un autre sympatisant, Jacob Green a poussé une traverse de clôture dans la roue pour arrêter le wagon.  Ensuite Chérif McLeod a donné l’ordre de tirer. Holmes a été fusillé et Green fut poignardé avec une baïonnette. Ils sont morts de leurs blessures. Deux autres ont été gravement blessés. Durant la bagarre, Moseby s’est enfui. Plusieurs ont été arrêtés mais seulement six hommes Noirs et quatre blancs ont subi des procès. La plupart des émeutiers mâles ont été accordé leur liberté s’ils servaient dans la milice,  qui était formée pour arrêter la rébellion du Haut-Canada.

Solomon Moseby ne se sentait plus en sécurité au Canada alors il est allé en Angleterre, mais selon un résident de Niagara  il a fini par revenir et a habité avec sa femme à St. Catharines et à Niagara.  Le  cas de Moseby a signalé une lacune importante quant à la Loi sur les Criminels Fugitifs de 1833 : une extradition pourrait mener à une peine dans un autre pays qui dépasserait ce qu’ils recevraient au Canada pour le même crime. Encore aujourd’hui ce cas a aidé à établir des politiques d’extradition Canadiennes et les politiques relatives aux réfugiés qui sont encore utilisées aujourd’hui.

Chercheurs de Liberté

Avant la Guerre Civile Américaine (1861-1865), des milliers de gens qui étaient esclaves dans le Sud des États-Unis ont fui pour trouver la liberté. Plusieurs sont venus au Canada. Certains chercheurs de liberté ont été aidés par les responsables du Chemin de Fer Clandestin, mais beaucoup d’autres ont retrouvé leur chemin au Canada sans aide, ou avec seulement la bonté par chance des étrangers qu’ils ont trouvé au cours de route. Ce n’est pas tout le monde qui a réussi à atteindre la liberté. Personne ne sait combien de gens ont été capturés et retournés en esclavage ou sont morts lors de leur cheminement.

Les Esclaves Africains étaient très utiles pour les propriétaires d’esclaves. Ils n’étaient pas payés pour leur travail. Hommes, femmes et enfants pourraient être achetés et vendus comme de la propriété et séparés de leurs familles. Souvent, ils étaient punis par fouet, ou en ayant un membre de leur famille vendu. Lorsque quelqu’un fuit, le propriétaire d’esclave voulait les trouver et les ramener, tout comme il le ferait avec un cheval ou une vache. Les chasseurs d’esclaves  étaient des chasseurs de primes qui étaient payés une prime pour avoir capturé les esclaves fugitifs et les retourner à ceux qui les possédaient légalement.

Dans quelques cas, un propriétaire d’esclave demanderait au gouvernement Canadien de retourner un réfugié pour qu’il puisse subir son procès aux États-Unis, souvent les accusant faussement de vol, meurtre ou autres crimes pour que leur extradition soit encore plus probable, comme nous avons vu dans le cas de Solomon Moseby.

Palais de Justice

Ceci était autrefois le Palais de Justice et la prison pour la Ville de Niagara-on-the-Lake, et c’est le palais de justice où Solomon Moseby fut amené après son arrestation. C’est ici que les membres de la communauté Noire se sont rassemblés pour protester et où l’émeute a éclaté menant à la fuite de Moseby.

En 1869, le palais de justice fut acheté par Maria Rye et transformé en  Our Western Home (Notre Maison de l’Ouest) qui accueillait des filles immigrées pauvres ou orphelines de Grande-Bretagne.

Le palais de justice et Our Western Home (Notre Maison de l’Ouest) n’existe plus, mais le lieu est marqué par Rye Park (le Parc Rye) et une plaque de la Fiducie du Patrimoine Ontarien.

Niagara Reporter le 14 septembre 1837

Cet article fut publié dans le Niagara Reporter le 14 septembre 1837. L’auteur présente un récit détaillé et émotionnel  de l’Affaire Solomon Moseby. Dans l’article, l’auteur condamne le Lieutenant-Gouverneur du Haut Canada, Sir Francis Bond Head, pour avoir permis que Moseby soit extradé à Kentucky. Le témoignage en direct décrit la foule à l’extérieur du palais de justice  qui fut menée surtout par des femmes Noires qui n’étaient pas violentes. L’auteur décrit un sentiment d’espoir lorsque les ordres de reconsidérer l’extradition sont sortis, pourtant ;  un reportage est ajouté à la fin de l’article racontant aux lecteurs les événements violents qui se sont déroulés plus tard. Il est déclaré que le journal ne commentera pas quant à cette affaire car c’est une question sérieuse qui est maintenant entre les mains d’un jury.

Cet article de journal montre comment la  Ville était envahie par l’affaire Solomon Moseby et plusieurs étaient sur le côté de Moseby. Le cas a grandement affecté la Ville et a causé beaucoup de gens à questionner la sécurité des chercheurs de liberté à Niagara.

La Pétition des Personnes de Couleur

Ci-dessus est la pétition envoyée par les personnes de couleur à la Ville de Niagara. Ils plaident leur cause pour Solomon Moseby en attirant l’attention sur le fait que les pétitionnaires  ont offert 1000 dollars à Castleman et il a refusé, probablement démontrant sa plus grande valeur à Castleman comme un esclave. La pétition est transcrite ci-dessous :

Pétition présentée à son Excellence Sir Francis Bond Head Chevalier Commandeur de l’Ordre Royal Hanovrien de Guelph, Chevalier de l’Ordre de Mérite de l’Armée Prussienne et Lieutenant-Gouverneur du Haut-Canada. Concernant Solomon Moseby, un homme de colour qui a réussi à s’enfuir de l’Esclavage dans l’État de Kentucky, un des États-Unis d’Amérique et qui a utilisé la protection des Lois Britanniques au Canada pour préserver la liberté qu’il a maintenant obtenu et pour laquelle  il a longtemps et vivement souffert.

Humblement, nous demandons que la personne qui, au moment de sa fuite le détenait comme propriété à son lieu de refuge dans le Haut-Canada et près de la Ville de Niagara, après avoir échoué quant à chaque opportunité de lui faire traverser la frontière, et après l’avoir fait arrêter pour vol de cheval et déposé dans la prison du District de Niagara sous ce prétexte, nous attendons seulement une réponse de votre Excellence [illisible] à appliquer (...).

Les Pétitionnaires de votre Excellence vous prient humblement (...). L’accusation qui est à présent mise en place contre notre pauvre Frère de Couleur n’est rien d’autre qu’un prétexte pour l’amener à travers la ligne de démarcation [sic] et sous la protection des Lois et de l’institution Britannique. Nous demandons à ce que l’accusation de vol de cheval soit abandonnée et qu'il redevienne un esclave normal (...).

Ils sont plus confirmés quant à cette opinion dans le cas présent alors que les personnes réclamant  le mentionné Solomon Moseby constatent qu’il est un bien de très grande valeur et a refusé 1000 dollars pour lui en présence de Alex Stewart Esq. Avocat de Droit. Que les Pétitionnaires de votre Excellence implorent très humblement votre Excellence de permettre au mentionné Solomon Moseby cette protection favorable dans sa condition présente misérable et abandonné qui effectivement le sauvera de la rétention de ceux pour qui le but est de l’enlever encore une fois et l’emmener dans un état d’Esclavage sans espoir et dégradé.

Et comme notre obligation nous allons prier
Niagara le 2 septembre 1837
Signé, Henry Th [illisible]
et 16 [illisible]
Une copie Certifiée

-  John Beikie

Cent dix-sept « Habitants Blancs de la Ville de Niagara » ont aussi signé une pétition « respectant Solomon Moseby l’Esclave fugitif, » en arguant que :

C’est l’opinion de Vos Pétitionnaires que ni moralement ni légalement peut un esclave être coupable  des infractions portées contre lui, n’étant pas un agent libre ; qu’il est notoire hors de tout doute que l’homme réclamé fut un Esclave lorsqu’il quitta Kentucky ; qu’il est maintenant un homme libre par les lois constitutionnelles de Grande-Bretagne ; et que s’il est abandonné, il va inévitablement retourner à l’Esclavage, là pour être torturé comme un exemple.   
  
La Pétition des Habitants de Couleur dans la Ville et de la Municipalité de Niagara au nom de Solomon Moseby, l’esclave fugitif.


©Gouvernement du Canada. Reproduite avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada (2019). Source : Bibliothèque et Archives Canada/ RG 1-E3, Vol. 49, 226-228, microfilm C-6903.



Extrait de
Voices of Freedom | Histoire des Noirs à Niagara-on-the-Lake

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